L’an 1684.1e j Juin, polo bleuir
.Paru Chez P -Isard Joue les ' murs Ae jrJnnocens Cste' des la Haile
Bibliothèque Nationale.
Nos aïeux ne rougissaient pas d’affirmer leurs croyances. La fête de sainte Geneviève était la seule fête de sainte qui fût chômée dans Paris. En temps de disette, d’épidémie, de pluies persistantes, la châsse était descendue et promenée processionnellement par ordre du Roi, et en vertu d’un arrêt solennel du Parlement, rendu à la réquisition de Messieurs de l'Hôtel de Ville. Les officiers du Châtelet étaient constitués gardiens de ce palladium ; on leur donnait alors le nom d otages , sans se douter du sens terrible que prendrait ce mot plus tai d dans la bouche de ceux qui brûlaient nos monuments, pendant que les officiers prussiens buvaient du champagne et se tordaient de rire sur les hauteurs de Sannois.
« Messieurs le lieutenant civil et le lieutenant criminel, » lisons-nous dans la relation d’une de ces processions, « procureur et avocat du roi au Châtelet, revêtus de leur robe de cérémonie, viendront prendre la châsse qu’ils auront vu descendre en leur protection et, leur étant enjoint de ne pas la quitter, ces illustres otages, accompagnés de messieurs les commissaires et officiers de l’ancienne juridiction, n’abandonneront point ce précieux trésor qu’ils ne l’aient vu remonter au retour sur le trône même d’où il doit descendre. »
La procession de 1725 fut exceptionnellement fervente. Des pluies ininterrompues avaient fait craindre une disette ; des voix innombrables supplièrent qu’on fît appel à cette intercession qui avait sauvé Paris tant de fois. Dès le lundi 18 juin, le Parlement rendit un arrêt, et le lendemain la châsse fut découverte. Les pluies persistant, Messieurs de la Ville se transportèrent au Palais et demandèrent que la châsse fût promenée. Le Parlement, sur la requête du procureur général, Gilbert des Voisins, décida que la procession aurait lieu le 4 juillet. Du 27 juin au 4 juillet, le clergé de toutes les paroisses vint prier à Sainte-Geneviève, l’archevêque officia pontifîcalement; le 4, enfin, la procession se mit en marche au milieu d’un immense concours de peuple. Toutes les rues étaient tendues de tapisseries. D’anciens échevins et des bourgeois, les plus considérables de chaque quartier, se relayaient pour porter la châsse, que suivaient le Parlement en robes rouges, la Cour des aides, la Chambre des comptes et le Corps de Ville. Le cortège se dirigea vers Notre-Dame par la rue Saint- Etienne-des-Grès, la rue Saint-Jacques, le petit Pont et le pont Notre-Dame ; il revint par la place Maubert et la montagne Sainte-Geneviève. La procession n’avait pas duré moins de neuf heures. Le lendemain la pluie cessa....
ux fêtes traditionnelles il faut encore ajouter ces proclamations de paix qui, sous l’ancien régime, avaient une solennité particulière. La bonne nouvelle était annoncée avec l’apparat qu’on mettait alors à tous les actes de la vie publique ; elle était reçue de tous avec un enthousiasme expansif. Notre France, nous l’avons constaté déjà, si glorieuse dans la guerre, aima toujours profondément la paix qui permet au travail de se développer.
A Paris, c’était le roi d armes Montjoye Saint-Denis qui, jusqu’au dernier jour de la monarchie, remplissait lui-même cette haute fonction. Montjoye Saint-Denis! le roi d’armes! quelle
évocation d’un Passé disparu ! Élu solennellement par le collège des héraults et des poursuivants d’armes de toutes les provinces, incarnation du respect des usages séculaires, n’est-il pas lui-même le représentant de toutes les fêtes nationales, cet homme aussi immortel qu’un principe, qui apparaît dans notre gravure comme le symbolique gardien des rites monarchiques? Le voici, vêtu de la cote d’armes de velours violet cramoisi frangé et galonné d’or, écussonné par-devant et par derrière de trois grandes fleurs de lis en
broderie d or surmontées et couvertes d'une couronne royale. Sur la manche droite il porte trois fleurs de lis et le nom de Montjoye tracé en lettres d’or ; sur la manche gauche sont brodés pareillement en or ces mots : Roi d'armes de France. A un long cordon qu’il portait au cou pendait un médaillon en or avec 1 effigie royale. Il était coiffé d’une toque de velours ornée d’un cordon d’or semé de deux rangs de perles fines et surmonté d’une aigrette de héron; il tenait dans sa main droite un sceptre couvert de velours violet orné de fleurs de lis massives.
