‹ Les Fêtes du dieu MinChapitre 20 sur 68 · À. — LA HUTTE-SANCTUAIRE · texte numérisé non relu

À. — LA HUTTE-SANCTUAIRE

Cette hutte() représente le sanctuaire primitif du dieu local du désert arabique, devenu de très bonne heure le dieu de la région de Coptos. Elle apparaît au Moyen Empire et est demeurée en usage jusqu'aux derniers temps du paganisme. Min conserva, en effet, tout au long de l’histoire de la civilisation pharaonique, les traits caractéristiques de son origine préhistorique, non seulement dans son image grossièrement naturaliste, mais aussi dans les divers attributs dont s’accompagnait cette image. Or nous savons que la hutte ronde fut la plus ancienne forme d'habitation employée en Egypte; si la fragilité et la légèreté des matériaux qui servaient à sa construction, bois, paille, joncs et roseaux, n’ont pas permis que celte butte se conservât jusqu’à nous, nous la connaissons cependant par de grossiers modèles en argile el par des représentations sur les bas-reliels. Nous voyons par ces documents qu'elle affectait la forme d'une ruche allongée, munie à sa partie supérieure d'un appendice assez haut qui servait, semble-t-1l, à permettre l'échappement de la fumée du foyer intérieur.

Nous rencontrons encore sur les bas-reliefs de Deir el-Bahari représentant le pays de Pount tel que l'ont vu les Égyptiens de la XVII dynastie, pays dont Min était, semble-t-il, originaire, la même hutte ronde en forme de ruche employée comme habitation humaine.

Les Égyptiens ont entretenu, dès l'époque préhistorique, les plus étroites relations avec ce pays de Pount. Ce n’est pourtant que sous le Moyen Empire que la hutte de ces contrées apparaît représentée derrière le dieu Min. La liste de ces représentations serait longue à dresser et sans intérêt. Depuis ses premières apparitions et jusqu'à l'époque de Thoutmôsis LE, ül s’agit d'un simple édifice en forme de cylindre ou de pain de sucre, sans

(Il s’agit bien d'une construction à usage d'habitation, et non d'un simple pilier ( «der eigentliche kegelfôrmige Pfeïler»), comme l'a dit M. Sethe ( Amün und die acht Urpôtter, 1929, p. 19). Ad. J. Reinach l'a désignée sous les noms de temple-hutte (Annales du Serv. des Antig., XI, p. 198, note 1}. Elle a été éludiée en détail par M. Jéquier en 1908 sous le titre L’ombilic de l'Oasis d'Amon et le temple de Min (in Bulletin de l'Tnst. franç. &Archéol. orient., V1, p. 35-38).

aucune porte ni addition d'aucune sorte M). IT est certain, toutelois, que dès la ÂÏF dynastie, cet édifice était pourvu d'une sorte de portique ou pylône annexe et d'un mât (couronné ou non d'une fleur) auquel étaient fixées deux cornes de bovidé autour de l’une desquelles s’enroulait une corde P. Sur un montant de porle de Senousret I trouvé à Coptos, où la légende de Min incorpore de façon curieuse l'édifice dans le nom même du dieu, ce portique est, en effet, nellement figuré : le roi est dit : fr | je k il «aimé de Min Copie» (1,

Nous retrouvons ce même portique précédé d’un mât surmonté d’une corne de bovidé sur une stèle de l'Ouädi Gassous près Qosseir (mer Rouge), contemporaine d'Amenemhat [I et sur une représentation de l'Ouâdi Hammâmäl{?) datant d'un des rois Sebekemsaf de la période intermédiaire entre le Moyen et le Nouvel Empire F). Certaines stèles de cette même période intermédiaire, par exemple Ia stèle G. 8 du Musée du Louvre () et

(9 Voir, par exemple, stèle de Leyde (Bosser et Howenpa, Beschreibung der aepypl. Sammlung des Niederländischen Reichsmuseums. . . in Leiden, Stelen, 1, pl. XXAIT, La); bas-relief de la X!° dynaslie à Ouädi Hammâmät (Couxar el Monrer, Mémoires de l’Inst. franç. d’Archéol. orient., XXXIV, n° 110, pl. XXIX ); stèles n”* 20188, 20240 et 20612 du Caire (Lancs et Scaärer, Grab- und Denksteine des mitleren Reichs, IV, pl. XVI, XIX et XLVIII, et croquis n°* 1002, 1003, 1004 sur Ja planche CXVIT).

