LA COMÉDIE CHEZ LE BOULANGER
a tout à fait oublié ce qu'il doit dire et attend en vain le souffleur, qui n'est alors occupé qu'à se bien tenir sur sa chaise, dont les pieds tremblent continuellement, mademoiselle Zirzabelle, présumant que c'est un intermède, s'élance de la coulisse et vient danser un pas espagnol sur la scène, en remplaçant le tambour de basque par un de ces petits tambours d'enfant qu'on tient par un petit bâton et qui sont enjolivés de grelots.
Cette danse imprévue surprend d'abord le public, qui attendait la continuation de la pièce; mais bientôt on s'y fait, et comme la jeune Zirzabelle fait des pirouettes qu'elle ne finit jamais sans manquer de tomber, on l'applaudit pour l'encourager
— Elle ira ! dit Bassinoire, mais elle n'est pas encore de la force de son frère.
ce Maintenant, nous allons voir ma femme, car depuis le temps qu'on parle d'elle dans la pièce, elle aurait déjà dû paraître. J'aime à croire qu'on a rétabli ce qu'on lui avait donné.
« Je ne voulais pas qu'elle jouât, mais puisqu'elle a appris le rôle, je neveux pas qu'elle ait étudié pour rien. »
Le ballet impromptu a permis au personnage en scène de se rappeler son rôle. On continue la pièce.
Comme madame Benoiton ne parait pas, cela impatiente M. Bassinoire, qui se met tout à coup à crier :
— Madame Benoiton I... qu^elle paraisse!... Je demande madame Benoiton I • . .
— Silence donc là-bas I... disent les spectateurs.
— Mais non, je ne veux pas me taire!... ma femme a appris le rôle de madame Benoiton... Je yeux qu'elle le joue ! . . .
Quelques, personnes qui ont vu jouer la pièce au Vaudeville se mettent alors à rire, et disent au portier :
— On s'est moqué de vous, mon cher mon* sieur : dans cette comédie, le rôle de madame Benoiton n'existe pas; on en parle souvent, c'est vrai, mais on ne la voit jamais.
Bassinoire demeure stupéfait; déjà il cherche des yeux sa femme, pour lui demander l'explication de sa conduite, mais on entend des cris au dehors et un petit mitron accourt tout effaré, en disant :
— Où est M. Bassinoire?... une vieille dame le demande... c'est pressé... c'est pour des voleurs!...
— Des voleurs ! s'écrie-t-on de toutes parts...