‹ Les femmes sous La TerreurChapitre 20 sur 21 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Le lendemain, oh I Caroline de Noverre était bien reneignée, la liste des condamnés à mort fut lue comme L l'ordinaire à haute voix, et le premier nom qui frappa es échos de la prison fut celui de René d'Aubersac.

— Je suis prêt! s'écria le jeune homme.

Sa toilette fut faite en même temps que celle des aures condamnés, et il attendit, avec ses compagnons, }ue Tordre arrivât de monter dans la charrette qui at- «ndait dans la cour.

C'est alors, cinq minutes peut-être le séparaient du iernier et terrible voyage, qu'on vint, comme la veille, 'avertir qu'on le demandait au pa.rloir.

Il refusa de s'y rendre.

— On vous attend, lui fut-il dit.

En effet, au moment où il suivait le couloir qui lé ' ;onduisait à la cour du dépôt, il fut arrêté au passage >ar une femme voilée.

— Endbre vous, dit-il avec un ton d*amer reproch ne pouvez-vous me laisser mourir en paix?

— René, je veux te sauver à tout prix , dit cet femme.

11 détourna la tête.

— Ma voiture nous attend à la porte de* la Gonciei gerie et va nous emmener, en quelques heures, loin ( Paris et de la mort qui te menace.

— Ma voiture, dit-il, la voilà, montrant une des chai rettes dans laquelle quelques prisonniers moataiei déjà.

— Je ne veux pas que tu meures.

— 11 est trop tard.

— Regarde 1

Elle lui montra un papier qu'elle ouvrit. C'était u ordre de surseoir à l'exécution et signé : Fouquier Tii ville.

René ne lut pas le papier, il ne vit que le nom.

Il pâlit.

— Fouquier Tinville, quoi, vous êtes...

— Je te sauve et nous fuyons ensemble.

René la repoussa d'un geste méprisant.

— Adieu, madame, dit-il, j'aime mieux mourir. Elle recula atterrée, et René d'Aubersac passa devan

elle.

Quand elle songea à le rejoindre, il était dans un des charrettes, et les voitures funèbres s'ébranlaient.

Elles prirent par la rue Saint-Honoré et arrivèren sur la place de la Révolution, précédées et suivies pa une foule énorme et tumultueuse.

Mais derrière, et effleurant presque la troisième chai

LES DRABfES DE LA œNVENTION 421

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rette, marchaient un homme et une femme; l'homme était vieux et avait peine à suivre tant il paraissait fatigué et brisé, néanmoins, son visage dénotait encore ^ine grande énergie; la femme était jeune, belle, mais vêtue de longs habits de deuil et le visage bouleversé.

Dans ses bras, il y avait un enfant de quatre à cinq mois à peine, qui, s'étant réveillé depuis quelques minutes, ouvrait des yeux étonnés.

A l'angle de la place, les regards de René d'Aubersac se croisèrent avec ceux de la jeune femme, il y eut entre eux comme un courant électrique.

Les lèvres de la femme remuèrent et les yeux du condamné à mort parlèrent.

Puis, sur la place, quand il descendit de la charrette, qu'il monta sur l'échafaud et qu'il présenta sa tète au bourreau, la femme poussa un cri, et éleva en l'air l'enfant qu'elle tenait dans ses bras.

— Elève-le pour la liberté! lui lança, d'une voix vibrante, l'homme qui déjà n'était plus et dont la tète roula dans le panier sanglant.

Thérèse s'est souvenue des dernières paroles du décapité : élève-le pour la liberté ! L'enfant qu'elle a mis au monde est mort un jour pour elle, fusillé deux fois par les hommes du 2 décembre!... Mais qui ne ^e souvient de l'histoire de Martin Bideauré?

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