‹ Les Ferments Lactiques dans l'auto-intoxication et dans les affections intestinalesChapitre 16 sur 21 · CHEZ L'ENFANT · texte numérisé non relu

CHEZ L'ENFANT

Le docteur Herschell de Londres insiste sur les effets de la médication lactique dans les dyspepsies intestinales infantiles.

« Dans les cas les plus chroniques caractérisés par la mauvaise nutrition de l'enfant, la perte de poids, la sécheresse de la peau, les éruptions de nature eczémateuse, la diminution de l'appétit avec soif excessive, on oblient les meilleurs résultats par l'usage des ferments lactiques. »

A l'appui de cette opinion nous publions les observations ci-dessous que nous devons à l’obligeance du docteur Bresset du Dispensaire de la rue Oudinot.

Observation 4. — Enfant de six mois, nourri au sein puis au biberon. Poids 5.320. Le 7 septembre 1907 il présente des phénomènes gastro-entérite, diminution rapide de poids, en six jours, il descend à 4.950. IL présente des râles de bronchite et

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des phénomènes cutanés. On institue le 28 septembre le traitement par les ferments lactiques (3 comprimés par jour), l'amélioration est manifeste dès le 4°" octobre, l'enfant n’a plus que deux selles par jour; sa courbe de poids se modifie immédiatement le 4 octobre 5.080, le 8, 5.120, il ne présente plus aucun trouble et monte le 22 octobre à 5.510.

Observation 2 (Bresset). — Défaut de croissance chez un nourrisson. Enfant prématuré âgé de six semaines, du 9 avril au 15 juin 1907, sa courbe oscille entre 2.310 et 3.300. Le 20 octobre à cinq mois, il ne pèse que 4.200, on le met alors aux ferments lactiques et sa courbe de poids monte régulièrement.

Le 2 novembre, l'enfant atteint 4.710.

CoxsTipaTION. — Certaines cons'ipations relè-

vent également du traitement par les ferments lactiques :

« Si l’on consulte la clinique, dit le docteur Boucard, on est dérouté par des résultats contradictoires. Les nombreuses observations qui m'ont été communiquées et celles que j'ai recueillies à l'hôpital offrent des résultats essentiellement variables. Quelquefois de très anciennes constipations cèdent définitivement ; d'autre fois on n'observe aucune modification: enfin il arrive que la constipation soit accrue surtout au début du traitement.

» Il est important de remarquer que la régularisation des selles se fait généralement attendre, huit, dix et quinze jours.

» Ceci dit, je me range à l'opinion du docteur Gottschalk quand il conclut que le ferment lacti-

TEE que n'est pas le spécifique de la constipation. Je ne pense d’ailleurs pas que ce spécifique puisse exister jamais ; il faudrait pour cela que la constipation fut une entité morbide, reconnaissant une cause unique — or elle n’est qu'une réaction banale de l'intestin — un symptôme de causes variées et complexes. I] fallait donc s'attendre à des différences d'action absolues pour une médicalion qui n’est pas un purgatif.

» Il serait dès lors intéressant de savoir à quelle constipation s'adresse le ferment lactique et quel est son mode d’action.

» Pour répondre à cette question deux hypothèses me sont venues à l'esprit : chez les constipés on constate souvent un état spasmodique de l’instestin localisé sur un parcours plus ou moins étendu ; cette particularité est notée dans les observations du D' Gottschalk ; si l’on admet avec Albert Mathieu que le spasme peut être un réflexe à court circuit provoqué par une flore irritante, on comprend que le ferment lactique, se substituant en partie à cette flore, les troubles moteurs et sécrétoires qu’elle déterminait disparaissent.

» Autre hypothèse : l'intoxication du système nerveux trouble son action régulatrice des fonctions intestinales. Le ferment lactique, dont le résultat le plus évident est d'entraîner la diminution des poisons de l'intestin, supprime l’intoxication du système nerveux, qui, dès lors, retrouve son pouvoir régulateur.

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» Quoiqu'il en soit pour s’en tenir à la clinique il faut reconnaître que les succès sont par contre plus constants dans le symptôme diarrhée que dans le symptôme constipation.

