DANS LE CALENDRIER ÉGYPTIEN
Les fêtes célébrées sur les divers points du territoire de l'antique Égypte en l'honneur du dieu Min paraissent avoir été assez nombreuses. Avant d'étudier celle du mois de Pakhons, qui était très probablement la plus importante de toutes, et qui est en tout cas la seule dont les détails nous ont été transmis par les représentations et les textes des divers temples thébains, il est bon de dresser un inventaire des autres fêles, d'importance moins considérable ou de moindre notoriété, et d'exposer le peu que nous savons de chacune d'elles.
Je vais examiner ces fêtes une à une, dans l’ordre chronologique que chacune d'elles occupait à l'intérieur de l’année égyptienne commençant âu 1“ Thot. Je ne dirai rien pour l'instant des douze fêtes mensuelles du dieu, qui paraissent avoir été célébrées à chaque nouvelle lune, car non seulement nous ne possédons aucun détail à leur sujet, mais, ainsi que j'aurai l'occasion de le montrer au chapitre 1v, leur existence même n'est | pas cerlaine. |
Le calendrier d'Esna mentionne au second mois de Ia saison a,
nl celui que les Grecs appelèrent Daw@; li}, les Coptes naanie où naomi et
“0 On sait que les noms grecs des mois égyptiens n'apparaissent pas avant l'épo- . que perse (cf. Garminen, Zeitschrift für ägyptische Sprache, XLIII, 1906, p. 136 et …. Ægyptian Grammar, p. 205). Je les emploierai, toutefois, pour raisons de commodité.
les Arabes 44 Däâba, qui est aussi le second mois de l'année, une fête de Min seigneur de Saïs en Basse-Égypte (. Or, sur une liste de fêtes au temple de Kom Ombo, qui ne paraît pas avoir attiré jusqu cl l'attention des savants, est indiquée pour le 2° jour du même mois de Paophi une fêle du dieu local Sebek et de E ==> «le seigneur des deux terres Min » ®, qui semble jouer ici le rôle de dieu fils dans la triade divine de Kom Ombo.
[ n'est pas douteux que ce soit en raison de son caractère de maîlre des deux moïitiés du pays, de la Basse comme de la Haute-Égypte, que Min ait été l'objet d'une fête spéciale célébrée, tant à Esna qu'à Kom Ombo, pendant le mois de Paophi P).
Le grand texte géographique d'Edfou, publié d'abord par J. de Rougé puis par Rochemonteix-Chassinat %}, nous apprend que dans le nome de Coptos en Haute-Égyple on célébrait, à l'époque ptolémaique, trois fêtes en l'honneur du dieu local, Min ithyphallique, dieu de la fécondation et de la génération :
a} le 23° jour du 4° mois de la pe I} (Khoïak); b) le 7° jour du 1° mois de la saison 3 sic [lire = | (Tybi);
c) le 2° jour du 2° mois de la saison = sic . == | (Paoni).
0 L., D., IV, 78; Brucsca, Matériaux pour servir à la reconstruction du calendrier des anciens Épypiiens, 1864, pl. XI, et Dre Fest-Kolender des Tempels von Apollinopolis Magna, etc., 1877, p. 25.
G® J. pe Morcan, Catalogue des monuments et inscriptions de l'Égypie antique, Kom Ombos, U, p. 53, n° 597.
F) La même liste de fêtes de Kom Ombo (ibid. ) fait encore mention d'une fête de Min au 1° Thot, jour où commençait l'année civile; mais il s’agit là seulement d'une des douze | fêtes mensuelles du dieu, qui élaient peut-être célébrées à chaque nouvelle lune : æ: Le ns a.
@) Textes rite Fr Temple d'Edfou, dans la Revue archéologique, Nouvelle Série, t. XIT, 1865, P- 335 et pl. XXI pour la partie de ce texte convernant le nome de Coptos.
© © Le Temple d'Edfou, 1, p. 338.
LES FÊTES DU DIEU MIN. a
La fête du 23 Khoïak ne nous cs pas connue, je Îe crois du moins, par ailleurs. Celle du 2 Paoni, qui suivail à deux jours seulement de distance la grande fête de la «sortie de Min» si l'on admet que cette dernière élait célébrée le 30 (?) Pakhons, a pu en constituer une sorte de prolongement.
Mais celle du 7 Tybi nous est connue par plusieurs autres sources antérieures, qui montrent qu'elle remonte à une époque très ancienne. .
Dans le tableau des divinités éponymes protectrices des douze mois de l'année sothiaque, qui est conservé au plafond d’une des salles du Ramesseum, le 5° mois, qui est aussi le 1° mois de la saison = pr.i, ou saison d'hiver, celui que les Grecs appelèrent plus tard Tué/ (Tybi), les Coptes TRE où Tw8i et les Arabes x ,L Touba, a comme patron le dieu ithyphallique Min ®.