Cette abstraction magnifiquement vêtue n’a point de nom. Cet être de parade n’est qu’une formule de velours et de soie et non une individualité vivante. Le roi d armes du Saint Empire s appelle Archi-roi, celui de Bourgogne et plus tard d’Espagne Toison d'or , celui d’Anjou Croissant , celui de Bretagne Hermine.
La France n’a plus Montjoye Saint-Denis, mais la féodale Angleterre, où les institutions du moyen âge demeuient immuables sous le mouvement apparent des hommes et des choses, conserve encore Jarretière.
A Paris, le nombre fixe pour les proclamations de paix était de treize. Elles avaient lieu dans l’ordre suivant : Au Carrousel, dans la cour du Mai au Palais, devant l’Hôtel de Ville, devant le Grand Châtelet, à la Halle, à la place des Victoires, à la place Louis-le-Grand, au pont Neuf devant la statue de Henri IV, à la place du Pont-Saint-Michel, à la place Maubert, à la place Royale, à la place Baudoyer.
Selon les clauses plus ou moins avantageuses du traité, la proclamation soulevait des transports, des murmures de satisfaction ou des plaisanteries qui permettaient d’apprécier l’état de l’opinion. La paix de Nimègue, qui marque l’apogée de la puissance de Louis XIV, revit majestueuse dans cet Almanach historique qui nous montre une lois de plus la splendeur de l’art célébrant la splendeur d’un règne glorieux. Le Mercure atteste, sans exagération d’adulation, la satisfaction qu’éprouvait l’opinion publique d’alors :
« Comme on ne va parler dans votre province que de la paix ratifiée avec la Hollande, il faut vous dire « qu elle fut hier publiée ici et qu elle doit l avoir été aussi à La Haye, le même jour ayant été choisi pour les « deux publications. On y observa les cérémonies accoutumées. Les trompettes, tambours et hautbois de la « grande écurie du Roi se firent entendre durant toute la marche, mais ils firent beaucoup moins de bruit « que les acclamations de : Vive le Roi ! La marche était composée des principaux officiers, de Messieurs du « Châtelet et du Corps de Ville, tous en robe de cérémonie, à cheval et à housse, accompagnés de trois cents « archers de la Ville et du Guet, les huissiers du Châtelet marchaient à pied. Les trompettes, tambours et « hautbois étaient à la tete de tout. Quatre héraults les suivaient. Le vieux Lelièvre, à titre de Tourraine « représentant le roi d’armes Montjoye et Saint-Denis, à cause que cette charge est vacante, commença la « publication de la paix devant le palais des Tuileries. Elle fut faite ensuite tour à tour dans tous les lieux « accoutumés par les cinq héraults d’armes, qui sont le sieur de Chamain au titre de Normandie, Le Blanc « de Bonnat au titre de Xaintonge, de Bellegarde au titre de Picardie, Leroi au titre de Roussillon et d’Aubray « au titre du Charollois. »
La paix conclue à Vienne en 1738, et dont une gravure populaire rappelle le souvenir à nos lecteurs est une date que la France actuelle ne peut oublier. Ce traité stipulait que la Lorraine, qui serait cédée au roi Stanislas comme un dédommagement du trône de Pologne, reviendrait après sa mort à la France.
La triste paix conclue à Aix-la-Chapelle, en 1748, n’excita pas la même joie. Le Journal de Barbier prouve à quel point le peuple avait été sensible aux humiliations de la France et indigné des basses complaisances que le gouvernement avait eues pour l’Angleterre en abandonnant Charles-Édouard :
« Aujourd’hui mercredi douze février, qui est le mercredi gras, s'est faite la proclamation de la paix.
« La onzième publication, qui est à la place Maubert, s’est faite à quatre heures. Cette marche était assez « belle et a duré vingt-cinq minutes à passer. Monsieur de Bernage, prévôt des marchands, et Monsieur « Berrier, lieutenant de police, étaient montés sur de très-beaux chevaux couverts de housses de velours « cramoisi très-longues bordées en or ; ils avaient chacun six laquais habillés de neuf en grande livrée.
« Ceux qui ont couru en diverses places ont remarqué qu’après la publication faite par le roi d’armes « quelqu’archer entonnait l’antienne Vive le Roi, ce qui n’était pas suivi d’un cri général. Le peuple, en « général, n’est pas bien content de cette pais 'dont cependant- fl avait grand besoin ; car quelles ressources
« aurait-on été obligé de prendre si la guerre avait continué? On dit que dans les Halles les harengères,
« en se querellant, se disent : Tu es bète comme la paix! Le peuple a son raisonnement. L’aventure du « pauvre prince Édouard lui a déplu. »