ACTE III, SCENE II
BÉLISE
A.h ! tout doux ; laissez-moi, de grâce, respirer '. Où cette ingrate insolemment Attaque votre belle vie.
ARMANDE
Donnez-nous, s'il vous plaît, le loisir d'admirer.
PHILAMINTE
On se sent, à ces vers, jusques au fond de Tâme Couler je ne sais quoi « qui fait que l'on se pâme.
ARMANDE
Faites-la sortir, quoi qu'on die,
De votre riche appartement.
Que riche appartement est là joliment dit I Et que la métaphore est mise avec esprit !
PHILAMINTE
Faites-la sortir, quoi qu'on die.
Ah ! que ce quoi qiCon die est d"ua goût admirable I C'est à mon sentiment un endroit impayal)le.
De quoi qu'on die aussi mon cœur est amoureux .
BÉLISE
Je suis de votre avis, quoi qu'on die est heureux.
ARMANDE
Je voudrais l'avoir fait ^.
BÉLISE
Il vaut toute une pièce
PHILAMINTE
Mais en comprend-on bien, comme moi, h Tmesse?
ARMANDE et BÉLISE.
Oh ! oh I
PHILAMINTE
Faites-la sortir, quoi qu'on die.
Que de la fièvre on prenne ici les intérêts: N'ayez aucun égard, moquez-vous des caquets,
Faites-la sortir, quoi qu'on die,
Quoi qu'on die, quoi qu'on die !
i. M Dn auteur qui a trop d'esprit, et qui en veut toujours avoir, lasse et épuise le mien: je n'en veux point avoir tant. S'il en montrait moins, il me laisserait respirer et me ferait plus de plaisir. » (Fénklon, Lettre à l'Acaiémie.)
2. Cette expression était fort à la mode au dix-septième siècle. On l'employait iubstanliveraent ; on disait un je ne sais quoi. (Cf. Corneille, Eod., I, 7.) Les âmes assorties S'attachent l'une à l'aiilre et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.
i.C(. Pre'c.rid.fX: «J'aimerais mieux avoir fait ce oA.' oA.' qu'un poème épique, »
Ce quoi qu'on die en dit beaucoup plus qu'il ne semble. Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble ; Mais j'entends là-dessous un million de mots.
BÉLISE
Il est vrai qu'il dit plus de choses qu'il n'est gros.
PHILAMTNTE, à Trissotin.
Mais quand vous avez fait ce charmant quoi qu'on die, Avez-vous compris, vous, toute son énergie? Songiez-vous bien vous-môme à tout ce qu'il nous dit Et pensiez-vous alors y mettre tant d'esprit * ?
TRISSOTIN
Hai, hai»!
ARMANDE
J'ai fort aussi Vinrimte dans la tôte : Cette ingrate de fièvre, injuste, malhonnête, Qui traite mal les gens qui la logent chez eux.
PHILAMINTE
Enfin les quatrains sont admirables tous deux Venons-en promptement aux tercets, je vous prie.
ARMANDE
Ah ! s'il vous plaît, encore une fois quoi qu'on die.
TRISSOTIN
Faites-la sortir, quoi qu'on die
PniLAMINTE, ARMANDE et BÉLISE.
Quoi qu'on die !
De votre riche appartement
PHILAMINTE, ARMANDE et RÉLISE.
Riche appartement !
TRISSOTIN
Où cette ingrate insolemment
PHILAMINTE, ARMANDE et BÉLISE.
Celte ingrate de fièvre.
1. Il c'est jiijours soi qu'on ainii> même dans ce qu'on adinii'C, » a dit Sainte» H':uvc. C'est le cas de Philaniintc. Kllene s'exclame si fort sur le sonnet de Trissotin, que parce qu'elle sefitîure y découvrir des beautés que les autres n'y peuvent voir, et mettre à l'admirer plus d'esprit (|iie l'auteur n'eu avait mis aie faire. »
2. Du jour que Ch^prlle et MoIii;r(; revenaient par eau d'Autiuil h Paris, ils se trouvèrent dans lo bateau avec un Minime, et continuaient devant lui une discussion entamée sur les Bysièmes de Descartes et de Gassrndi. Ils s'i'clianfrèrcnl fort, fl tour à tour prenaient le moine à témoin de la juslcsse de leurs arguments. Celui-ci répondait toujours par un hom ! Iioui ! — (Juand le moine fut arrivé, il alla prendre sa besace suus les pieds du bnleliei' ; c'était un frère servant. Son huml hom 1 l'avait fait prendre pour un savant homme.