‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 75 sur 99 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

PHILAMINTE

Remettons ce discours pour une autre saison : Monsieur n'y trouverait ni rime ni raison ; 11 fait profession de chérir l'ignorance, Et de haïr surtout l'esprit et la science.

CLITANDRE

Cette vérité veut quelque adoucissement.

Je m'explique, madame ; et je hais seulement La science et l'esprit qui gâtent les personnes. Ce sont choses, de soi, qui sont belles et bonnes ; Mais j'aimerais mieux être au rang des ignorants, Que de me voir savant comme certaines gens.

Pour moi, je ne tiens pas, quelque effet qu'on suppose, Que la science soit pour * gâter quelque chose.

CLITANDRE

Et c'est mon sentiment qu'en faits comme en propos La science est sujette à faire de grands sots.

TRISSOTIN

Le paradoxe est fort.

CLITANDRE

Sans être fort habilCj La preuve m'en serait, je pense, assez facile. Si les raisons manquaient, je suis sûr qu'en tout cas Les exemples lanieux ne me manqueraient pas.

TRISSOTIN

Vous en pourriez citer qui ne concluraient guère

CLITANDRE

Je n'irais pas bien loin pour trouver mon affaire.

TRISSOTIN

Pour moi, je ne vois pas ces exemples fameux.

CLITANDRE

Moi, je les vois si bien, qu'ils me crèvent les yeux,

TRISSOTIN

J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance

Qui faisait les grands sots, et non pas la science.

vellement découvertes dans le soleil, M"" de Rambouillet lui dit : « Eh bien, Monsieur, quelle nouvelle? — Mademoiselle, dit Voiture, il court de mauvais bruits du soleil. »

1, Ç.Î. Misanth., II, v:

Le «eiitimant d'autrui n'est jamais pour lui plaira.

ii LES FEMMES SAVANTES.

CLITANDRE

Vous avez cru fort mal; et je vous suis garant Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant.

TRISSOTIN

Le sentiment commun est contre vos maximes, Puisque ignorant et sot sont termes synonymes.

CLITANDRE

Si vous le voulez prendre aux usages du mot, L'alliance est plus forte entre pédant et sot.

TRISSOTIN

La sottise, dans l'un, se fait voir toute pure.

CLITANDRE

Et l'étude, dans l'autre, ajoute à la nature.

TRISSOTIN

Le savoir garde en soi son mérite éminent.

CLITANDRE

Le savoir, dans un fat, devient impertinent.

TRISSOTIN

Il faut que l'ignorance ait pour vous de grands charmes, Puisque pour elle ainsi vous prenez tant les armes.

CLITANDRE

Si pour moi l'ignorance a des charmes bien grands, C'est depuis qu'à mes yeux s'offrent certains savants.

TRISSOTIN

Ces certains savants-là peuvent, aies connaître*, Valoir certaines gens que nous voyons paraître.

CLITANDRE

Oui, si l'on s'en rapporte à ces certains savants; Mais on n'en convient pas chez ces certaines gens.

PHILAMINTE, à Clitandre.

Il me semble, monsieur...

CLITANDRE

Eh, madame, de grâce !

Monsieur est assez fort, sans qu'à son aide on passe. Je n'ai déjà que trop d'un si rude assaillant; Et si je me défends, ce n'est qu'en reculant.

ARMANDE

Mais l'ollcnsante aigreur de chaque repartie

1, Pour : lorsqu'on les coiinait. Cf. Kc. dis Femmes, IV, vi: « L'all(!gresse dw cœur s'auKinente à la répandre. » De construit avec l'iiifinitif a le même sens. T. plus haut, m, II.

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