A LA LIBRAIRIE D'ABEL LEDOUX
- 95, Richeliea.
PARIS. — M DGGG XXXIV.
On nous a demaiuM tFès^-séideuftenteBtsi lesujâ de ce roman p^ lettres ^ publié en deux yd*luniesin-S», écrits en prose, ne resseiable pa^ aux Femmes, vengées y opéca-comiqueen i.aoCe et eu vars , pardes de Sedaine ^ mua^uede Philidor.
Nous avons répondu que celte ressemblance nous paraissait au moins douteuse.
EXf a ce propos^onnousa dit que nos Femmes vengées jûLeussent-eWes réellement aucun rapport de parenté avec le conte des Re'mois arrangé en opéra-bouffon par Sedainej elles n'en seraient pas moins peu goûtées du public a cause de cette froide et bizarre nouveauté d'un roman épistolaire , où les deux principaux personnages n'échangent pas une seule ligne, où l'amant n'écrit jamais a son amante y où r amante n'écrit jamais a son amant... et que cela est contraire a tous les usages.
Nous sommes tombés d'accord que cela est contraire a tous les usages; puis nous avons ajouté que la faute ( si faute il y a ) n'en est pas k nous seul. Nos personnages se la disputent avec nous y éditeur y et nullement justiciable auteur de cette corresponds^nce.
Auteur de ces lettres , nous eussions posé les caractères , et combiné le drame qui s'y mêle 'd'une manière tout autre qu'ils ne le sont ici. Nous n'eussions pas fait mieux y loin de la , mais du moins eusdons snous essayé de faire différem^ ment.
vu
Par exemple , Paid Duhamel , cei élraoge bâtard du scepticisme byronien , ce fol imitateur de quelques Héradites modernes, nous Teussions^ montré sérieux et triste par découragement vrai , par désiUusioâs réelles, par impuissance d'arriver a quoi que ce soit , dans un siècle où la civilisatiouy trop féconde, jette sur le pavé tant d'écrits jeunes qui fermentent en vain, et se consument dans leur sève. Entre les trois femmes qui se dévouent, l'une couime amante (Marie), l'autre^ comme mère ( M^* de Moatalte), l'autre comme épouse (^M°>^ Cambon), nous eussions établi une différence telle,^ que , po«r la comprendre, le lecteur ne l'eût pas cherchée dans notre préface. Enr fin, auteur de ces lettres, nous eussions essayé de faire servir a l'intérêt du drame la brusque tendresse deFrancisca, ou plutôt nous eussions ronpli de cçtte tendresse le cœur de Rosario , la forte Espagnole. Éprise de Henri, posée comme contraste avec Marie Darcey, Rosario nous eût fournide violentes scènes d'amour; et de cet amour poussé jusqu'à la franchise furieuse , Henri P** eut tiré des conséquences favorables au caractère
de sa cousine
Mais, simple éditeur, il ne nous, a pas été per-
mis de mettre notre imagiaation a la fdace des faits: il nous fiiUait accepter leà événemens tels ^els, ou bien en voir confier la publication aux soins d^un autre.
' C^est pourquoi, ému par des considérations qui tottohent aux secrets de la vie privée , nou$ avons cenwnti à publier ces faits , dont Tensemble est aokis un roman qu'une histoire naïve de finnille. Et) pour tout dire, nous nous sommes engagé a ne changer rien a In marche de Taction, de quelques lenteurs qu'elle nous parût souvent embarrassée. Toutefois , un travail nous restait à faire. Disons quel a été ce travail , afin que sur chacun reiomije la responsabilité de ses œuvres.
(^u^torzB lettres perdues , et pourtsmt nécessaiïfiis y youlaient être remplacée^ sous peine d'appoiter, par leur absence , un vide fâcheux dans le récit des événemens principaux (i). Ces cpiatorsse lettres nous les avons écrites de notre propre tnain^ autorisé en cela par les personnes • intéressées , puis aidé par leurs souvenii's. On
(ï) N •«• prcnoDf de trèâ^grtiid oonr rengagement de parger ce recueil de nos quatorze Icttrei apocryphes^ si , par ca« possible, les véritables lettres, que les nôtres remplacent si mal , sont retrouvée» par leurs auteurs ou correspondans.
nous a prêté le fond : la forme seule nous appartient. MaiSy hélas! nous craignons fort que ces quatorze pauvres lettres ne trahissent k chaque mot leur menteuse origine , et qu'en les voyant passer a ti-avers les quatre-vingts autres , qui sont autographes , le plus milice écolier ne leur ôte son diapeau^ parce qu'il les aura reconnues de loin aux efforts mémçs que nous avons faits pour ressembler a modèles:
Beaucoup d'autres lettres perdues , et non retrouvées y ne nous ont pas semblé valoir la peine d'être réfaites : elles étaient d'une importance trop mince.
