ACTE III, SCENE II
De joindre à l'épigramme », ou bien au madrigal*.
Le. ragoût d'un sonnet qui ' chez une princesse
A passé pour avoir quelque délicatesse.
Il est de sel attique assaisonné * partout :
Et vous le trouverez, je crois, d'assez bon goût*.
ARilANDE.
Ah I je n'en doute point.
PHILAMIMTE,
Donnons vite audience.
B ÉLISE, interrompant Trissotin chaque fois qu'il se dispose à lire.
Je sens d'aise mon cœur tressaillir par avance.
J'aime la poésie avec entêtement,
Et surtout quand les vers sont tournés galamment.
PHILAMINTE
Si nous parlons toujours, il ne pourra rien dire.
TRISSOTIN
So...
1. « L'épigramme, pour les anciens, (^lait une pctile pièce qui ne passait guère huit ou dix vers, d'oidinaiie en Ters hexamètres et pentamètres ; c'était une inscription soit tumulaire, soit triomphale, soit votive ou desciiptive; une peinture pastorale trop courte pour faire une idylle, une déclaration ou une plainte amoureuse trop peu développée pi. ur faire une élégie ; la raillerie va aussi sa part, mais une part restreinte, tandis que dans les épigrammes modernes, elle est presque tout, et c'est presque toujours le trait et la pointe à quoi l'on vise. » (Sainte-Beuve.)
2. Pièce de poésie renfermant, en un petit nombre de Ters, une pensée ingénieuse ou galante:
Orgon, poêle marital, A Vénus compare sa femme ; C'est pour la belle un madrigal :
C'est pour Vénus une épigramme.
(Guichaud.)
3. On distinguo le sonnet rr'gulier ci l''" sonnet irréguliei'. Voici, comment Théodore de Banville [Petit traité <le poésie fnniçaise) expose la constitution du sonnet régulier. « Le sonnet est toujours composé de denn quatrains etdo. deux tercets. — Dans le sonnet régulier riment ensemble : 1» le premier et le quatrième vers du premier quatrain ; le premier et le quatrième vers du second quatrain ; 2° le second et le troisième vers du premier quatrain ; le second et le troisième vers du second quatrain; 3° le premier et le second vers du premier tercet; 4' le troisième vers du premier tercet et le second vers du deuxième tercet; 5» le premier et !e troisième vers du deuxième tercet. » S'il y a une modification quelconque à cet arrangement, le sonnet est irrégulicr.
4. On trouve la même métaphore dins Fénelon {Lettre à l'Académie) : « Le mieux auquel on aspire fait qu'on gâte le bien, dit un proverbe italien. On tombe dans le défaut de répandre un peu trop de sel et de vouloir donner un goût trop relevé à ce qu'on assaisonne. »
5. L'abbé d'Aubii;nac, précieux à son corps défendant, a raillé les gens de lettres vaniteux comme Trissotin : « Combien voit-on de ces gens-là, dès lors qu'ils nous montrent une épigramme, un sonnet ou une lettre, commencer par: Voici qui est beau. Cette pensée ne vous déplaira point. Vous trouverez ce sujet assez bien traité. Monsieur tel ou Madame telle a goûté cette pièce merveilleusemeutel sans doute vous serez de son avis. >
B2 LES FEMMKS SAVANTES.
B ÉLISE, à Henriette.
Silence ma nièce ^
TRISSOTIN
SONNET A LA PRINCESSE URANIE SUfi SA FIÈVRE *.
Votre prudence est endormie De traiter magniliqucment Et de loger superbement Votre plus cruelle ennemie.
BÉLISE
Ah ! le joli début!
Qu'il a le tour galant!
Lui seul des vers aisés possède le talent.
ARMANDE
A prudence endormie il faut rendre les armes .
BÉLISE
Loger son ennemie est pour moi plein de charmes.
PHILASIINTE,
J'aime superbement et magnifiquement ;
Ces deux adverbes joints font admirablement.
BÉLISE
Prêtons l'oreille au reste,
TRISSOTIN
Votre prudence est endormie De traiter magnifiquement Et de loger siijxn-bement Votre plus cruelle ennemie.
ARUANDE.
Prudence endormie !
BÉLISE
Loger son ennemie !
PIIILAMINTE.
Superbement et magnifiquement.
Faites-la sortir, quoi qu'on die De votre riche appartement,
1. L'éditeur de 1731 a yi\;é ;i propos i!o coni|)l(<ter ce Tprs qir^ Jlolière avait laissé inachevé, cl il a fait ojoiiti'r par Arinaïuic : A/i ! Iniasrz-le doue lire. Biais, lorsque le dialo{;ue est intoiToiupu par une lecture, Molière no s'astreint pas àfaire des vers réguliers (Cf. Misantli., V, 4).
ï. Lf sonnet que Trissotin va lire, se trou-vc dans les Œuvres p (liantes en prose et en vrsde M. Colin. Il est Intitule: Sonnet à Mademoiselle de' Lnn(jue\)ilh\ à pré'icnt duchesse de Nemours, sur sa fii)vre giiarte. On dit que ce fui Boileau qui apporta à niolière le sonnet et le madrigal qui fiRureut dans celte scèue el qui obtiureut ainsi un genre d'immortalité que Cotia n'avait pas prévu.