» J'ai en ma possession des observations de diarrhées anciennes avec selles très fétides et mauvais état général, ayant résisté aux traitements classiques et aux régimes, qui furent améliorées et guéries par les ferments lactiques.

» On observe d’abord la désodorisation des selles, qui deviennent moins liquides, moins fré- . quentes, tandis que l'état général s'améliore rapidement.

» La diarrhée, en effet, quelle que soit sa cause première, correspond habituellement à une déviation profonde de la flore intestinale avec pullulation des anaérobies de putréfaction.

» Inversement, la constipation se prête peu au développement des bactéries qui pullulent mal au sein des matières desséchées c’est ce qui explique l'absence des phénomènes d'intoxication chez nombre de constipés — leurs selles n’ont souvent pas d'odeur, alors qu'elles sont habituellement fétides dans les diarrhées. » Pour conclure :

» Je pense donc qu'on ne doit pas attendre des ferments lactiques la guérison de toutes les constipations ; ils pourront être essayés, et s'ils ne régularisent par les selles, ils supprimeront les phénomènes de résorption intesti-

ÉS. “: ROP » nale, comme certaines céphalées de constipés. » On pourra compter sur des résultats beau- » coup plus constants dans les diarrhées. C'est ici .» qu'il sera urgent de réaliser une antisepsie effec- » live de l’intestin,et le ferment lactique y parvien- » dra mieux que les antiseptiques chimiques, qui » n'ont que leur action irritante d'indiscutable. » Chez les malades soumis à ce traitement on » constate la diminution des productions toxiques » de l'intestin; cette constatation doit servir à » préciser les indications, ce sont d’abord les en- » térites — quelquefois causées — souvent aggra- » vées et entretenues par une flore déviée. (Ce » sont en second lieu tous les troubles d’intoxica- » tion intestinale et par suite les états hépatiques » variés, ce sont enfin les phénomènes cutanés liés » aux troubles intestinaux et hépatiques et bons » nombres de troubles nerveux et psychiques". » Voici quelques observations concernant la constipation :

Observation Gotischalk (Résumée). — Constipation ancienne, guérison. Mai 1907... G..., 30 ans, souffre de l'intestin depuis une péritonite qu'il aurait eu à l’âge de 16 ans, a souvent remarqué des glaires dans ses malières, surtout après quelque excès alimentaire. Somnolence après les repas, troubles gastriques diverses, constipation intense ; à l'examen, le cæcum est gros et dilaté, le reste du gros intestin esl normal, sauf la partie terminale légèrement en spasme. Sous l'influence d'un régime lacto-farineux, les troubles

1. D: Boucard, Les ferments lactiques dans la constipalion. Communication faite à la Société du IX° arrondissement, Paris, juin 1908.

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digestifs disparaissent, notamment les somnolences de l'après-midi, les selles sont devenues un peu meilleures ; j’adjoignis au traitement quatre comprimés de ferments lactiques par jour, puis, au bout d'une semaine, à la suite d’une amélioration légère, je portai le nombre des comprimés à six par jour. L'amélioration survint alors très nette, les selles devinrent quotidiennes, l'intestin se montre souple à la palpation, sans aucun spasme, le malade diminua, puis supprima les ferments lactiques et continua à avoir des digestions excellentes et des gardes-robes régulières.

Observation Gottschalk (Résumée).— Constipation, dysménorrhée. Grande amélioration. M"°H...,24ans, domestique. Cette jeune fille se plaint de troubles dysménorréiques depuis l'âge de 20 ans, survenus sans cause apparente ; l'accès survient deux heures avant l'écoulement sanguin, il débute par un état migraineux, des vomissements (bien qu’elle s’abstienne de manger ce jour-là), puis surviennent les coliques et quelquefois une perte de connaissance complète. Elle a toujours été conslipée et fait un grand emploi de pilules purgatives.

