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CHAPITRE VIII CONCLUSIONS

Au terme de cette étude, il importe de tirer les conclusions qui se dégagent des faits observés. Ces conclusions peuvent être divisées en trois séries, ayant trait : la première à la physiologie pathologique des ferments métalliques ; la deuxième à leurs applications thérapeutiques actuelles ; la troisième à leur avenir en thérapeutique fonctionnelle,

I. — Conclusions relatives à la physiologfle pathologique des ferments métalliques.

1^ Il existe une remarquable similitude entre les effets généraux des ferments métalliques et ceux des catalases organiques, de même qu'avec ceux de certains sérums thérapeutiques.

2^ Tous ces agents ont pour effets communs d'augmenter la formation de l'urée, de l'acide urique et de l'indoxyle urinaire, d'accroître le coefficient d'utilisation azotée, sans élever proportionnellement la quantité d'oxygène consommé par l'organisme.

3<^ Ils déterminent, en même temps, une forte

réaction des organes |hématopoiétiques et du sang, et, en particulier, une leucolyse véritable, légère chez les individus sains, intense dans les états infectieux qui s'accompagnent normalement de leucocytose.

La destruction leucocytaire se fait aux dépens des polynucléaires neutrophiles. En même temps, s'observe une augmentation de mononucléaires, dont les formes volumineuses, à fonction macrophagique, apparaissent en grande quantité. Après une période de leucolyse, les leucocytes augmentent ou reviennent à l'état antérieur. A ce moment, il n'est pas rare de voir apparaître ou augmenter l'éosinophilie.

40 Leur action microbicide paraît expérimentalement démontrée et relève peut-être de leurs effets sur les échanges organiques et, spécialement, des actes d'hydratation oxydo-réductrice qu'ils provoquent.

50 La tension sanguine subit une élévation temporaire.

6° L'injection sous-cutanée ou intraveineuse des ferments métalliques influence peu, en général, la température chez les individus sains, ou atteints de maladies chroniques. Mais celle-ci tend à s'élever de quelques dixièmes de degré, si l'on répète l'injection pendant plusieurs jours consécutifs, pour redescendre quand on la cesse.

70 Au contraire, dans nombre de maladies infectieuses, la température subit, deux à trois heures après rinjection,une poussée plus ou moins accentuée.

après quoi elle redescend ordinairement au-dessous de son taux initial.

8^ L'action des ferments métalliques sur les processus (Téchange éclaire le mécanisme de ceux-ci. Elle constitue une véritable démonstration expérimentale de la célèbre formule par laquelle Armand Gautier explique le mode de désintégration vitale des matières albuminoïdes et la formation Je l'urée, en dehors de tout apport d'oxygène extérieur et par un phénomène d'hydratation et d'oxydo-réduction, puisque la quantité d'oxygène consommé total n'augmente pas ou augmente à peine quand l'urée subit, au contraire, une si notable élévation.

9^ L'identité d'action des ferments métalliques et des diastases organiques est une nouvelle preuve du rôle que l'on attribue à ces dernières dans les phénomènes chimiques de la désassimilation des matières albuminoïdes.

10" Et il paraît fort plausible d'admettre que l'oxygène consommé par l'organisme ne sert qu'à brûler les ternaires alimentaires et ceux qui proviennent de la démolition des matières albuminoïdes par les diastases organiques hydratantes et oxydo-réductrices.

11^ Il n'est pas encore permis d'affirmer que ces effets d'hydratation oxydo-réductrice des matières albuminoïdes sont produits directement par les ferments métalliques, puisque d'après certaines de

nos recherches, ceux-ci paraîtraient agir aussi en libérant les diastases intraleucocytaires.

12° h'indoxyle urinaire est engendré non seulement par certains aliments végétaux et par les fermentations qui s'accomplissent dans le tube digestif, mais aussi par les processus diastasiques d'hydratation oxydo-réductrice des matières albuminoïdes, processus dont il demeure le témoin.

