‹ Les ferments métalliques et leur emploi en thérapeutiqueChapitre 7 sur 69 · L^S FERMENTS MÉTALLIQUES · texte numérisé non relu

L^S FERMENTS MÉTALLIQUES

1^ Préparation et propriétés des ferments métalliques électrolytiques (hydrosols). — Ces solutions métalliques colloïdales sont très faciles à préparer, mais, pratiquement, il est difficile de les conserver et de nombreuses conditions rendent leur emploi encore délicat. Toutes celles que j'ai utilisées ont été préparées par M. G. Bardet, dont les essais furent aidés par MM. Trillat, Adrian, Rochefort, et plus récemment par mon chef de laboratoire M. BouRNiGAULT et par E. de Laire. Voici comment G. Bardet décrit leur préparation (1) :

Dans une capsule de porcelaine, au sein d'une faible masse d'eau pure (le mot pur étant pris ici dans son sens chimique absolu), on fait éclater une étincelle électrique entre deux électrodes du métal dont on veut obtenir la solubilisation.

Le courant doit être relativement, faible, c'est-àdire que l'intensité d'électricité ne doit pas. être trop élevée, non plus que le voltage. A chaque étincelle, on voit se former une petit nuage métallique qui, rapidement, disparaît dans le liquide. Peu à peu, celui-ci se colore et fonce de plus en plus.

C'est en opérant avec un courant de 3 ou 4 ampères sous 110 volts que se présentent les meilleures conditions, et encore à la condition que le circuit n'ait pas une capacité électrostatique trop considérable,

(1) G. Bardet, Des ^conditions actuelles de la préparation des ferments métalliques. Bulletin de la Société de thérapeutique, séance du 22 janvier 1907.

susceptible de modifier les caractères de l'étincelle qui doit être petite. Des essais faits par M. Rochefort avec ses transformateurs à haute tension n'ont rien donné, le métal étant arraché en particules beaucoup trop grosses. Les courants de fort voltage ne sont utiles que si l'on veut obtenir des solutions colloïdales dans des liquides comme l'alcool et l'éther (Svedberg), solutions dont nous ne nous sommes pas occupés.

L'or, donne une solution violette, l'argent une solution brune et dichroïque, le palladium et le platine des solutions noires; mais les solutions de palladium sont moins noires que celles de platine.

Quand l'opération est reconnue terminée, on jette la solution sur un filtre de papier mince.

Il est impossible de charger cette solution au delà d'un certain taux, que l'on reconnaît à ce que le nuage métallique ne se dissout plus, et que les grains qui le constituent deviennent des centres attractifs. Alors la solution casse très rapidement et le métal se dépose en totalité ou en partie.

Cependant, en utilisant certains supports organiques , — nous avons essayé successivement l'albumine, la gomme, lagélatineet même la glycérine, — on peut arriver à fixer de plus grandes quantités de métal et à conserver les solutions plus longtemps en apparence, en ce sens que si l'aspect du liquide ne change pas, ses qualités bio-chimiques sont amoindries ou disparues. En outre, les solutions ainsi préparées doivent être

stérilisées avant d'être injectées, surtout quand elles ont la gélatine pour support, et la stérilisation par élévation de température tue l'action diastasique.

On a proposé la stérilisation par filtration sur une bougie ; mais ce procédé n'a pas réussi àM.G. Bardet, et ses solutions sortaient toujours décolorées, à moins de se servir d'une bougie très lâche, ce qui enlève toute sécurité. Ceci montre donc, sans qu'il soit nécessaire d'insister, que les matières premières dont on se sert pour préparer les ferments métalliques doivent être stérilisées avant l'opération, et que celle-d requiert des conditions d'asepsie rigoureuse.

Il est nécessaire d'appeler tout particulièrement l'attention des médecins sur l'impossibilité d'utiliser avec profit dans la pratique des solutions métalliques dites stabilisées avec un colloïde organique, stérilisées à température convenable et additionnées de chlorure de sodium ou de sels destinés à les rendre isptoniquesi

En effet, il existe dans le commerce des préparations ainsi obtenues et qui ne peuvent que donner des insuccès ou des résultats incomplets et discréditer des agents thérapeutiques de la plus haute valeur. Dans une série d'articles, M. Iscovesco soutient que ces dilutions dénommées solutions électriques à petits grains étaient les seules dont on pouvait attendre de bons effets. Or, j'affirme que ces solutions ne m'ont guère donné que des résultats discordants et

incertains et qu'elles ne provoquent pas les réactions bio-chimiques que j'obtiens régulièrement avec les solutions de Bredig pures, non stabilisées, non chauffées et surtout non isotoniques.