Je commence le traitement par un régime alimentaire et conseille l'emploi quotidien de petits lavements d'huile. L'état général s'améliore, elle obtient des selles tous les 2 à 3 jours, les règles surviennent sans accident. Au bout d’un mois, j'ajoute au traitement des comprimés de ferments lactiques (quatre par jour) quinze jours plus tard, après une amélioration graduelle, les selles finissent par se régulariser complètement et à devenir quotidiennes, la malade prend encore cependant deux fois par semaine de petits lavements d'huile ; l’état général est excellent et les douleurs menstruelles sont devenues insignifiantes.

ETAT INFECTIEUX. — Tous les états infectieux s'accompagnent de modifications de la flore intes-

7, tinale et de résorptions toxiques, qui légitimerit la médication lactique, témoin cette observation rapportée par le D' Laurent.

Observation personnelle (Résumée). —M'"°F..., 16 ans, travaille dans un magasin de chaussures.

Antécédents héréditaires nuls.

Antécédents personnels nuls.

Nous avons été appelés auprès de cette jeune fille, qui présentait alors, en même temps qu'une forte angine pultacée, une belle éruption scarlatiniforme, avec une température de 39°6. Huit jours après le début de sa maladie, la jeune malade se plaint du ventre et accuse 7 à 8 selles fétides par jour.

Nous prescrivons du ferment lactique ; 48 heures après les selles étaient désodorisées et tout était rentré dans l’ordre au bout de cinq jours.

Mais les ferments lactiques seront particulièrement indiqués dans les maladies infectieuses à manifestation surtout intestinale comme la fièvre typhoïde et l’appendicite.

APPENDICITE. — « L'appendicite dit Rochelot, » ce reste d’organe sans adaptation, est par sa » forme un excellent milieu de culture pour la flore » intestinale. Tousles agents d'irritation quand ils » ont pénétré dans ce lieu déclive, y séjournent » comme dans un clapier, y pullulent, y dévelop- » pent leur virulence, y élaborent leurs toxines et » y provoquent sourdement et bruyamment toutes » les variétés de l'appendicite qui devient ainsi, » par un mécanisme vulgaire la moins spécifique » et la plus banale des maladies...

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» L'appendicite est une maladie de provenance » intestinale, toujours intestinale et il conclut, on » préviendra les accidents appendiculuires en soi- » gnant l'intestin ».

D'autre part Grigoroff examinant quatre-vingt un cas d’appendicite, trouve constamment, sauf dans trois cas, des anaérobies de putréfaction. Et Roger écrit: « L'appendice normal comme l'intestin normal ne contient qu'exceptionnellement des anaérobies stricts. L'appendice malade comme l'intestin malade en possèdent presque constamment. »

Comme on le voit tous ces états pathologiques bénéficient d'un traitement qui rétablit l'équilibre biologique intestinal et qui s'oppose au développement des microbes pathogènes.

Ces phénomènes de concurrences vitales par les ferments lactiques, ne s’observent pas seulement dans l'intestin, et sans nous y arrêter nous citerons quelques observations parce qu'elles sont démonstratives et qu’elles établissent nettement l’action empêchante des bacilles lactiques vis-à-vis des germes pathogènes.

Le 16 avril 1908, le docteur Brindeau faisait une communication à la Société d’obstétrique de Paris, où il disait Les résultats obtenus dans la fièvre puerpuérale traités par les bacilles lactiques.

On mélange des cultures avec du sucre de lait stérilisé, on fait une bouillie dont sa consistance est telle qu'on peut se servir d'une seringue de

ag

Roux pour porter le mélange dans la cavité utérine. Ce pansement appliqué après nettoyage du vagin, du col et de la cavité utérine, est renouvelé deux fois par jour.

Trois malades ont été traités par ce procédé, la première une VI° are, présentait une infection avec manie aiguë, tempéralure élevée, eschares et fausses membranes dans le vagin et sur le col. Les médicaments habituels avec l’iode comme topique ne donnèrent aucun résultat. L'application de la bouillie lactique amena au contraire une amélioration rapide, au cinquième jour ses plaies étaient complètement détergées, et la manie rebelle jusque-là avait cessé, la guérison survint rapidement.