130 II est possible qu'on puisse arriver à mesurer l'intensité des hydratations oxydo-réductrices de l'organisme, par le dosage de Yacide glycuronique conjugué à l'indoxyle, puisque l'indoxyle qui est engendré par ces actes chimiques semble se conjuguer avec cet acide plutôt qu'avec l'acide sulfurique.

14° Les effets des ferments métalliques parviendront peut-être à expliquer le rôle, jusqu'ici obscur, des traces de corps simples (iode, arsenic, fer, cuivre, etc.) qui sont combinés à la matière organique dans les tissus vivants.

15° De même, l'action si énergique de métaux à l'état de traces infiniment faibles, permettra de comprendre et d'étendre les effets thérapeutiques èi remarquables de certaines «aiw? minérales dont la composition chimique n'explique pas l'activité, et dans lesquelles on a trouvé des traces de divers métaux.

16^ Il y a lieu de rechercher si les divers sérums thérapeutiques ne doivent pas leiu* activité, au moins en partie, aux diastases hydratantes et oxydo-réductrices (qu'ils renferment, et si cette hypothèse était

vérifiée, il faudrait rechercher encore si Im effets hydratants et oxydo-réd^icteurs de celks-cî ne serait pas fonction d'un métal dont il y aurait lion de déterminer la nature et les proportions.

17^ On peut se demander enfin si la présence dij métal extrêmement divisé,n'est pas parallèle à de multiples fonctions vitales, et si cet état physique particulier du métal n'est pas l'un des intermédiaires qui unissent la matière inorganique à la matière organique et même à la matière vivante*

II. — Conclusions relative^ aux applJcatjoiiR thérapeutiques actuelles des ferments mêtal^ liques.

Si, partant des faits rapportés dans les derniers chapitres, on cherche à établir, pour les ferments métalliques, le bilan des applications thérapeutiques actuelles, il est permis de poser des conclusions générales qui demandent à être complétées dans le détail, par les conclusions partielles résumées déjà à propos de la plupart des maladies dont il a été question.

1^ Les métaux divisés à l'extrême ^oiit napalïles d'actions thérapeutiques hors de proport ion avec la quantité du métal employé et agissent à des doses que l'on considérait jusqu'ici comme inutiles.

2^ Ces effets thérapeutiques provenant des actea d'hydratation oxydo-réductrice que les ferments métalliques provoquent dans les tissus, ces ferments sont indiqués toutes les fois que les actes en question,

corrélatifs de la plupart des phénomènes de la vie normale ou pathologique, sont compromis ou insuffisants.

30 II existe une similitude absolue entre les phénomènes chimiques de la crise pneumonique spontanée et ceux provoqués par les ferments métalliques. Cette crise étant caractérisée par une exagération des actes chimiques d'hydratation oxydo-réductrice qui traduisent l'énergie qua l'organisme met dans sa défense, sont l'une des conditions essentielles de la crise libératrice.

4° Dans les pneumonies, l'injection sous-cutanée ou intraveineuse des ferments métalliques, abaisse la température, élève la tension artérielle, précipite souvent la crise et réduit le taux de la mortalité, à la condition qu'ils soient employés à une époque assez rapprochée du début de la maladie.

Ils n'ont pas d'action sur la lésion pneumonique, mais seulement sur l'infection. Ils stimulent la réaction de défense contre l'intoxication et ses produits, en activant l'évolution d'hydratation oxydoréductrice qui transforme ceux-ci, les solubilise et réduit leur nocuité.

Ils ne constituent pas un moyen de traitement absolu, puisqu'ils ne font que Superposer aux réactions personnelles du malade une activité de même sens, et ne doivent pas faire négliger d'autres modes de traitement dont les effets peuvent être systématisés avec les leurs propres.

. 5^ Le traitement par les ferments métalliques

introduits par la voie intraveineuse, mérite d'être employé dans les méningites aiguës simples, dans la méningite pneumococcique, et dans les méningites traumatiques.

6^ Il paraît sans effet dans les méningites tuberculeuses où* il n'a produit que des améliorations thermiques et symptomatiques passagères chez des sujets dont le traitement n'a été commencé, il est vrai, qu'à une époque déjà avancée de la maladie.