Je viens de dire qu'en chauffant les solutions de Bredig pour les stériliser, on les tue. J'ajoute que l'addition de sels en quantité minime et, à plus forte • raison, en quantité suffisante pour rendre le liquide isotonique, leur fait perdre leurs propriétés thérapeutiques. L'addition d'un stabilisant agglutine les particules métalliques, comme l'a montré G. Bardet, et ne leur donne qu'une apparence de conservation. Enfin, les solutions dites à petits grains employées par M. IscovEsco et que j'ai pu examiner, se trouvent précisément contenir des grains plus gros que la solution de Bredig pures et bien préparées.

En réalité, l'addition d'un stabilisant, l'isotonisation et la stérilisation qui ont pour but de permettre la conservation et la pilus facile administration des solutions métalliques, n'ont pour conséquence que de diminuer ou d'éteindre leur activité. Donc, si l'on veut obtenir les effets que je décrirai plus loin, il faut s'en tenir aux solutions de Bredig pures et fraîchement préparées.

Les solutions métalliques que j'ai employées contiennent environ 30 milligrammes de métal par litre. Examinées au microscope ordinaire, on n'y voit aucun grain en suspension. Mais avec l'ultra-microscope de Siedentopf et Zsygmondy, puis de Cotton

et Mouton (1), c'est-à-dire avec l'éclairage obtenu par lumière diffusée, au moyen d'un prisme à réflexion totale qui amène dans la goutte du liquide examiné, le rayon émané d'une source puissante, tel qu'une lampe à arc de petit modèle, on aperçoit, sur champ noir, une quantité de points lumineux. Ces points, ♦à peine perceptibles, représentent la lumière diffusée par les fines particules métalliques en suspension dans le liquide, particules de l'ordre du centième de micron et souvent plus fines encore, de sorte qu'on peut les considérer comme se rapprochant des dimensions moléculaires.

L'aspect de la préparation ne saurait être mieux comparé qu'à un ciel étoile, et cette ressemblance est d'autant plus saisissante que chaque grain est animé d'une sorte de scintillement, d'un mouvement vibratoire, d'un mouvement brownien, d'autant plus vif que le grain est plus petit.

Y a-t-il corrélation nécessaire entre cette sorte de vie des grains métalliques et leur activité biologique? M. G. Bardet le croit, tout en déclarant que ce n'est là qu'une hypothèse assez vraisemblable appuyée seulement sur la concordance du pouvoir diastasique

(1) Leur procédé consiste à armer du microscope l'œil de l'observateur placé en dehors du faisceau lumineux pénétrant dans la solution colloïdale, de telle façon que la direction du rayon visuel soit perl)endiculaire à la direction du rayon incident à la solution ; ce qui permet à l'observateur de voir des granulations beaucoup plus petites que celles que l'on peut apercevoir à l'œil nu dans le faisceau de Tyndall (G. Stodel, Les Colloïdes en biologie. Revue Scientifique, p. 10, 1905).

avec l'état vibratoire des grains. Si l'on suit une solution jour par jour, on constate que, peu à peu, les grains grossissent et ralentissent leurs mouvements, tandis que leur nombre va diminuant, en même temps qu'il se forme dans la solution un dépôt de plus en plus apparent. Il semblerait que les grains mobiles s'agglutinent, s'alourdissent et tombent quand ils ont atteint un certain volume.

Le mouvement brownien peut représenter un certain état mécanique qui serait cause ou condition des actions diastasiques ; mais il est également possible que ces actions soient simplement sous la dépendance de cet état particulier du métal, état qui permet le mouvement brownien. Les deux faits, action diastasique et mouvement brownien, peuvent donc être simplement des phénomènes dépendant de l'état particulaire, mais sans lien nécessaire au point de vue de chacune de ces manifestations.

Quoi qu'il en soit, l'examen à l'ultra-microscope permet de suivre la vitalité du ferment métallique. Quand le mouvement brownien a disparu, le nombre des grains est très diminué, leur volume a augmenté et l'action diastasique \ elle-même ne se manifeste plus.

11 est à remarquer que les propriétés des solutions métalliques semblent identiques quel que soit le métal dissous. Au point de vue thérapeutique, j'ai cru remarquer que le palladium agissait mieux et plus régulièrement; mais M. G. Bardet fait observer

qu'au moment où je fis ces constatations, les solutions de platine et d'or, employées en même temps que celles de palladium, s'altéraient plus rapidement que ces dernières, ce qui explique tout naturellement la supériorité de celles-ci.

