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FERMENTATION AMMONIACALE

L'urée -GH^Az^^ est, comme on le sait, Tun des principes constitutifs les plus importants de l'urine. Il y apparaît comme la principale forme sous laquelle l'azote est éliminé de l'organisme animal.

Ce corps de composition simple, cristallisable en prismes volumineux, ne diffère du carbonate d'ammoniaque que par les éléments de l'eau.

On a, en effet :

^H4Az2^ + H2^ = ^^i + 2A2H»

Par l'ébullition avec de l'eau alcaline ou avec l'eau seule, ce phénomène d'hydratation se produit plus ou moins vite. On l'observe même avec les composés plus complexes connus sous le nom d'uréides et dans lesquels on doit admettre la molécule de l'urée associée à d'autres groupements organiques; tels sont l'acide urique, l'alloxane, la créatine, etc.

Une solution d'urée pure dans l'eau se conserve sans alté* ration pendant longtemps. Il n'en est pas de môme des solu« tiens naturelles d'urée, telles que l'urine, qui contient des sels

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et d'autres principes azotés plus rapprochés des matières albuminoïdes.

Tout le inonde sait qu'au bout d'un temps plus ou moins long, suivant les conditions de température et Tétat de santé de l'individu qui a excrété l'urine, ce liquide, après son émission, devient alcalin, d'acide qu'il était auparavant; en même temps il exhale une odeur très-prononcée d'ammoniaque; à ce moment l'urée a disparu, ou est sur le point de disparaître complètement; à sa place on trouve une quantité équivalente de carbonate d'ammoniaque.

Dans certains cas, l'urine est déjà alcaUne et ammoniacale dans la vessie.

C'est à ce phénomène, à cette transformation spontanée que l'on a donné le nom de fermentation ammoniacale. (Dumas, Traité de chimie, VI, p. 380.)

D'après les observations de Mîiller (1860, Joum. fur prakt. Chem. LXXXI, p. 467), et de Pasteur (Compt. rend. L, 869, mai 1860), la transformation de l'urée en ammoniaque et acide carbonique est due à l'intervention d'un ferment organisé spécial, constitué par une torulacée et formé de chapelets de globules très-semblables à ceux de la levure de bière, mais' beaucoup plus petits; leur diamètre est d'environ 1,5 millième de millimètre. M. Van Tieghem a fait une étude très-complète de ce ferment. Il se trouve dans le dépôt blanc réuni au fond des urinoirs. M. Jaquemart (Ann. chim. phys. (3) VII, p. 149, 1843) avait déjà signalé ce dépôt comme particulièrement apte à provoquer la transformation.

L'étude, longuement poursuivie, des productions organisées qui se développent dans l'uriné exposée à l'air, a convaincu M. Van Tieghem de la présence constante du ferment (toru;* lacée), toutes les fois que l'urée fermente, et de la corrélation intime qui lie son développement facile ou pénible, à la transformation rapide ou lente de l'urée.

« Dans le cas, exceptionnellement réalisé, où cette torulacée se développe seule, le liquide reste limpide, la fermentation est prompte et le dépôt qui se forme au fond du vase est exclu—*

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sivement constitué par les chapelets et les amas de globules mêlés aux cristaux d'urates et de phosphate ammoniaco<*ma*gnésien. Si la torulacée n'est accompagnée que d'infusoires, ce gui est le cas le plus général, la fermentation, quoique un peu ralentie, est encore facile; nwiis s'il apparaît, outre les infusoires, des productions végétales dans le liquide et à la surface, la torulacée se développe péniblement et la transformation est trës-lente, le liquide pouvant rester adde ou neutre pendant des mois entiers. Si, au lieu d'abandoimer Turine aux chances variables qu'y introduit l'ordre d'apparition des germes de l'air, on la place à l'étuve dans un flacon bouché, en y ajoutant une trace du dépôt d'une bonne fermentation, toutes les variations accidentelles disparaissent et le phénomène s'accomplit toujours de la môme manière : un ou deux jours suffisent pour que l'urée disparaisse, et en même temps la torulacée se développe seule. La transformation de l'urée dans l'urine est donc corrélative de la vie et du développement d'un ferment organisé végétal. Ce ferment qui se développe au sein du liquide et surtout au fond du vase où, en s'accumulant, il forme un dépôt blanchâtre, est constitué par des chapelets ou de petits amas de globules sphériques, sans granulations, sans enveloppe distincte du contenu et qui paraissent se développer par bourgeonnement; leur diamètre est de 0", 0015 environ. » Par des expériences directes M. Van Tieghem pense avoir démontré que le dédoublement par hydratation de l'acide hippurique, en acide benzoïque et glycocolle, qui s'observe dans Turine des herbivores après son émission, est dû à une fermentation analogue à celle qui dédouble l'urée. Le ferment actif serait identique avec le ferment ammoniacal. Ainsi, Thippurate d'ammoniaque dissous, soit dans l'eau de levure, soit dans de l'eau sucrée contenant des phosphates, se dédouble toujours comme conséquence du développement d'un végétal microscopique identique avec la torulacée décrite ci-dessus. (Comptes-rendus de l'acad. des se, t. LVIII, p. 533.) D'après Mtiller l'activité du phénomène est proportionnelle au nombre des globules. Lorsqu'à lin mélange de sucre et d'urée

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en solution aqueuse on ajoute de la levure de bière, on voit toujours apparaître les petits globules de levure ammoniacale, dès que le liquide prend une réaction alcaline (Pasteur). La levure de bière seule décompose le sucre sans provoquer la transformation de Turée. La température la plus convenable est celle du corps humain (37^.

Enfin, comme pour le moût de raisin et de bière, le ferment ne préexisterait pas dans Turine; il y serait apporté du dehors sous forme de germes.

La nécessité du ferment ammoniacal, pour la transformation de Turée dans l'urine, dans les conditions ordinaires de température, soulève une question médicale d'une grande importance. En effet, on a observé de nombreux cas pathologiques où Turine était déjà plus ou moins fortement ammoniacale dans la vessie. Cette altération accompagne généralement, soit des lésions vésicales ou rénales, soit des maladies générales, graves, telles que la fièvre typhoïde.

Lorsque Turine est ammoniacale après un sondage, on peut craindre que la sonde n'ait servi de véhicule, et n'ait apporté dans la vessie les germes de la torulacée, en provoquant ainsi l'infection. Une urine ammoniacale provenant d'un malade de la Charité, a été examinée par M. Gayon, à l'instant même de son émission ; on y a constaté la présence d'innombrables organismes; l'examen avait eu lieu quelques jours après un sondage.

Cependant, d'après l'avis des chirurgiens, l'urine se présente souvent ammoniacale sans sondage préalable; par exemple, dans les rétentions, bien que le séjour prolongé du liquide dans la vessie ne soit pas la seule condition du phénomène. En effet, M. Vemeuil n'a pas trouvé l'urine ammoniacale chez une jeune fille hystérique, sondée après plusieurs jours de rétention,

Comme l'a dit M. Pasteur, le canal de l'urètre, relativement aux infiniment petits qui agissent comme ferment, est comparable au tunnel de la Tamise où ils peuvent circuler facilement.

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