‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 72 sur 99 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Le ciel m'a dénié cette philosophie,

Et mon âme et mon corps marchent de compagnie *.

11 n'est rien de plus beau, comme vous avez dit,

Que ces vœux épurés qui ne vont qu'à l'esprit,

Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées

Du commerce des sens si bien débarrassées ;

Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés;

Je suis un peu grossier comme vous m'accusez ^;

J'aime avec tout moi-même, et l'amour qu'on me donne

En veut ^, je le confesse, à toute la personne.

Ce n'est pas là matière à de grands chàlimenls ;

Et, sans faire de tort à vos beaux sentiments.

Je vois que dans le monde on suit fort ma méthode,

Et que le mariage est assez à la mode,

Passe pour un lien assez honnête et doux.

Pour avoir désiré de me voir votre époux.

Sans que la liberté d'une telle pensée

Ait dû vous donner heu d'en paraître offensée.

ARMANDE

Eh bien, monsieur, eh bien, puisque, sans m'écouter, Vos sentiments brutaux veulent se contenter; Puisque, pour vous réduire à des ardeurs fidèles. Il faut des nœuds de chair, des chaînes corporelles, Si ma mère le veut, je résous mon esprit A consentir pour vous à ce dont il s'agit.

CtlTANDRE .

Il n'est plus temps, madame, une autre a pris la place : Et par un tel retour j'aurais mauvaise grâce De maltraiter l'asile et blesser les bontés * Où je me suis sauvé de toutes vos fiertés.

L'âme et le corps, hclas ! ils iront deiii à deui, Tant que le monde ira, — pas à pas, — côte à côte, Comme «'en vont les vers classiques et les boeufs.

(A. DE Musset.)

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