Dans les deux autres cas, il s'agissait aussi d'infection avec membranes diphtéroïdes, et la guérison fut aussi rapide.

Dans un autre ordre d'idée les résultats obtenus

dans la septicité buccale ont la même signification.

MM. Pierre Rosenthal et Albert Berthelot ont

traité les gingivites et les pyorrhées alvéolaires

par les ferments lactiques avec un succès inattendu.

Ils ensemencent la cavité buccale en déposant

sur les gencives et dans les espaces interdentaires une bouillie de culture sèche, bouillie que forme

Les comprimés en fondant dans la bouche. — Nous avons obtenu disent ces auteurs des ré-

sultats très encourageants, nous avons notam-

ment traité avec plein succès des gingivites ayant résisté aux agents habituels, nous avons vu en

huit jours évoluer vers la guérison une pyor-

Sa rhée datant de plus d’un an, et une trentaine d'observations toutes aussi concluantes, nous permettent de croire que l'emploi méthodique des bacilles lactiques constitue le traitement de choix des états inflammatoires chroniques de la muqueuse buccale. »

Le docteur Frey veut bien nous donner l’obser-

valion suivante :

Me X.., 24 ans, bonne santé générale. Elle est bien réglée, mais à chaque période elle présente des phénomènes de gingivite avec gros bourrelets interdentaires, saignant fortement au moindre contact. Quelquefois les gencives enflammées s’ulcèrent, surtout au niveau des incisives supérieures ; ces ulcérations sont très douloureuses et s’accompagnent d'engorgement ganglionnaire ; aucun dépôt de tartre ne peut expliquer cette gingivite à répétilion. Sur mon conseil, M"° X... se met pendant une période menstruelle particulièrement compliquée d’inflammation gingivale à sucer dans la journée 5 ou 6 comprimés de ferment lactique. Les bourrelets gingivaux regressent immédiatement et les hémorragies cessent.

Le lendemain matin tous ces phénomènes ont tendance à réapparaître mais deux comprimés de ferment lactique en ont encore raison.

Depuis, M" X... emploie régulièrement le ferment lactique quelques jours avant et pendant ses époques ; elle ne souffre plus de sa gingivite sauf quand elle se relâche dans son traitement.

Notons que les dents sont toujours restées indemnes malgré le traitement prolongé et très répété.

Il s’agit donc ici d'une infection buccale réveillée par l’état général pendant les périodes menstruelles.

. Le ferment lactique agit vraisemblablement par concurrence vitale.

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Le D' de Névrezé nous communique l’observa“ tion suivante :

Fétidité buccale sans lésion apparente. M'° X..., en 1907, vient me consulter pour une lésion dentaire banale et je suis frappé de l’odeur nauséabonde que présente son haleine.

Pensant que la lésion dentaire était tout d'abord en cause, je commencçais par soigner et guérir la dent malade, mais l'odeur persista et je prescrivis un antiseptique chimique (goménol associé au borate de soude).

La malade ne fut revue que quelques mois après; l'odeur persistait toujours; elle était particulièrement accentuée au niveau d’une plaque métallique du haut (porcelaine et platine).

J'associai au goménol, l’eucalyptol, le menthol sans plus de succès. La malade revint six mois après, elle présentait toujours la même fétidité buccale.

C'est à ce moment que j’eus recours au ferment lactique dont j'ordonnais de sucer 5 comprimés par jour. La désodorisation ne tarda pas à s'effectuer puisque la malade revenait quatre jours après, el sa bouche ne présentait plus aucune odeur.

Cette observation montre bien l’action d'inhibition des ferments lactiques sur les microbes de putréfaction, car il ne s'agissait pas seulement de désodoriser une haleine, mais toute la bouche et d’y empécher la fermentation putride.

Ces observations constituent un faisceau d’ar- guments imposant les mêmes conclusions. Elles établissent nettement Le pouvoir antagoniste des bactéries lactiques vis-à-vis des germes de putréfaction et des microbes pathogènes, grâce à une concurrence vitale qui rétablit l’équilibre biolo- gique normal.

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