I. — La méning^ite aig^uë non tuberculense
Il me reste à envisager les effets des ferments métalliques dans plusieurs états morbides où j'ai eu l'occasion de les employer, ce qui nous conduira à limiter les cas dans lesquels ils sont utiles et à fixer ceux où ils sont contre-indiqués, toutes réserves faites sur le caractère encore tendancieux des conclusions d'attente qui seront formulées tout à l'heure et qui devront être confirmées par de plus nombreuses observations avant d'acquérir une valeur définitive.
La première série d'observations qui méritent d'être relevées est constituée par des cas de méningite aiguë.
Voici comment je fus conduit à traiter des méningites par les ferments métalliques.
Une femme de chambre, âgée de trente-cinq ans, en descendant de l'impériale d'un omnibus, fit une chute sur la tête, perdit connaissance et fut apportée à l'hôpital Beaujon. Quinze heures après, quand je l'examinai, elle était encore dans le coma, vomissant
LEè FERMENTS MÉTALtIQUES. 181
des matières sanguinolentes, avec une température à 36^, un pouls petit et rapide, le faciès blafard et les lèvres décolorées. Le lendemain, elle reprend une vague connaissance, continue à vomir, se plaint d'un violent mal de tête et d'une vive douleur à la nuque. Elle a de la photophobie, et sa pupille gauche est dilatée. La face et le corps sont couverts d'ecchymoses, et l'on remarque, entre autres, une énorme ecchymose de la paupière inférieure gauche. La température monte à 38^,5. La nuit suivante est mauvaise; la malade est prise d'un délire violent, pousse des cris et doit être maintenue dans son lit. Le pouls est ralenti à 72 et très irrégulier.
Le lendemain matin, T. M., 38^1. L'agitation continue ; la raie méningitique est très accentuée, mais le signe de Kernig fait défaut. Une ponction lombaire donne issue à un liquide sanguinolent. On remarque une grosse ecchymose mastoïdienne à gauche.
On était en droit de craindre l'apparition d'une méningite traumatique, et en l'absence d'un traitement efficace, je tentai, pendant quatre jours, une injection quotidienne de 5 centimètres cubes d'organosol manganique.
Le cinquième jour, les températures du matin et du soir étaient à 37<^,4 ; l'inégalité pupillaire avait disparu ; une amélioration générale se manifestait dans tous les symptômes, et la malade sortait guérie après quinze jours d'hospitalisation.
C'était là, bien entendu, une observation d'attente,
puisque le diagnostic de méningite n'avait jamais été ferme, et qu'on aurait pu soutenir l'idée d'une simple commotion cérébrale. Mais l'heureuse issue de la maladie et la parfaite innocuité du traitement étaient autant de prétextes pour en tenter l'application dans les méningites vraies contre lesquelles la thérapeutique actuelle est si désarmée. L'occasion se présenta de faire cette tentative.
Quelques jours après, nouB recevions à l'hôpital Beaujon, une cuisinière de vingt-trois ans, manifestement atteinte d'une méningite datant d'environ huit jours, soupçonnée mais non démontrée tuberculeuse, en raison de l'incertitude des symptômes pulmonaires. Céphalalgie violente, vomissements, état semi-comateux, raideur douleureuse de la nuque, photophobie et douleiu^ vives à la pression des globes oculaires, signe de Kernig, rétraction de l'abdomen et raie méningitique, légère paralysie faciale et monoplégie brachiale gauches, inégalité pupillaire, T. M., 38», T. S., 38^,6, P. 100, irrégulier, tels étaient les principaux symptômes sur lesquels on fonda le diagnostic de méningite.
On administra de suite du calomel qui provoqua une forte évacuation, et l'on fit une ponction lombaire sans que l'état s'améliorât en quoi que ce fût.
