‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 36 sur 99 · ACTE II, SCENE VII. il · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII. il

Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,

Qu'une femme étudie et sache tant de choses.

Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants,

Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens,

Et régler la dépense avec économie,

Doit être son étude et sa philosophie .

Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés.

Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez

Quand la capacité de son esprit se hausse

A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse^.

Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ;

Leurs ménages étaient tout leur docte entretien.

Et leurs livres, un dé, du fil et des aiguilles •

Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles.

Les femmes d'à-présent sont bien loin de ces mœurs,

Elles veulent écrire et devenir auteurs ;

Nulle science n'est pour elles trop profonde,

Et céans beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde.

Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir,

Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir *.

On y sait comme vont lune, étoile polaire,

Vénus, Saturne et Mars, dont je n'ai point affaire;

Et dans ce vain savoir, qu'on va cheixher si loin,

On ne sait comme va mon pot, dont j'ai besoin *.

Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire :

Raisonner est l'emploi de toute ma maison,

1. Le mot est historique. Le duc de Bretagne, François, Cls de Jean V, disait « qu'une femme était assez savante quand elle sçavait mettre diiïérenee entre la cliemise et le pourpoinct de son mary. « (Montaigne. Essais, I, iiv.)

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