DEMAIN
Que l'homme peut gémir et se frapper le front; Et l'heure vient, peut-être, où les maux finiront, Guéris par les sueurs qui baignent les araires, Et montrent aux humains les saints itinéraires Où, s'élevant toujours vers l'immortalité, Dans un rêve pieux l'âme ait sa liberté. Le diadème lourd pèse son métal faux, Et tremble de crouler au tranchant de la faulx. Les guerres, la tuerie éternellement vaine N'ont pu le protéger contre sa fin prochaine. Plus que l'éclair du glaive une grêle de blé Disperse le cénacle au palais assemblé.
Car c'est du sol que surgira le droit de vivre, En donnant à chacun sa page du grand-livre, Et le soc prévaudra contre l'accapareur En rayant d'un sillon les siècles de terreur. Le destin va plus loin que les bornes d'empires, Et la robe de sang des majestés-vampires Ne saurait arrêter l'épanchement fatal, Qui doit déraciner dans son remous brutal
L'assise chancelante et vétusté du trône.
Le semeur ne veut plus de la hautaine aumône
Qu'on accorde aux vilains à la grille des rois,
Mais demande sa part sous l'égide des lois,
Et refuse d'avoir à saluer pour maître
Un sot que dans la pourpre un hasard a fait naître.
Je t'aime, ô mon froment, car tu sors de ma main, Plein des baisers du ciel et de l'amour humain. Epands ta fleur aux quatre vents de la chimère, Et fais mûrir ton rêve en la vie éphémère, Pour que tes blonds épis, versant la charité Au cœur des hommes francs, sauvent l'humanité.