‹ Les femmes, le jeu, et le vinChapitre 18 sur 30 · LÀ COHÉDIË CHEZ L£ BOULANGER · texte numérisé non relu

LÀ COHÉDIË CHEZ L£ BOULANGER

— Non, personne ne m'embrasse.

— A la bonne heure, parce que, si on Vavait embrassée, j*aurais sifflé !...

Eulalie ne dit plus rien, mais elle rêve à ce qu'elle pourra imaginer pour se tirer d'affaire.

Le soir, la famille se fait aussi belle que possible.

Madame Bassinoire, qui est assez gentille, trouve moyen de s'arranger une toilette et une coifiure qui la rendent très-piquante. Le petit Léandre a un matelot neuf; il n'aura pas besoin de s'habiller autrement pour faire Fanfan Benolton.

Mademoiselle Zirzabelle a une jupe de soie bleue qui ne s'harmonise pas très-bien avec sa basquine orange, mais la jupe étant fort courte et la basquine trop longue^ on n'y fera pas attention»

Quant au portier, sa tenue est sévère : il a une grande redingote olive, qui le pince, lui serre la taille et descend jusque sur ses talons.

H ne sort de là que des souliers bien luisants et un col noir, puis une tête que vous connaissez déjà.

De temps à autre H. Bassinoire regarde sa femme et s'écrie :

— Sais-tu, Eulalie, que tu es mise comme une dame de la chaussée d'Antin I . . .

— Oh I pas tout à fait, mon ami.

— Si lait, lu es Irès-élégante, cela te va joliment ! Est-ce dans ce costume que tu vas jouer madame Benotton?

— Certainement, je n'y changerai rien.

— Et tu feras bien, tu vas faire un effet foudroyant !.. . Surtout ne te laisse pas embrasser !

— Puisque ça n'est pas dans la pièce !..•

— C*est que, vois-tu, je me connais, si on t'embrasse, je suis capable de sauter sur le théâtre et de flanquer des coups de poing à l'embrasseur.

On arrive chez le boulanger.

La société était nombreuse, beaucoup plus nombreuse que le local ne pouvait contenir de monde; on se poussait, on s'étouflait, on se marchait sur les pieds, mais tout cela en poussant des éclats de rire, c'est ce qui faisait le charme de la réunion. * Dans la chambre où devait se jouer la comédie, on avait bâti une espèce de théâtre en ajustant des planches sur des tréteaux ; des rideaux décroisées passés dans une tringle, qui reposait sur d'énormes pelles à enfourner, que Ton avait placées verticalement à droite et à gauche de la scène, formaient la toile, qui ne se levait pas comme au spectacle, mais qui se tirait de côté comme les rideaux d'une alcAve.

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