Alors, vers le douzième jour de la maladie, je fis pratiquer une injection hypodermique profonde de 5 centimètres cubes d'organosol manganique. Dès le lendemain, la température s'abaissait à 37P,5 le matin
et 38° le soir ; le pouls tombait à 92, la connaissance revenait, et la malade répondait aux questions. L'urine renfermait une énorme quantité d'acide urique et d'indoxyle, et le nitrate d'uréese desséchait en givre, le long des parois du verre, après raddition d'acide nitrique.
Les six jours suivants, l'on renouvelle Tinjection puis l'on s'arrête, les deux dernières injections ayant donné lieu, six heures après, à une élévation temporaire de la température à 38^,6, toujours suivie, le lendemain, d'un abaissement de 0^,6 à 1^^. Chacune de ces injections détermine les mêmes réactions urinaires. Après la troisième, la décharge d'indoxyle fut telle, que celui-ci cristallisa au bout de dix ïniimtes* et se déposa, sous forme d'une fine poussière noirâtre, au fond du verre à expérience. Après la deuxième injection, l'amélioration était déjà manifeste ; la malade demandait à manger et parlait de se lever. Après la troisième injection, la raideur douloureuse de la nuque avait cessé ; la paralysie faciale n'existait plus, les pupilles étaient égales, Après la cinquième, la malade remuait son bras gauche. Après la sixième, elle pou* vait le mettre sur sa tête, et s'en servir pour prendre sa nourriture.
Mais le soir de celle-ci, elle fut prise d'une abondante diarrhée très fétide, et la température monte à Sg*^',^, en même temps qu'elle se plaint d'une vive douleur à la fesse gauche, au niveau de l'avant-derni ère injection. La région est chaude, rouge, tendue, douloureuse.
Deux jours après, on évacue un énorme abcès'rempli de pus bien lié, et la température, qui oscillait de 370,4 à 390,4, tombe brusquement à 37o,6, puis à 37^.
La malade se sentait parfaitement bien, et nous la croyions définitivement guérie, quand se déclara une phlegnuUia allia dolens à la jambe gauche, avec une légère pousséo thermique. Le membre est immobilisé dans une gouttière pendant vingt jours ; la phiegmatia suit une évolution normale et favorable. Un mois après, la malade sort de l'hôpital, tout à fait guérie.
En somme, la maladie dura quatre-vingts jours, dont dix-neuf pour la méningite, six pour l'abcès fessier, vingt-deux pour la phiegmatia, et vingt-cinq pour la convalescence totale.
Dans cette observation, le diagnostic méningite est indiscutable, et il a été porté sans hésitation par tous lesmédecins qui ont vu la malade, La guérison n'est pas discutable, non plus, puisque revue huit mois après sa sortie de l'hôpital, notre ex-méningitiqueétait en parfaite^santé. ]
Il n'y a d'obscurité que sur la nature de la méningite, D'aucunsla qualifièrent de tuberculeuse, parce que l'on percevait, au sommet du poumon droit, un peu de résistance à la percussion et une vague obscurité du murmure respiratoire, avec tendance à l'expiration prolongée. Pour ma part, non seulement je suis resté dans le doute, d'abord parce que manquait l'appoint de l'examen cytologique du liquide céphalo-
rachîdien, puis parce que la santé générale de la malade est demeurée depuis lors aussi bonne que possible. Aujourd'hui, j'irai même plus loin, et je repousse nettement l'idée de tuberculose, aussi bien pour les motifs précédents qu'en raison de l'insuccès absolu qui a suivi toutes nos tentatives de traitement de la méningite tuberculeuse par les ferments métalliques»
Il y a donc toutes les chances possibles que cette malade fût atteinte d'une méningite non tuberculeuse. Or, l'on sait que celle-ci guérit spontanément dans un certain nombre de cas, ce qui ôte de suite un degré de valeur à mon observation. Mais, il n'en résulte pas moins de celle-ci, que l'amélioration des symptômes a suivi pas à pas les injections successives, pendant que se montraient à leur maximimi les réactions urinaires caractéristique^ de l'action des ferments métalliques. Faut-il faire intervenir encore le fait de cette sorte d'abcès de fixation qui a suivi la dernière piqûre, et lui attribuer un effet thérapeutique? Je ne le nie pas, mais il faut se souvenir aussi que l'amélioration des \ principaux symptômes, et particulièrement la disparition des paralysies faciale et brachiale gauches, ont précédé de plus de quarante-huit heures cet abcès de fixation.