Dans ce même tableau, tel que nous le voyons reproduit une dizaine de siècles plus tard dans le pronaos du grand temple d'Horus à Edfou, Min est remplacé par une divinité mâle tenant à la main droite une gerbe de blé et nommée ee Ÿ $f-boh Ce
C'est également le personnage àf-bd.t, shef-büdet, qui figure sur un troisième exemplaire de ce même tableau des divinités éponymes des mois de l'année, écrit sur le premier feuillet du papyrus médical Ebers. Cet exemplaire est, en réalité, le plus ancien des trois, puisqu'il date de l'an q d'Amenophis I" (XVII dynastie). Le nom de ce génie de la fête $f-boti y est orthographié © ET 6),
(D Cf. Bimcu, dans Wuxinsox, Manners and Customs of the ancient Egyptians, WI, p. 28; Lawzone, Dizionario di Mitologia egiviana, p. gho; Brucscn, Des divinités tutélaires des douze mois de Pannée égyptienne (dans Matériaux pour servir à la reconstruction du calendrier des anciens Égyptiens, p. 52-64) et Thesaurus inscriptionum aegyptiacarum, Îl, p. 4ga; Bunes, The Gods of the Egyptians, 11, p. 293 : The Gods and Goddesses of the Monthes of the Fear. M. Gardiner (Journal of Eguptian Archæology, . 1, 1915, p..125) a appelé par lapsus ce mois le 6° de l’année.
G) Bnucsex, Matériaux, etc, p. 53-54 : Sef-but, et pl. I.
®) Cf. Eisexzonr, Der doppelte Kalender des Herrn Smith (À. Z., VIN, 1870, p. 165-167); Lersrus, Bemerkungen über denselben Papyrus Smith (ibid., p. 167-170); Evens, À. Z., XI, 1873, p. 1 et Papyros Ebers (1875), pl. I verso et 1. [, p. 7-8 . (Introduction); Ed. Meven, Nachirge zur aegyptischen Chronologie (1908), p. 8 et
- 16; Garniner, Journal of Egyptian Archæology, Il, 1915, p. 195; Serne, Die Zeit-
Enfin M. Wiedemann a, depuis bien longtemps}, attiré l'attention sur un fragment trouvé à Rome, déjà décrit par Athanase Kircher, dans son OEdipus Aegyptiacus ®, et publié par Visconti}, où lon voit un Pharaon adorant successivement chacune des divinités tutélaires des mois de l'année: là encore, c'est le dieu ithyphalhique Min qui personnifie le mois de Tybi.
Les variantes orthographiques du nom de la fête et du génie $/-bd.t sont très nombreuses. En dehors de celles que j'ai déjà indiquées dans les lignes qui précèdent, on peut encore relever, dans les textes d'époque ptolémaïque que Brugsch a rassemblés dans son Thesaur “us inscriplionum acgyphacarum (, W), des formes comme <= mi ? ss o À Le À =, empruntées aux temples d'Edfou et de Dendérah, auxquelles il y a lieu d'ajouter enfin les variantes IE , — JI-Ÿ el Én , signalées par le F6rterbuch der aegyptschen Sprache F,
Quant au sens à attribuer au nom $fbd.t, il demeure incertain et Île Wôrterbuch que je viens de citer reste absolument muet à ce sujel.
Les premiers égyptologues, Brugsch en particulier («créateur du froment [ou du blé] » (6), puis «die Kraft des Spelles» F), « Stärke (Reife) des Dinkelweizens » en raltachaient le premier élément à la racine 5/7. le où ift M, signifiant «dignité, prestige», mais que l'on
rechnung der alten Aegrypter (in Nachrichten der kônigl. Gesellschaft der Wissenschaften . zu Gôttingen, Philosoph.-bistor. Klasse, 1990, p. 33); enfin Ware, Bases, méthodes, résullats de la chronologie égyptienne, 1926, p. 12-13, 119 et suiv. (qui a montré comment ce célèbre tableau de correspondance du papyrus Ebers. appelé aussi « double calendrier», n'avait pas été compris avant 1920.
- Pour. la concordance entre. les trois tableaux (papyrus Ebers, Ramesseum et Edfou), voir Ed. Meyer, Nachträge zur aegyptischen Chrénologie, ue en | face lä page 16, et Wii, op. cit, p. 214-115.
(1 Proceedings of the Society of Biblical lbs vol. XXII, 1901, p. LR
:% Tome I, p. 384.
®) Dans les Annali dell Istituto di Corrispondenza archeologica, p. 437 et suiv.
(*) Par exemple au tome Il, p. 255, 1. 4o; p. 266, 1. 19; p. 307. Voir aussi Dünicuen, Altaegyptische ee L, pl. 95.1 17. |
® Band IV, p.. 454-455.
() Brucscu, Matériaux, etc, p. 54.
® Bnucsex, Dictionnaire hiéroglyphique, p. 1386.
(9 Bnocscu, Die Aepyptologie, 1891, p. 363-363. ®} Ermax-Grarow, Wôrterbuch der aegypt. Sprache, IV, p. 457.
croyait jadis avoir le sens de «force, puissance, ou maluriti» en parlant de vépélaux. Les savants modernes, au contraire, en particulier MM. Gardiner («the swelling of the barleÿ »)) et Weïll (x foisonnement des céréales»}(®), semblent disposés à rapporter cet élément à une autre racine, $f ou ÿfw, —%, ne L\ S , mi | % {copte œaac)!®, bien différente, qui signifie «enfer, gonfler, grossir; enflure, gonflement » et. par dérivation, «abondance, pléthore». Je me range sans hésitation à cette dernière interprétation du mot $f.
Mais en ce qui concerne Île second élément du mot bd.t, rendu tantôt par blé ou froment, tantôt par orge, lantôt par épeautre, tantôt par le terme vague de céréales, il convient d'entrer dans quelques précisions.
Les Égyptiens connaissaient trois sortes de graminées à céréales, qui
sont, dans l’ordre historique de leur apparition :