CE QU'IL T AVAIT DANS LA MANSARDE. S
confiée votre aïeul, et avec une partie de laquelle mon père a pu, sous un faux nom, racheter cet hôtel et vous le réserver ; car vous êtes ici chez Yous, monsieur le marquis, cet hôtel vous appartient, vous en trouverez les titres de propriété dans ce secrétaire, ainsi qu'une somme de quatre cent quatre-vingt mille francs, résultant de ce qui est resté à mon père, après l'achat de FhAtel et. des loyers que lui et moi avons touchés depuis cette époque.
Le jeune marquis de Yillagier, — car maintenant nous ne lui donnerons plus d'autre nom, — doute s'il est bien éveillé ; pour lui prouver qu'il ne rêve pas, Robertin ouvre le secrétaire, lui fait voir les titres de propriété, puis dans le portefeuille prend les billets de banque, qu'il compte devant lui, ainsi que les rouleaux d'or, en lui disant :
— Je me suis permis hier de toucher à cet argent pour faire mettre des rideaux, des portières à cet appartement, et acheter tous les vêtements^ dont j'ai pensé que vous pourriez avoir besoin... J'espère que monsieur le marquis me le pardonnera?
— Jifeus pardonner^ Robertin, quand vous me rendez ma fortune et cet hôtel où est né mon
pèrel... quand c'est au vôtre, à son dévouement que je dois tout aujourd'hui I
« Et je vous parlais avec mépris, je vous regardais avec colère!... Mais pourquoi donc avez-vous laissé croire à toutes ces calomnies que Ton a débitées sur votre père ?
— Il le fallait, monsieur le marquis, et votre aïeul lui-même, en lui confiant une somme de six cent mille francs en or, en lui indiquant la cachette qu'il avait fait pratiquer là-haut, dans une chambre mansardée, lui avait dit :
a Robertin, s'il m'arrivait un malheur, si j'étais arrêté, pour que vous puissiez plus sûrement conserver à mon fils la somme que je vous confie, feignez d'être un des plus chauds partisans des idées nouvelles, ne démentez aucun des propos que votre conduite fera alors tenir; c'est le plus sûr moyen pour conserver votre place dans l'hôtel, et je vous sais assez d'intelligence pour vous conduire ensuite comme les circonstances vous le commanderont. »
« Votre aieul ajouta :
a J'écrirai à cet ami chez lequel j'ai envoyé mon fils pour qu'il sache que c'est à vous que j'ai confié tout ce que j'ai pu réaliser sur mes biens. »
« Mais cette lettre, sans doute, il n'eut pas le
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temps de récrire ou la faculté de la faire parvenir à son adresse...
— Non I car jamais mon père, . ni la personne chez laquelle il était, ne reçurent aucune lettre de mon aïeul après son arrestation.
— Mon père a fidèlement exécuté les volontés de son maître : après la mort de votre aïeul, il racheta cet hôtel sous un nom supposé. Jusqu'au dernier moment de sa vie, il garda le secret sur ces événements, ce n'est que peu d'instants avant de mourir qu'il m'en fit dépositaire, en me disant :
« Continue ce que j'ai fait; le fils de mon maître reviendra quelque jour ; lis avec attention tous les journaux, et si tu apprends où il est, hâte-toi * de lui annoncer qu'en France il retrouvera sa fortune. En attendant garde^lui son bel appartement du premier, loues-en quelques autres afin de tâcher de regagner l'argent que j'ai dû donner pour l'achat de l'hôtel, mais ne laisse loger dans celle maison que des personnes en qui tu puisses avoir toute confiance, d
« Voilà, monsieur le marquis, ce que' m'a dit mon père, et j'ai suivi religieusement ses instructions espérant toujours que celte demeure reviendrait à son propriétaire légilime.
Pour toute réponse le jeune marquis ouvre ses bras à Robertin, en lui disant :
— Embrassez-moi, et puissiez-voiis dans cette étreinte trouver la récompense de votre conduite et de celle de votre père I . ..
— Ahl monsieur le marquis, un tel honneur I...
— L'honneur est pour celui qui a fait une belle action, la récompense n'est que justice.
Bientôt le jeune marquis s'écrie :
— Robertin, vous m'avez parlé de vêtements que vous avez fait venir pour moi, où sont-ils?
— Dans votre cabinet de toilette, monsieur, veuillez Vous y rendre.
A la vue des vêtements à la mode, étalés sur des meubles, le marquis éprouve une joie qui n'est pas la moins vive qu'il ait ressentie dans cette journée ; mais il était encore trés-jeune, et il allait enfin pouvoir se parer de manière à se montrer avec tous se$ avantages ; il était tout naturel que cela ajoutât à son bonheur.
En peu de temps, le jeune de Yillagier a revêtu un élégant costume, il semble transfiguré : il n'est plus le même, son air soutTrant, sa pâleur même ont disparu. C'est un charmant cavalier, car rien