Les tensions artérielle et capillaire se sont corn- I portées dans ce cas, comme à l'ordinaire. Toutes I deux ont augmenté sous l'influence de l'organosol manganique :
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Avant le traitement
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24 h. après la 1" injection
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Trois quarts d'heure après la sixième injection, la tension artérielle monta à 15 centimètres cubes, et la tension capillaire à 14.
Je puis encore fournir deux observations :
Un j ardinier, âgé de quarante ans, au décours d'une grippe^ est pris de délire, puis tombe rapidement dans le coma. Quand on l'apporte à l'hôpital, il a de la raideur à la nuque, le signe d^ Kernig, du myosis et de la carphologie. On le traite à l'aide d'injections intraveineuses de 5 centimètres cubes d'hydrosol ou Après huit jours de traitement, durant lesquels il reçut sept injections, le malade allait mieux, revenait à la conscience, et commençait à parler. Le quinzième jour, le mieux s'accentuait, quoiqu'il y eût toujours de Tincontinence de l'urine et des matières fécales quand, dans la nuit, il fut pris d'un grand frisson. Le lendemain, on constatait un foyer de pneumonie à la base du poumon droit, qui mit, de nouveau, ses jours en danger, puisque les symptômes méningitiques reparurent. On fit trois nouvelles injections intra veineuses d'or, et la défervescence se produisit en lysis, à partir du septième jour de la pneumonie. Les derniers vestiges de la méningite ne disparurent que le trente-deuxième jour. [A partir de ce moment, la convalescence fut
régulière, et le malade sortait, complètement Ruéri, le quarante-neuvième jour de sa maladie.
Quatre ponctions lombaires lurent pratiquées. La première, le sixième jour, produisit 20 centimètres cubes de liquide sorti sous forte pression, clair» donnant par centrifugation un gros culot fibrineux et renfermant beaucoup de polynucléaires et quelques lymphocytes. Dans la deuxième, pratiquée le dixième jour, on obtint 20 centimètres cubes de liquide clair, un culot fibrineux, de nombreux polynucléaires et peu de lymphocytes. La troisième ponction fut faite le treizième jour, au moment de la première défervescence : liquide toujours clair ^ même culot, beaucoup de polynucléaires, augmentation des lymphocytesj apparition de quelques mononucléaires; cinq centimètres cubes de ce dernier liquide furent injectés dans le péritoine d'une souris qui mourut en vingt-quatre heures, et dans le sang de laquelle on reconnut des pneumocoques. La quatrième et dernière ponction fut faite le quarante et unième jour, en pleine con* valescence ; le liquide très -'lair ne sortait plus sous pression, ne donnait pas de culot, et ne renfermait plus que de rares lymphocytes.
Les réactions urinaires furent très marquées^ après la plupart des injections. Celles-ci eurent, sur la température, une action dépressive manifeste (Tracé no IX) et la courbe des températures prise dlieure en heure après l'injection, revêtit l'aspect typique qtie j'ai signalé plus haut.
Tracé a^ IX* — H., 4Q ans, — Médiat
aïgue pneumoûocciquo. Pneumonie.
La dernière observation est celle d'un journalier de trente-trois ans, traité dès le troisième jour de sa maladie, par 10 centimètres cubes d'Jiydrosol or,
M.UADŒ r.«.
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Tracé no X. — H., 33 ans. — Méningite aiguë non tuberculeuse.
en injection sous-cutanée. La défervescence thermique commençait le sixième jour et fut complète le neuvième jour. La plupart des symptômes méningitiques avaient disparu le dixième -jom». La céphalal-