LA COVÉDIB CHEZ LE BOULANGER
s^en va en murmurant : cet incident a interrompu la représentation; on fait un entr'acte, et le petit Italien chante le Chapeau de la Marguerite.
Enfin, au bout de dix minutes/ on aperçoit Pigeonnier, juché sur une chaise que Ton a assujettie sur quatre pelles à enfourner. Il est apporté ainsi devant un des côtés de la scène.
De là, le souffleur n'est pas loin des acteurs, mais il les domine ; il les voit en dessus et il est obligé de baisser la tête pour leur envoyer leur réplique; les acteurs, au contraire, sont forcés de lever le nez en l'air pour voir et entendre le souffleur.
— C'est bien incommode d'avoir le souffleur dans les frises, dit une des actrices; moi, cela me donne le torticolis de relever sans cesse la tète pour regarder en l'air.
— Mais si, cela va assez bien, dit le premier rôle, on l'entend parfaitement comme ça I
— Tous trouvez que cela va, parce qu'en jouant la comédie vous avez l'habitude de toujours regarder au paradis, ce n'est pas gracieux !
— Madame, je ne sais pas si c'est gracieux, mais, dans de vrais théâtres, je connais plusieurs acteurs qui n'en font pas d'autres et qui, dès qu'ils
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sont en scène, ont continuellement les yeux fixés j sur la dernière galerie.
— C'est qu'ils y ont des connaissances probablement. '
— Âvez-vous bientôt fini, ià-dessous? crie Pigeonnier du haut de sa chaise. Vous causez au lieu de jouer. Mais cela ne m'amuse pas du tout d'être en l'air; si vous n'avez pas besoin du souffleur, je ne demande qu*à m'en aller, car je ne suis pas en sûreté ici; obligé de me pencher pour souffler, j'ai déjà manqué plusieurs fois de tomber sur le théâtre, et cela finira par m'arriver.
— N'ayez pas peur, Pigeonnier, nous continuons. C'est à Fanfan Benoiton d'entrer en scène.
Le petit Lèandre parait : il s'acquitte fort bien de son rôle, ne manque pas un mot et b'a pas besoin de relever le nez pour regarder le souffleur. ^
Tout le monde applaudit l'enfant, et son père est attendri, une larme humecte ses yeux, et il dit à tous ceux qui l'entourent :
— C'est mon fils I Le petit drôle est né pour le théâtre ! Quelle mémoire I Mais tout à l'heure vous verrez ma fille et ensuite ma femme: : ce sera le bouquet !
En effet, dans nn moment où le jeune mitron