‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 30 sur 39 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

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S***, 26 février.

J'igfiore ce que mndame de MootaUe a pu dire à son fila; mms la vérité est (jue ce jeune homme ne regarde plus Marie san^ roiigir de honte , et qju'iji recherche encorepluasouFent.qfL'autr^Qis

les caresses de sa mère* D^impertinent^ de grossier qu'il était ^ il est devenu poli et même timide à mon égaMi Quoiqu'il fasse ^ j'aurai grand'peine à oublier tout ce qu'il m'a £ait soufftîr, et pourtant^ si je jouis de quelque repos ^ n'eist-ce pas à l'audace même de son amour que j'en suis redevable? sans cette lettre qu'il a eu l'impudence d'écrire, l'espoir seraitil rentré dans mon cœur, et lorsque Marie m'envoie un triste sourire, croirais-je que ce sourire peut être d'amour?

Je n'ai pas encore trouvé l'occasion de lui demander si elle m'aime... U est vrai que je ne la cherche pas. A quoi bon, si tout ce qu^elle dit ou feit maintenant m^est un témoignage à peu près certain de sa tendresse? Pourquoi courir le risque d'échanger un demi-bonheur contre une infortune complète !

Cette lettre de M. Armand^ je ne Tai montrée à personne,, mais je la relis souvent, trop souvent peut-être... Je ne me sens pas le courage de l'anéantir, quoique la posséder me fasse mal et qu'y chercher certains passages me fasse haïr la femme que je voudrais le plus aimer.

Ne dit-il pas que c'est en dansant qu'il s'est enivré de son souffle ?

Eh bien, avais-je tort de reprocher à Marie ces bals infâmes et de l'épouvanter sur leurs suites ?. . mais elle n'a pas voulu me croire.

Par bonheur, elles ont cessé depuis quelque temps toutes' ces danses honteuses, mais elles ont cessé pour recommencer bientôt. Il est question déjà d'un grand bal pour la fin du carême. . . Marie, eh causant de cela hier avec une jeune^ demoiselle dé ses amies , disait: « Je ne I. 19

crois pas que je daase^ . . . cepiendant j'eii

aurais grande envie... »

Dans ce moment elle me jeta un coup d'œil inquiet et me sourit avec une grâce divine...

Si cette l^tre de M. Armand ne me fût pas venue à la pensée ^ si je ne me fusse pas rappelé que c'est en dansant avec elle qu'il s'enflamma d'ampuir ^ je n'eusse pas répondu au regard de Marie , la laissant libre de faire ce qu'elle croit bien où mal; mais^ irrité par le souvenir de cette lettre funeste , je m'élevai avec indignation centre la coquetterie coupable des femmes; puis^ exaspéré bientôt par le rire moqueur de la jeune demoiselle qui se trouvait là^ je redis, avec plus d'âpreté quejamais> combien la femme ^ futile dans se» goûts , faible d'esprit et de corps , avait de choses à reconquérir par l'éducation^ avant de

S91 reprendi^e sa f^œ à côté de l'hdmme ; place qu'elle n^ aurait jamais dû quitter ; qu'elle retrouvera dans Fatrenir, maris dont elle ne se ressaisira que bien tard, si elle persévère dans la voie de voluptés abjectes où l^ommc la précipite pour l'amollir encore et rester plus long-temps son maître.

Cela dit, j'examinai attentivement les physionomies qui m'écoutaient La denioiselle étrangère ne m'avait pas compris : elle riait en cachette , et d'un rire railleur. Mon oncle, me croyant fou, secouait la tête , eh faisant des signes à madame de Montalte , qui semblait rêveuse... Marie, le front penché sur son ouvrage , m'approuvait par son silence et ses soupirs...

O Paul, Paul , si elle était donc femme à lutter contre les vices de son éduca-^ tion ! S'il était vrai qu'elle m'aime ! si

elle voulait me faire seulement le sacrifice de ces folles danses oii elle se livre aux périls de son .honneur et de mon repos!

Mon repos ! mais puis-je être heureui jamais? tout mMnquièteetme porte om* bràge! .

Je ne t'ai pas encore parlé d'uû vieux prêtre du voisinage , ami de mon oncle , et fort brave homme en apparence. Il m'a semblé pieux sans fanatisme y indulgent sans faiblesse^ et gai sans avoir la prétention défaire rire. Je le crois homme d'esprit et de sens. Deux -ou. trois fois par semaine il dine ou déjeune avec nous. Il paraît aimer beaucoup Marie , qu'il a vue naître; et, de son côté, Marie paraît avoir une grande confiance en lui.