7^ Associés au salicylate de soude, à dose modérée, et au régime lacté absolu, dans des cas de rhumatisme articulaire aigu, ils diminuent la température, font disparaître les douleurs, raccourcissent la durée de la maladie et exercent une remarquable influence sur les complications cardiaques et pleurales, et cela même chez des sujets dont le cœur était déjà touché lors d'une atteinte rhumatismale antérieure, à la condition formelle qu'on puisse intervenir dès leur début.

Il en est de mêm^ dans les complications bronchitiques, pulmonaires et rénales.

8^ Ils méritent d'être employés dans les pseudorhumatismes infectieux, tels que le rhumatisme puerpuerai, par exemple, et dans le rhumatisme blennorragique,

9^ Leur action a été indéniable dans quatre cas de septicémie puerpérale,

10^ Ils ont donné des résultats fort encourageants dans 2 cas d^ angine pseudo-membraneuse à streptocoques, dans un cas d'angine rhumatismale et dans un cas

d^angine diphtéritique où les injections d'argent ont paru se comporter comme le sérum spécifique de cette maladie.

11^ De même, dans 3 cas de grippe grsive, sans localisation et dans un cas de sinusite posUgrippale où l'intervention chirurgicale proposée a pu être évitée ; dans un cas d^ appendicite aiguë compliqué de pleurésie purulente et dans un cas d'otite post-scarlatineuse.

120 II semble résulter de deux faits isolés de fièifre intermittente, que les ferments métalliques ont quelque action sur les accès fébriles, qui ont été suspendus à partir du moment où les ferments ont été employés.

13o En dehors de modifications thermiques passagères, ils sont sans action dans la pleurésie simple^ la iièvre typhoïde, Vérysipèle de la face, le tétanos et Victêre graine,

• 140 Leurs effets ont été décisifs dans un cas de scarlatine graine hyperthermique.

150 Dans un cas de diabète, ils ont diminué la glycosurie.

I60 Leurs effets ont été incertains dans un cas de cirrhose atrophique du foie et nuls dan» 2 autres cas,

170 Rien non plus dans la maladie deBright,qnoiqne, dans les infections aiguës, l'albuminurie soit sensiblement influencée.

180 Dans la syphilis secondaire, les injection» de mercure ou d'or ne donnent aucun résultat,

190 Ils ne rendent aucun service dan^ le traitement 4e la tuberculose pulmon^aire, quellee que soient sa

forme, son évolution ou sa période. Mais ils serviront à hâter la résolution des congestions pulmonaires, pneumonies et broncho-pneumonies survenant chez des tuberculeux.

20^ L'effet a été nul dans le cancer. Avant de tenter de nouveaux essais dans cette maladie, il faudrait d'abord avoir trouvé le moyen de charger de diastases les globules blancs des cancéreux.

21^ Ils ont donné des résultats encourageants dans les hémorragies et particulièrement dans un cas d'hémorragie dyscrasique, ce qui permet de les substituer au sérum du sang frais dont l'emploi n'est pas toujours sans inconvénients.

22<^ C'est dans les cas où les ferments métalliques donnent les meilleurs résultats thérapeutiques, que l'on voit se manifester d'une manière plus intense et plus complète leurs réactions thermiques et ur inaires, ce qui prouve, une fois de plus, que leur action thérapeutinue est bien corrélative des actes chimiques dont dépendent ces réactions.

23® La similitude des effets des ferments métalliques sur des maladies infectieuses comme la pneumonie, les divers rhumatismes, la méningite aiguë, etc., permet d'émettre cette hypothèse que le processus chimique employé par l'organisme pour se défendre contre la toxi-infection, relève d'actes qui peuvent être divers dans leurs origines et leurs manifestations, mai» dont l'aboutissant ultime est une exagération des phénomènes d*hydratation oxydo^réductrioe'qui

interviennent normalement dans les processus de détégration et d'évolution des matières albuminoïdcs.