2^ Les ferments métalliques obtenus par la- voie chimique (organosols). — Il existe de nombreux autres procédés pour obtenir la transformation colloïdale des métaux et leur dissolution. Les travaux de E. A. Schneider (1), de Billitzer (2), de Lotte- MosER (3) et E. VON Meyer, de Zsygmondy (4), Garbowski (5), Gutbier (6), F. Heinrich (7), Mûller (8), Schôttlander, Trillat, etc., sont par-

(1) E. A. Schneider, Ueber kolloïdale Silberlôsungen. . 5eric^fô der deutschen Chemischen Gesellschaft, t. XXIV, p. 3370. — Reindarstellung der Silberhydrosols. Id., t. XXV, p. 1281 et 1440. — Zur Kenntniss des kolloïdal Silber. Zeitschrift fiir anorganische Chemie, t. VII, p. 339. — Ueber das Verhalten des.kolloïde Silber in organischen Lôsungsmittel (organosol) bei der kritischen Temperatur der LôsungsmitteL Ibid, t. III, p. 78. — Zur Kenntniss der wasserlôslichen Form des Goldpurpurs, Ibid., t. V, p. 80.

(2) Billitzer, Berichte der deutschen Chemischen Gesellschaft, t. XXXV, p. 1929. — Verhandlung der Deutschen Naturforscher und Aertze, p. 20, 1902.

(3) LoTTEMOSER, Ueber koUoïdales Quecksilber, Journal, fur praktische Chemie, t. LVII, p. 484. — KoUoïdales Silber und Quecksilber in chemischer B.eziehung. Therapeutische Monatsheft, t. XIII, p. 159. — Ueber anorganische Kolloïde. Stuttgart, 1901.

(4) Zsygmondy, Zeitschrift fur Electrochemie, t. VIII, p. 684. — Zeitschrift fiir physikalische Chemie, t. XXXIII, p. 63. — Annalen der Chemie, t. XXXI, p. 29. — Liebig's Annalen, t. GGCI, p. 29.

(5) L. Garbowski, Berichte der deutschen chemischen Gesellschaft^ t. XXXVI, p. 1215.

(6) Gutbier, Zeitschrift fiir anorganische Chemie, t. XXXI, p. 448. — Ibid., t. XXXII, p. 51, 91, ;06.

(7) F. Heinrich, Berichte der deutschen Chemischen Gesellschaft, t. XXXVI, p. 609.

(8) MuLLER, Journal fiir praktische Chemie, t. XXX, p. 252.

ticulièrement intéressants et ont apporté une contribution importante à cette question difficile et encore^ si controversée.' .

Parmi ces procédés, les uns consistent à précipiter une solution faible d'un sel métallique par un alcali, en présence d'un colloïde tel que la. gomme, l'albumine, la gélatine, etc. Trillat a constaté que le précipité se redissout en quelques heures et fournit une solution douée de remarquables propriétés oxy do-réductrices. C'est par ce moyen qu'ont été obtenues, par exemple, les solutions manganésiennes que nous avons appliquées, comme on le verra tout à l'heure, au traitement de quelques maladies infectieuses. Par d'autres procédés, on réduit la solution d'un chlorure métallique à l'aide de la formaldéhyde, ou d'une solution d'hydrate d'hydrazine, ou d'iine solution aqueuse étendue d'hydroxylamine çt d'acide phosphorique, ou de solutions phénoliques, etc. Enfin, Billitzer a obtenu une solution colloïdale de mercure en soumettant une solution très diluée d'azotate de mercure à un courant de 220 volts.

Quoique beaucoup plus colorées que les solutions obtenues par voie électrique, les solutions préparées par la voie chimique sont encore bien faibles en métal actif. Nos solutions chimiques pures (hydrosols) contiennent environ 3 p. 100 000 de métal, tandis que nos solutions manganésiennes organiques (organosols manganésiens) sont au titre d'environ 9 p. 100 000.

Mais les solutions de A. Trillat étaient alcalines

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et leur injection très douloureuse, de sorte qu'on ne put continuer à les employer. M. A. Trillat essaya bien» sur le conseil de G. Bardet, de réduire la quantité d*alcali a a minimum strict nécessaire à la conservation du produit, mais l'on ne parvint pas à supprimer complètement la douleur. causée par l'injection.

Il y a mieux, les premières solutions utilisées, plus grossières, c*est-à-dire moins transparentes que les solutions dernières et définitives, s'étaient montrées thérapeutiquement actives, tandis que les solutions plus transparentes et plus perfectionnées, qui, in ifàro, fournissaient dçs actions très nettement oxydantes, di^meiirèrent inactives ou à peu près, dans les essais faits avec G. Bardet. A ces divergences, G. Bardet ne vit q^u'une explication plausible, sinon exacte, c'est que les solutionsdela seconde série semblaient être homogènes. On n'y observait point, en effet, de mouvement brownien.

