‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 32 sur 39 · LETTRE XLI · texte numérisé non relu

LETTRE XLI

Même jour, minuit.

Il vient de se passer ici une scène affreuse. M. Darcey, sa fille , ton neveu et moi , nous devions aller voir un propriétaire des environs qui nous sollicitait à dîner depuis huit jours au moins.

Mon fils dînait dans une autre maison , à une lieue d'ici , avec des jeunes gens qui daignent avoir quelque amitié pour lui, >

Il était bien convenu que Henri nous accompagnerait f lui-même nous en avait fait la promesse.

Cependant il paraissait fort maussade depuis deux jours.

L'heure de notre départ était fixée pour trois heures ; on dînait à quatre làbas.

Nous autres femmes nous montons dans nos chambres pour nous habiller.

Henri, qui ne rnet jamais que la même redingote , ' n'ayant pas de toilette à faire , va se promener, je ne sais où...

Au bout d'un quart d'heure , je descends. M. Ddrcey m'attendait dans le saloh. Nous causons encore une bonne

denlie heure ensemble , et Marie ne paraît pas. .

Jfg me disposais à l'appeler, lorsqu'elle entre à peine habHlée, tremblante et tous les traits en désordre.

Nousno^sempressçns de lafoutemr.

Elle nous sourh , mais d'uû air pénible.

Je Tint^rroge. Elle m'assure qu'elle s^ porte bien et qu'elle ne conçoit pas notre inquiétude.

J'insiste ^ elle se remet peu à peu et avoue 5 non fana un reste de trouble , qu'elle a failli se trouver mal sans savoir pourquoi , mais que cela est passé.

Enfin la voilà calme, ou à peu près.

Les cbevaux sont attelés à la carriole.

Nous allons partir. Mais^, à son tmir, Henri nous manque. On le cherche partout , oa Fappelle : personne.

M. Darcey prétend que Henri nous a

devancés à pied, et que nous le rejoindrons sur la route.

Marie ne veut plus partir, et dit, a\çec une agitation qu'elle déguise mal,, qu'il faut absolument chercher son cousin.

Je prte M. Darcey d'envoyer de nouveau ses gens à la découverte. Il rit de nos terreurs et s'obstine à nous faire monter en voiture , sous l'éternel prétexte que Henri est allé devant par impatience de nous attiindre.

Bref, nous partons , mais Marie avec les larmes aux yeux et le cœur gros.

. On arrive chez M***; point de Henri .

On retarde le diner tout exprès; il ne vient pas plus vite.

Marie était dans un -état d'anxiété inexprimable. J'avoue que je n'étais pas rassurée;, et M^ Darcey lui-mçme , je crois, ne pouvait se défendre^ d'une certaine inquiétude. ^

l'u conçois quel dîner nous ^mes.

Revenus à la maison, sais-tu ce qu'on dit? — «M. Henri alfidt enlever ses malles et ilestparti.é* »

Ce fut un coup de foudre pour nous tous , mais surtout pour la pauvre Marie. Elle essaya de faire bonne ' contenance , mais la contrainte même qu'elle s'imposait lui renversait le visage. Elle faisait peur, tant elle était pâle.

 la fin elle s'évanouit, et nous l'emportâmes, mourante dans sa chambre. . .

Vers les dix heures du soir, le domes^ tique, qui avait conduit à Clermont les malles de ton neveu , revint et nous re^ mit une lettre du fugitif, où il s'excuse fort mal d'être parti avec cette inconcevable précipitation. . . Le domestique lui a entendu dire qu'il montait en diligence le soir même. Mais il n'a pu nous apprendre par. quelfe diligence Henri I. 20

quitte l'Auvergne. De sorte que nous ne

savons où il est allé.

Je t'écris près de ta pauvre nièce que je veille. Elle est au lit aveè une fièvre brûlante.

Adieu. Nous nous perdons en coi3^ec* tures.^Dans ses courts momens de calme, j'ai vainement interrogé Marie. Elle pleure ou elle se tait.

Tout ce que je puis te dire, c'est que ce double événement a jeté toute la maison dans une tristesse mortelle.

Déjà M. Darcey n'est plus le même homme. La maladie de sa fille Ta rendu méconnaissable.