III. — Conclusions relatives à l'avenir des ferments métalliques en thérapeutique fonctionnelle.

1^ Les ferments métalliques seront utilisables dans tous les cas morbides — qxielle que soit, d'ailleurs, leur étiquette nosologique — où il y aura lieu d'augmenter les actes d'hydratation oxydo-réductrice, soit que ceux-ci constituent des actes de défense, ainsi que dans nombre de maladies aiguës et d'injections dont la pneumonie est le type, soit que la diminution de ces actes soit un des éléments morbides de quelques affections, parmi lesquelles certaines maladies de la nutrition qu'il y aura lieu de déterminer.

2^ On entrevoit donc, dès à présent, un mode de thérapeutique fonctionnelle capable de régulariser les hydratations oxydo-réductrices qui sont les modc^ essentiels de la désintégration des matières albuminoïdcs, et de les accroître quand elles sont en défaut ou quand il est nécessaire d'exalter leur rôle défensif.

3^ On conçoit aussi la possibilité de restreindre ces hydratations oxydo-réductrices dans les états morbides aigus ou chroniques qui peuvent être liés à leur exagération, puisque nous connaissons les moyens de les atténuer, en faisant agir sur les diastases des organes et des tissus, des médicaments qui, à dose extrêmement faible, diminuent leur pouvoir par

une sorte d'intoxication dont l'expérimentation permet de mesurer le degré.

4^ Pour créer cette thérapeutique nouvelle, il ne reste plus qu'à rechercher quelles variations les hydratations oxy do-réductrices subissent dans les diverses maladies, en suivant la méthode que nous avons employée à propos de la pneumonie, c'est-à-dire, en étudiant, comparativement les produits des échanges généraux et les échanges respiratoires, soit en cherchant à doser directement — ce que nous étudions actuellement — les diastases hydratantes et oxy do-réductrices dans le sang, la lymphe et dans les globules blancs.

La clinique s'accommode mieux, pour l'instant, du premier procédé qui, quoique indirect, est plus facile à exécuter, d'autant que — toutes réserves faites sur la difficulté du dosage direct — il n'y a peut-être pas parité entre la contenance du sang en ces diastases et la proportion de celles-ci que les tissus peuvent contenir, et leur dosage dans ces derniers n'est pas réalisable pendant la vie.

5^ Comme il est fort plausible que les effets de Vopothérapie soient dus aux diastases que les organes renferment, il n'est pas irrationnel de tenter de leur substituer les ferments métalliques, dans les diverses affections où ce mode de traitement est employé avec succès.

On aurait alors des agents d'une activité connue, alors que l'incertitude de l'opothérapie dépend peutêtre des teneurs variables en diastases des organes que l'on emploie.

246 LES FERMENTS MÉtALUQUES.

Dans ces cas, la spécificité du métal aurait probablement plus de valeur que dans les cas de maladies aiguës ou infectieuses, et les ferments iodés, arsenicaux, ferreux, manganésiens, cuivreux, etc., posséderaient-ils une activité particulière dans les maladies du corps thyroïde, de la peau, du sang, du foie, etc.

6^ Enfin, les quelques essais portant sur le traitement des intoxications chroniques par certains poisons et sur la mithridatisation possible contre diverses actions toxiques, encouragent à tenter des expériences nouvelles et à rechercher encore s'il ne serait pas possible, grâce à l'emploi simultané des ferments métalliques, d'accroître la dose de tel agçnt toxique sans préjudice pour le patient, de façon à augmenter seulement un des effets médicamenteux de cet agent, et de supprimer peut-être certaines actions toxiques sans diminuer l'influence thérapeutique.

Ainsi peut s'ouvrir pour la thérapeutique fonctionnelle une ère nouvelle dont nous n'apercevons que l'aurore, et dont l'accomplissement nécessitera encore des travaux infinis. Mais ce que je viens d'exposer permet déjà de soupçonner quelle est son étendue, et combien précises et pratiques seront les indications de ces métaux à doses presque infinitésimales et qui, pourtant, sont capables d'impressionner si profondément les actes chimiques dont les déviations sont conjuguées à tant de maladies d'essences si diverses.

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