3^ Les ferments métalliques et le collargoL — Quel que Hoit le mode de préparation des ferments métalliques, il est nécessaire de faire remarquer qu'il fio faut pas leîî confondre avec les métaux collûïdaux divers qui ont été proposés depuis quelques années et notamment avec le collargol, car leurs effets sout sens il dément différents au point de vue physiologique, et, quoiqu'on ait voulu les rapprocher les uns des autres à certains points de vue physiques, je ne crois pas qu'il soit possible de juxtaposer exactement les applications thérapeutiques

qui ont été faites avec ces deux sortes de produits. « Le collargol, dit G. Bardet, est un état particulier du métal argent dans lequel il semble que la molécule argent soit combinée à un autre corps sous forme de molécule acide, sans doute liée à une base qui, pour M. Hanriot, serait l'ammoniaque ; ce serait donc du coUargolate d'ammoniaque et, en effet, si la solution de collargol est électrolysée au moyen de la pile, on voit l'argent se porter au pôle positif, ce qui démontre que la combinaison dont il fait partie est devenue électro-négative, fait absolument paradoxal (1). D'autre part, le collargol se dissout à assez haute dose dans l'eau, tandis que les solutions, dites ferments métalliques, ne contiennent et ne peuvent contenir que des traces de métal, car, si l'on veut pousser trop loin la concentration, elles précipitent et perdent aussitôt leurs propriétés. Il n'y a donc entre ces divers produits qu'un point de ressemblance, le fait de contenir du métal en dissolution.

(1) Tel n'est pas l'avis de M. Ghassevant qui s'exprime ainsi {Société de thérapeutique, séance du 9 janvier 1907) :

« Le fait que les molécules colloïdes ou micelles se transportent tantôt au pôle positif, tantôt au pôle négatif, dépend du signe de la charge électrique qu'elles possèdent et non de leur composition chimique. Une même solution d'argent colloïdal peut être divisée en deux : dans l'une on rend la réaction du miiieu alcaline par addition d'ammoniaque, les micelles d'argent se chargent d'électricité négative et se rendront au pôle positif ; dans l'autre portion, la réaction est rendue acide par l'acide acétique, les micelles d'argent se chargent d'électricité positive et se rendront au pôle négatif ; c'est cependant ^6 même produit, il a été préparé en même temps par le même procédé. On peut observer ces phénomènes aussi bien avec l'argent colloïdal préparé par les procèdes chimiques qu'avec celui obtenu par les procédés électriques.

Le coUargol et les divers métaux qui peuvent être présentés sous des états analogues, possèdent des propriétés spéciales qui peuvent en faire des médicamenls très utiles, mais ces propriétés ne les rapprochent point véritablement des diastases. Les solutions de ferments métalliques, au contraire, agissent ^Taiment comme des diastases, c'est-à-dire peuvent effectuer un travail chimique intense par catalyse, c'est-à-dire seulement par action de présence et sans prendre part à la réaction. »

La différenciation entre le coUargol et les ferments , métalliques est extrêmement importante, car beaucoup de médecins croient volontiers que ces substances sont identiques. Il n'en est rien. Tant au point de vue chimique qu'au point de vue biologique, l'argent eolloidal présente, suivant le mode de préparation, des différences considérables.

Dans des notes parues à la Société de Biologie (avril et mai 1907) M. Netter a insisté sur l'ideur tité du coUargol avec les. ferments métalliques. Tout d'abord, il est inutile de faire remarquer que le platine, l'ôr ou le palladium colloïdal diffèrent du coUargol, et mes premiers essais ont été pratiqués avec des solutions de ces métaux. Mais en outre, l'argent des solutions de Bredig s'y trouve dans un état fort différent de celui où il se présente dans le coUargol.

Il est bon de savoir que, par voie chimique, on peut préparer une infinie variété de formes colloïdales de l'argent. Si l'on s'en tient au coUargol proprement

dit, on remarquera que sa constitution est très incertaine et essentiellement variable. Au contraire l'argent des solutions de Bredig se présente toujours de façon semblable quand celles-ci sont obtenues par le même procédé. Un coup d'œil jeté sur le tableau ci-contre, emprunté à un récent travail de G. Bar- DET (1), démontre nettement les différences considérables qui existent entre le coUargol et l'argent colloïdal qui se trouve dans les solutions de Bredig :

COLLARGOL.

1. Les coUargols renferment de 85 à 90 p. 100 d'Ag. métallique.

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