Je t'en conjure , n'accuse pas mon fils.

Le pauvre enfant n'est pour rien d«is tout cela ; il est rentré à 9^ heures du soir et ne sachant pas un mot de ce qui s'était fût en son absence.

Adieu , ma bonne amie. Nous sommes

SOT tous bien tristes. Un médecin^ que Ton a envoyé chercher en toute hâte ^ trouve l'état de Marie fort alarmant.

Elle Taime, j'en suis sûre à présent.

Mais le voilà parti K.. Que s'estril donc passé de si étrange et de si funeste entre

eux?

LETTRE XLIL

9# ttt«b«ntir Siûfhit Vumhûn k mul^àmt ht McixtàUt.

Paris, ce40marf«

Depuis ta dernière lettre, oîi tu m'annonces le départ précipité de Henri, je suis dans une inquiétude mortelle y ma chère Thérèse... Chaque jour j'attends de SCS nouvelles y et chaque jour je me

voi$ trompée dans mon attente. Rien^ absolument rien; un silence a£6*ieux.

C'est comme s'il était mort. Gomment se ^t-il que vous n'ayez pas envoyé courir après lui? comment l'avez-^ous pu laisser partir dans l'état de désespoir où il était? Je ne comprends pas votre insouciance. Â Qermont Henri devait être connu; il est impossible qu'il n'y soit pas allé souvent dans les sept ou huit mois de son séjour à S***! On vous aurait dit : « n est parti ce matin ^ ou hier^ ou cette nuit par telle diligence ; son passe-port lui avait été délivré pour telle destination. » Et puis ^ ce me semble^ dans les bureaux de poste , on tient registre des voyageurs; on n'ignore pas où ils vont, ce qu'ils deviennent ; on peut les suivre de ville en ville et savoir ^n qud lieu définitivement ils s'arrêtent.

Pie. vous être pas informés de tout

cela ! Mais à <^oi soBge donc mon beaufrère! Cette indifférence n'a pas de ndm!

Tu assures qtie sa cousine l'aime ?. . E^ bien ! iaison de plus , car c'est k crainte ou la certitude du contraire qui l'aura décidé sans doute à partir aussi brusquement. Sûr d'être aimé, Henri aurait rebroussé chemin bien vite , il serait accouru à. S*** et maintenant tout le monde serait heureux. En vérité je ne conçois rien à vôtre manière d'agir , à vous autres. De quelle tendresse étesvous^ donc faits! Il semblerait que vous n'avez qu'une pitié dans le cœur, et que le chagrin de l'un vous empêche de compatir au désespoir de l'autre. Parce que Marie souffre, tous ne vous inquiétez pas si Henri peut souffrir... Diew n'aurait-il mis qu'une seule larme dans vos deux yeux?

Certes , Marie doit être malheureuse ,

3H puisqu'elle raîme et qu'il eai parti; mais elle, elle ne doute cependant pas qu'elle ëoit aimée; tandis que lui, il a tous les malheurs d^ sa cousine avec ses consolations de moins : il ne croit pas être aimé.. . c'est lui qu'il iaujt plaindre. Mai» comment va^t-elle cette pauvre enfont?

Sa maladie aH;-eUe eu des suites ^ves ?

J'espère bien que non. Mais pourquoi ne m'écris-tu pas ? Pourquoi ce silence de quinze longs jours ? que veux-tu que je devienne^ si à mes inquiétudes sur Henri ton silence vient joindre encore des inquiétudes sur toi^ sur mon beaufrère^ sur ma nièce ! Plus heureux que moi , auriez-vQus reçu des nouvelles de Henri?., mais non, tu m'en aurais prévenue en grande hâte, j'imagine. Alors que fais-tu donc ? que faites- vous donc tous? Je tremble de t'interroger. Au nom du ciel , ne m'abandonne pas plus;.

3iâ

long-temps aux tourinensque je ftié crée potir TOUS toiïs.

Marie t'a-t-elle dit enfin quelle est la cause du départ de Henri ^ quelle scène entre eux deux a pu amener cette rtijpture soudaine et fatale ? Ne m'épargne aucun détail. M'en taire un seul serait une cruauté, car, comme Henri > je sout fre et je ^uis absente^

Page 1