® Il n’est pas possible de définir la signification de cet emblème. Les cornes étaientelles celles d'un bœuf ou d'une vache? (pour cette dernière identification, voir l'ouvrage posthume de Navizue, Détails relevés dans les ruines de quelques temples égyptiens, Paris, 1930, p. 36). Avaient-elles pour fonction, comme l’a pensé M. Wiedemann (Das alle Aegypten, 1920, p. 162-163), d'écarter le mal? S'agissail-il d'une transformation stylisée du bucréne, dont Lefébure a si longuement étudié les diverses représen{alions et la signification? Enfin ce que je propose, sous réserve, d'interpréter comme une corde n’était-il pas plutôt une sorte de crochet destiné à suspendre des offrandes?

Pour certaines représentations de Ja hutle, complétée par son portique et ses diverses annexes, voir, entre autres : Max Müiver, Egyptian Mythology, p. 138-139

(fig. 136); Wienemann, Das alle Aegypten, 1920, p. 163, fig. 28; Navi, Détails relevés, etc., pl. XXXV et pl. XXXVI c [belle aquarelle due à M°* Naville, d'après

une scène du temple de Ramsès I à Abydos].

® CE Perme, Koptos, pl. X, n° 3. | .. (9-C£E Enman, Zeitschrift für ägyptische Sprache, XX, p. 203-204.

cs 6 L., DM, 151 4. | :., 0 Prusse D'Avennes, Afonuments égyptiens, pl. 8; Pern, History of Ent I, pe 211 + Àg- 121.

une stèle du Musée de Leyde ), montrent une forme curieuse, où la hutie, très haute & très étroite, est munie sur un de ses côlés d’une annexe qui n'est pas, à proprement parler, un portique, mais a pe donner naissance plus tard À un portique.

Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, quà partir du Nouvel Empire la forme avec portique eût complètement remplacé la forme simple ancienne. Nous retrouvons, en effet, cette dernière sur un bas-relief de l’'Ouâdi Ramnmâmât datant de Thoulmôsis II ®}, où Min est accompagné du simple petit édifice arrondi et terminé en pointe, divisé en seclions par trois doubles bandes horizontales et parallèles, dont le rôle semble être purement décoratif. Et pourtant, sous le même règne et également dans l’Ouädi Hammâmät, une autre représentation montre Min accompagné du même édifice, mais pourvu cette fois du portique en forme de pylône : les cornes de vache (ou le bucrâne, s'il faut en croire Lefébure) ne reposent pas sur le haut du portique, mais ont été figurées isolément au sommet d'un autel qui ne fait pas corps avec l'édifice ). |

On ne saurait donc dégager aucune règle fixe dans l'emploi des diverses formes de la hutte, et toutes. les variantes de détail sont possibles à n'importe quelle époque. C'est ainsi que dans la représentation de Médinet Habou dont nous nous occupons plus spécialement ici, le portique annexe n'existe pas; on a figuré seulement le mât surmonté de la double corne de bovidé, avec la particularité, curieuse et rare, que la corde enroulée autour de l'une des cornes vient relomber jusque sur la hutte même. Tout ce que l'on peut noter avec certitude, c'est qu'au fur et à mesure que l’on descend dans la suite des temps, la hutte devient de plus en plus méconnaissable; elle s’effile en hauteur et se fait toujours plus étroite, tandis que l'appendice supérieur, conique à l'origine, finit par n'être plus qu'une sorte de perche pointue(l.

Cette hutte, qui représente l'antique sanctuaire du dieu Mia lorsqu'il était encore dans son pays d'origine, les côtes de la mer Rouge et le pays

(1) Boser et Hozweroa, Beschreibung, etc., Sielen, I, pl. XVI, n° 27.

® Couvar et Monter, op. cit., n° 219, pl. XL.