Quelques autres encore, mais celles-ci bien eliMantes y ont été par nous écartées du recueil où elles auraient Mt mauvaise figure, soit à cause de teur inopportunité, «oit a cause de leur insignifiance. Nôui les reproduirons plus tard, s'il y a lieu.
Pour ce qui regarde les additionà ou retranchement (d'un intérêt purement grammatical) que noua nous sommes permis quelquefois dans le courant de' cette correspondance, nous invoquerons pour excuse la pleine et entière liberté ( liberté dont nous avons usé avec une trop grande
réserve peut-être) qui nous en fut donnée par les auteurs des quatre-vingts lettres autographes.
Il est presque inutile de dire qu'au noiiibre des retranchemens faits par nous se trouvent les noms réek des autçurs de cette corre^ndance. Les^ lieiix de la scène ont seul gardé leur véritable physionomie. Les dépayser eût surchargé notre travail d*une foule de changemens nuisibles a la vérité des situatioqs ; force- nbiis eût été de tout refondre; nousn*en avions ni le temps, ni le courage.
Maintenant quel sort pouvons-nous prédire à ce travail? un soft bien triste y nous le craignons. Depuisvingt:cinq a XrenieaiJi$Leromàn par lettres est tombé dans un discrédit universel. Malgré les heureux efforts tentés , il y a huit ans, par M. Joseph Bernard dans Charles ; il y a sept ans, par M. de Jouy dans Cécile ou les passions; malgré ces deux remarquables romans; malgré le succès récent d'Oieniui/wi^ réimprimé avec une pré^ face apologétique de M. Sainte-Beuve, libraire»^ et lecteurs estiment peu le roman par lettrçs. Aussi les auteurs mêmes dont le talent plein 'de naturel s' accommoderait le mieux a ce genre, hésitent-ils àVattaquerde front. JulesJanin lance dans les jour-
naux quelques délicieux fragmens de son Marquis de Rosemùndè; mais le livre tout entier reste oisif a la maison. Balzac termine par huit ou dix lettres passionnéesrbistoirephilosophiquedeXoliiVZiam- (erf/mais dejpiiblier un roman tout par lettres, il n'en parait pas fort empressé, tt. de La Touche qu'un beau succès, consolidé par le temps, detralt encouragei*aux jeux épistolaires, ne se hâte point de nous donner un pendant a ce spirituel tableau, oùcausentd'une façon si ingénieuse im arlequin et sonami lepape. AIphonseKarr parsème de lettres charmantes son roman Sous les TilleulSf mais à chaque instant le récit vient interrompre une heureuse correspondance. Ch. Babou garde en son portefeuille un roman par lettres, retenu la par la modestie deTauteur et les funestes préjugés du public. Du cratère qu'on nomme Lélia quelques lettres s'échappent brûlantes , mais bientôt Mme G. Sand les éteint , et la poétiqne Lélia reprend son allure habituelle (1). Nul enfin, parmi
■ (4) M. Eroett Desprez ne dit pat qae. Pan dernter, loi anisi, il glisaa qnelqnei lettre* àaintUn Enfant, le premier né de tes ceuvret. Peat-èlre àéyk Tauteur d*l/>i Enfant vonlait-il préparer le ehcmin 2i Féditear des Femmes vengées.
{jtbel Ledoux , libraire.)
ces écrivains d'un mérite reconnu, ne se hasarde tout entier dans la voie où nous entrons témérairement^ nousde^ui lenom sans autorité ne peut servir de passe^port a upe correspondance de famille, écrite sans préoccupation dramatique, sans prétention littéraire...
— Alors pourquoi publier vos Femmw vengées ? .
— Déjà nous avons • dit longuement notre excuse. Sera-t-elle admise? nous n'osons le croire. Les lecteurs n'entrent pas dans des considérations de vie privée^ et quels qu'aient été nos motifs pour nous rendre l'éditeur de ces lettres, le public nous fera toujours ce juste reproche, que nou$ étions libre de refuser toute coopération indirecte ou directe à un livre reconnu défectueux par nous -même, et dont Iç sort peut devenir doublement funeste si les femmes qu'il i^enge lui sont indifférentes et l'abandonnent.».