‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 29 sur 39 · LETTRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVIII

S***, aa février.

L'insolent ! il a osé lui écrire ! il a poussé l'audace jusqu'à lui adresser des vers ! et comme si ce n'était pas assez de tant d'impudence, iHui demande compte de ses sentimçns pour moi ; il lui repro-

che.le« regarda qu'elle me jette en secret, à ce qu'il <lit; il la menace avec hauteur, la flatte avec basiesâe et la tutoie ! oui il la tutoie , comme si elle était son égtit ou son inférieure , sa femme ou sa servante!

Un moment j'ai été près de châtier son insolence en la lui reprodiantdevMit tout le monde ,. devait mon oncle et de* vaut Marie même. Mais je me suis retfmk. D'ailleurs Marie n'avait pas Ib la lettre de cet audacieux ; elle ignorait l'iji^ suite qu'il voulait lui faire , et je pensai qu'il valait mieux cacher à Marie cettb coupable tentative qiie d'af^pe^lier son attention^ son intérêt peut-<être sur un outrage qui eût trouvé son excuse dans «on excès même.. « On 4it les femmest plus qu'indulgentef pour cfes sortes de crimes-

Je me contentai de prévenir la mère

Digitizéd byVjOOQlC

de ce jeune fou, et je crois avoir hiea fait. Tu. en jugeras. Cette madame de Montalte est plus sensée que je ne supposais.

.Ma présence la fit sourire d'abord.

Elle ne savait ce qui m'amenait chez elle, avec un visage si ému. Mais la stupéfiatction , je ne pourrais dire la douleur , atterra tout à coup se^ traits, lorsque je lui expliquai le sujet de ma visite. « Madame, lui diS'je, je viens vous prier d'imposer à monsieur votre fils la retentie qu'il ne devrait oublier, sous aucun prétexte, dakis une maison où on Fa reçu plutôt comme un parent que comme un étranger. Voilà ce qu'il ose écrire à ma cousine, lisez. »

A {ieine eutrelle parcouru la lettre de son fils à Marie, qu'elle se prit à pleurer, me demandant pardon et me disapl qu'elle allait partir tout de suite.

J'étais confbndu.de surprise. Ce n'était plus la femme frivole et rieuse que j'avais vue; c'était une mère de famille indignée; c'était une femme sensible et noble qui ressentait aussi vivement que moi l'insulte faite à la fille de son hôte.

« Ah ! mon Dieu ! s'écria-t-elle, que doivent penser de nous Marie et son père!

je sviis bien malheureuse. »

Je me hâtai de la tirer d'erreur, « Ni Marie ni mon oncle ne connaissent cette lettre, lui dis-je. Votre fils, vmis et moi spnmEies 1^ seuls qui sachions qu'elle existe. Ainsi n'ayez auciude crainte, madame,. »

Elle sourit à travers ses larmes y et me dit , en serrant . avec fusion mes. mains dans les siennes : « Pardonnez*moi, monsieur Henri, mai/s, je vous l'avoue, je ne vous croyais pas si généreux. . . »

Je n'eus pas l'air d'entendre ces der-

nières paroles, et j'ajoutai: « Maintenant^ pour prix de ma discrétion, madame, ce que je vous demande, c'est d'éclairer monsieur votre fils sur Knconvenance d'une,.. »

Elle ne me laissa pas achever ; et pre* nant un visage empreint d'une fermeté qui me frappa: « La démarche que vous .

faites auprès de moi, monsieur, vous honore trop et m'honore trop moimême pour que je ne me montre pas digne de vous et de la confiance ^ue vdus voulee bien avoir en mon autorité matemelle. Cette fettre est la dernière qu'écrira mon fils ; j'y engage son faonneior et lé mien, m

Après quelques minutes de ^nce> eilereprit t « No«s d^vionspfirtii>; des cir^ tonstasices inciMpendantesde ma vokmté nous forcent À reat^ ici quelque temps «Mîore» . . Et cependant riia première peu-

aée^ vous l'avez êatendu^ était de m'en aller malgré cela et tout de wite... MaiB j'ai réfléchi ; à cause de cette lettre même BOUS resterons. Je suis bien aise que voua voyiez comment mon fils se conduira désormais ; et j'espère ( a}outa*<^l>^lle en souriant ) que, cette épreuve achevée , vous changerez d'opinion sur notre ca^ ractère à l'un et à l'autre, comme, je change moi-même d'opinion sur vous, monsieur, après l'action bonnéteet £ran-^ che que vous avez faite. »

Je voudrais pouvoir te rendre Fim^ pres^on que me càu^ Ja Ëermeté de w voin et k dignité de ses gestes. Moî iqui , dims mon désespoir, étais^venu pour lui checchi^ querdle, pour lui reprocher lâohemait ue^ âuite commise par sob fiU, je me serais laûsé, je crais > insultai ipw elle sans ri^ft chre:, tant j^étaiis honw

teux de latrouver plus forte et plus noble que je ne fêtais moi-même.

Cependant je la regardais de plus en plus étonné, doutant si eUe ne jouait pas la comédie. EUe ne parutpas remarquer ma surprise. « Expliquez-moi , me dit-elle, comment il se fiait que c^te lettre fiatale vous soit tombée entre les mains?» Je lui racontai l'aventure en quelquesmots. La <;hambre de Marie est située au rez-de-chaussée, tout juste andessous de l'appartement occupé par madame deMontalteetsonfils. Lafienétre de Marie était ouverte, et Armand parut bientôt à la siaine. Après avoir r^ardé si personne ne se trouvait dans le jardin (j'y étais , mais il ne me vit pas) , il se pencha en dehors de la fenêtre , et lança Tiers l'appartemait infiérieur s^on insolente déclaration d'amour. Il crut sans doute avoir jeté sa lettre dans k cham-^

bre de Marie, (»r il «e retira bien vite.

Mais la lettre s'était arrêtée dans ' une des encoignures de la fenêtre., it la voyais de loin; j'accowus. Marie n^était pas chez elle. Je grimpai au mur , qui est fort bas du reste, je me seLisis du billet, et, dans ma fureur jalouse, je l'ouvris.

O Paul, pourquoi l'ai-je ouvert?* Ce qu'il lui écrit a réveillé, follement peutêtre , toutes mes espérances ! Il se plaint de n'être pas aimé et dit que c'est moi qu'elle aime... Cela n'est pas, crois-le j elle le préfère à moi. . . Pourtant il assure que non ! il assure qu'elle me regarde en secret et que lui elle l'évite... Mais vingt fois ne m'a-t-elle pas évité de même? Tiens, elle ne nous aime ni l'un ni l'autre; elle n'aime personne; son cœur est inaccessible à toute affection profonde...

Mais cette lettre &tale me tonj^mente..; D'un autre c6té^ ma tante me conseille de ne pas partir avant d'avoir «u avec Marie une, explication franche... dette explication je l'aurais. . quoique j'en xedoilte les fatales conaéquences. J'ai tro.p hë^té. . . Un plus long retard serait le comble delà faiblesse... Mais, Paul> que saisrje déjà ? si ce n'est le plus timide et le plus feible des heaumes !

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