ACTE V, SCENE V. 1ÛS
CLITANDRE
Quoi! vous vous opposez à ma félicité!
Et lorsqu'à mon amour je vois chacun se rendre...
HENRIETTE
Je sais le peu de bien que vous avez, Clitandre ; Et je vous ai toujours souhaité pour époux, Lorsqu'en satisfaisant à mes vœux les plus doux J'ai vu que mon hymen ajustait vos affaires : Mais lorsque nous avons les destins si contraires, Je vous chéris assez dans cette extrémité Pour ne vous charger point de notre adversité *.
CLITANDRE
Tout destin avec vous me peut être agréable ; Tout destin me serait sans vous insupportable.
HENRIETTE
L'amour dans son transport parle toujours ainsi.
Des retours importuns évitons le souci.
Rien n'use-tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie
Que les fâcheux besoins des choses de la vie ;
Et l'on en vient souvent à s'accuser tous deux
De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.
ARISTE, à Henriette.
N'est-ce que le motif que nous venons d'entendre Qui vous fait résister à l'hymen de Clitandre ?
HENRIETTE
Sans cela vous verriez tout mon cœur y courir : Et je ne fuis sa main que pour ' le trop chérir.
ARISTE
Laissez-vous donc lier par des chaînes si belles. Je ne vous ai porté que de fausses nouvelles ; Et c'est un stratagème, un surprenant secours, Que j'ai voulu tenter pour servir vos amours,
i. Il n'y a pas seulement de la !,'éaérosité dans ce refus d'Henriette; il y a de la sagesse. Elle nous a dit comment elle comprenait le mariafçe : Les suites de ce mot, quand je les envisage, Me footToir an mari, des enfants, un ménage. (I, i.)
Elle aime Clitandre, elle sait qu'elle en est aimée ; elle ne se déQe pas de son dé- Touement, elle se sent elle-même capable de bien des sacrifices. Mais elle n'ignore pas que la gêne peut abattre les cœurs les plus héroïques, et désunir les âmes les plus tendres. Elle a du bon sens, sans sécheresse ; elle n'est point romanesque, et ne cesse pas d'être aimante.