GO Jbid., n° 58, pl. XV. | | |

(9 Voir, par exemple, Pere, FACE pl. xx en baut et pl. XX; Kom Ombos, ll, n° 806.

de Pount, et n'avait pas encore pénétré en Égypte , s'appelait $hn.t. Diverses Lentatives d'explication en on! été faites, dont la plus ancienne, due à Lefébure, remonte à 1886 (1). Une inscription d'Abydos. conservée au Musée du Caire ei datant de Ramsès Il, qualifie Min-Amon de l'épithète — }4 «seigneur de la Shn.t», el la valeur phonétique de ce terme servant à désigner la chapelle de Min est donnée fort clairement par une stèle du Musée archéologique de Parme qu'a publiée en 1927 M. Lange ). Cette stèle contient la version première, datant de la fin du Moyen ni de l'hymne adressé à Edfou par un Ptolémée au dieu Amon-Horus-Min (f

À celte époque (XIII: dynastie), le dieu est appelé (à la 1" ligne de l'hyinne) À ni — jf «Min-Amon seigneur de la Shn.t» (l'orthographe rare avéc ——, au lieu de l'orthographe habituelle avec N, montre que l'assimilation des deux consonnes sifflantes élail déjà alors un fail accompli). Plus loin, aux lignes 4 el 5, il est fait également mention de « Horus seigneur de la Shn.t», à savoir Le LES (deux fois) et LL — NE" T1 (une seule fois).

Dans la version de ce même hymne conservée au temple de Séthi [° à Abydos, c’est Amon qui est qualifié deux fois Ni, tandis qu'Horus est appelé une fois seulement 10.

Quant à la troisième version connue de cet hymne, celle qui est gravée au grand temple d'Horus à Edfou (époque de Ptolémée [V), elle présente les formes Fifi iéle et Nid c2 (6), où le terme #ln.1 a perdu sa-désinence féminine et paraît avoir été confondu avec la .. racine NE Lou (caane, caen) vordonner, organiser, équiper », etc. UV).

1747 Sur un syllabique (in Proceedings of the Society of Biblical Archæology, vol. VIT, P. 192-201; voir surtout p. 194). — Voir aussi Danessr, Recueil de travaux, XI], p. 90-091; Leréeure, Sphinx, X, p. 81; Jéouer, Bulletin de l'Inst. franc. d’Archéol. orient., VI, p. 35-38 ; Pernie, Atbribis, p- 8-9, 16.

®) Journal d'entrée, n° 28049.

O9 Ein liturgisches Lied an Min (in Sitzungsberichte der Akad. der Wissenschafien zu Berlin, 1927/I1, p. 331-338).

9° Cuassnar, Le Temple d'Edfou, 1, p. 390-391.

(9 CE. Lance, op. cit., p. 333-335.

@ CE Dümicuen, Altaegypt. Tempelinschriften, 1, pl. XXXII: Preus, Inscript. hiérgl 2* série, pl. 47 O et p. 29-30; Cuassinar, Le Temple d'Edfou, 1, p. 390. (1 CF. Wôrierbuch der aegypt. Sprache, \V, p. 216-217 : a) beauftragen; b) ausrüs-

Le véritable mot $hn.t reparaît dans plusieurs autres passages des textes d'Edfou, en particulier dans la salle spécialement consacrée à Min, où le dieu est dit —h-* s A", el dans la seconde salle hvpostyle, où, sous sa forme Min-Amon- Ré- nc il est qualifié |. NE e A:

M. ne a pu relever sur r l'objet n° 38171 du Musée du Caire une inscription où le dieu Amon- Kaméphis-Horus le bras levé est dit © 2; | il a restitué el «seigneur des sehent»; mais il n'y a pas de raison déterminante pour admettre ce pluriel. Le mot mutilé est plus probablement ® Î En Shn.t (cf, Annales du Serv. des Anhg., IX, p. 64 et suiv.} (). | Une autre épithèle de Min en relation avec la chapelle Slin.t existe aussi à Edfou; c’est l'épithète * d'E hnty Sln.t «celu qui est à l'intérieur re la shn. t. |

Enfin sur le naos plolémaïque de or Cheri, originaire de Coptos el conservé au Musée du Caire, Min est qualifié M" ki «seigneur de jote a l'intérieur de la £hn.t» W). |

Toules ces épithèles se trouvent, en quelque sorte, condensées dans certaines formes msbe du mot $hn.t, qu'on trouve assez souvent sa comme épithètes qualificatives au dieu Horus dans son temple d'Edfou : p

exemple, KT Er éinj, où WAEY LE 0, ou enfin [Fe UK

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