Croirais-tu que je suis jaloux (non de ce prêtre, grand Dieu!), mais de la confiance que Marie lui accorde. Elle l'é-

cou^e avec uae complaisance qui me blesse. Aux questions qu'elle lui fait , elle ;ie suppose pas qu'il existe des ré^ ponsesplus raisonnables que les siennes.

Elle aune foi litière dans le jugement de ce M.Trébalde:c'estainsi qu'on le nomme.

Pendant plus d'une heure^ après le déjeuner, elle ne l'a pas quitté; ils se parlaient bas^ le prêtre souriant et lui donnant, de temps à autre, avec le bout de ses doigts, de petits coups d'amitié sur la joue, et elle, humiliant sa tète sous les reprochés caressans du vieillard

Qu'avait-elle à lui dire?

Retirés l'un et l'autre dans un coin du salon , ils avaient oublié tout le monde , au point que* nion oncle, madame de Montalte et moi , nous étions sortis sans qu'ils eussent remarqué notre absence. .

Quand je rentrai , tout impatient de cette longue conférence, le prêtre luidi-

sait :m Faites ce que je vchos di$ , ihon enfant , et vous aaurez ce que vousaimez. »

Je ne suis par sûr qu'il ait dit « saurez »

ou « aurez » ; mais en tout cas que voulait-*il dirîe , et à quel propos Marie demand^-t-elle des conseils plutôt à un prêtre qu'à son père ou à inpi ?

Serait-elle coupable de quelque faute ?

alors c'est au <x>nfessionnal , et non dans une chambre que le prêtre doit entendre sa confession... ou bien lui a-t-elle ouvert naïvement son cœur, et dans sa cruelle ignorance, lui a-t-elle dit : «Voilà ce que mon cousin m'inspire, et ce que j'ëprouve pour M. Armand. Lequel des deux croyez- vous que j'aime?» et le prê^ tre lui aurait répondu : « Faites ce que je vous dis , mon enfant , et vous saurez ce que vous aîmez ! »

Que lui aurait-ril donc conseillé de faire pour éclaircir les ténèbres fatales de

«on coBurP-î^rien, <5aï toutes ces suppositions ne sont pas admissibles.

Je m*y petfds^ Rlaiè toi (Jue j'importune ainsi de-meis folies souffrances , toi , Paul y n'es-tu pas fatigue de ma déraison, et n'est-il pas temps enfin que je cesse cette icoiTÈspondance, ou que je me décide à me monti^er digue de ton amitié et des sages conseils que f ai k^eçûs d'elle?

Tu recevrai encore de moi utiè lettre qui, sans doute, sera la dernière. Je t'y apprendrai le jour de ma fuite ou lé joiit* de mon mariage, le rtfuge que j'assignerai à mon désespoir ou l'asile heureux qui doit cacher au motide ma femnié èl moi...

Marie n'est pas telle que je t'aurais souhaitée, il S'eil faut; mais toute jeune et docile à mes leçons , elle peut fortifier son intelligence^ et deVèhir Mehtôt ^uhél

grave et aussi forte qu'elle est frivole et

faible...

Ma prochaine te reiidra compte de Tentrevue sérieuse et sincère que je me propose d^avoir avec elle; alors je lui dirai mon amour ; je lui dirai à quel point il est violent, puisqu'il me fait passer sur les imperfections qui me blessept le plus en elle ; je lui den^an.derai 31, ces imperfections, elle les reconnaît, et si son intention est de les combattre ; je lui demanderai si elle m'aime ; je lui jurerai , la main sur k cœur, que toute ma vie sera consacrée à la rendre heureuse ; et suivant qu'ejle me rép6ndra : t< Je vous accepte ou je vous refuse pour mari ; je veux ou je ne veux pas vous faire le sacrifice de mes futiles plaisirs » certain alors de mon bonheur ou de mon malheur, j'arrêterai mon existence près d'ell^, ou je fuirai.

Estime-moi assez pour croire que ma résolution est inébranlable. D'une heure à Fauire mon sort peut être irréyocablement fixé. Je n'attends plus que l'occasion de me. trouver seul avec elle.

Adieu.

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