CE QU'IL Y AVAIT DANS LA MANSARDE
n'embellit comme le bonheur, et la toilette ne nuit jamais.
— Maintenant, dit-il à Robertin, ayez la complaisance de monter chez ces dames du second, et dites-leur que leur nouveau voisin du premier, le marquis de Villagier^ demande la permission de leur présenter ses hommages^
— J'y vais, monsieur le marquis.
Le concierge fait sa commission.
Mais lorsqu'il dit :
« Votre voisin du premier, le marquis de Villagier... » la comtesse regarde sa nièce, en s'écriant :
— Que m'avais-tu donc conté , Âdrienne^ que ce jeune maitre de dessin était le marquis de Villagier?... Tu vois bien qu'il t'a trompée, puisque celui-ci demeure ici dessous dans le bel appartement du premier.
— Cependant, ma tante, je vous jure...
— N'importe. Concierge, dites à monsieur de Villagier que nous serons enchantées de le recevoir.
A peine la comtesse a-t-elle achevé ces mots que le jeune marquis , qui attendait dans une pièce voisine, entre précipitamment dans le salon. En
voyant cet élégant cavalier, la tante reste toute interdite, mais Adrienne s'écrie :
— C'est lui I... c'est lui, ma tante... Ah! j'étais bien sûre qu'il ne m'avait pas trompée!...
— En eflet, dit madame de Marsanne... Mais ce changement complet dans votre costume... ?
— Vous annonce, madame, qu'avec mon nom, j'ai retrouvé aussi ma fortune, et je vais vous dire qui me Ta conservée.
Le jeune marquis répète alors à la comtesse tout ce que Robertin vient de lui apprendre.
On doit deviner avec quel intérêt ces dames écoutent ce récit et quels éloges elles donnent à la conduite du concierge et à cell^ de son père.
— Ahl que j'ai bien Tait de point déménager quand Robertin n'a pas voulu qu'on aille chercher les pompiers ! dit madame de Marsanne.
a Monsieur de Yillagier, je suis charmée de demeurer dans votre hôtel , mais maintenant que vous en reprenez possession, peut-être ne voudrez-vous plus y loger des étrangers ?
— Si vous y consentez, madame, vous ne serez plus une étrangère pour inoi ; car aujourd'hui j'ose enfin vous déclarer tout Famour que j'éprouve pour mademoiselle votre nièce et vous prier de
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rendre mon bonheur parfait en m'accordant sa main. »
Celte demande ne pouvait être que favorablement accueillie. Heureux dans ses amours, le jeune marquis de*Villagier ne songe plus qu'à récompenser celui qui lui a rendu sa fortune.
Robertin prétend qu'il n'a fait que son devoir et ne veut pas de récompense. Mais le marquis exige qu'on respecte aussi sa volonté, et il donne trente mille francs de dot à la jeune Adeline.
Lorsque M. Droguin apprend que la petite couturière a une si jolie dot, il est le premier à dire à son fils :
— Épouse la fille de Robertin, mon ami, de ce brave Robertin sur lequel on débitait d'indignes calomnies I Je te donne mon consentement. Sois heureux, Julien. Ta sœur est reveflue d'Angleterre bien maigre, bien chétive, bien enrhumée I Elle me coûte tous les deux jours un rouleau de sirop dégomme !... mais je né lui fais pas de reproche... bien qu'il me soit très-désagréable de manger ma choucroute avec de l'étain I . . .
En épousant Adeline, le premier soin de Julien est de rendre à son père ses couverts d'argent.
Quant à la famille Bassinoire, elle a retrouvé la
paix dans son intérieur, depuis que la femme du portier est devenue borgne, en jouant la Fille des Eaux avec des saltimbanques. 11 n'a fallu qu'une pomme pour la guérir de son goût pour le théâtre ; voyez à quoi tient ici-bas le bonheuri