‹ Les fêtes nationales à ParisChapitre 47 sur 61 · FÊTE DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

FÊTE DE LA LIBERTÉ

ET ENTRÉE TRIOMPHALE DES MONUMENTS DES SCIENCES ET DES BEAUX-ARTS A PARIS

28 et 29 Juillet 1798

’est-elle pas curieuse entre toutes, cette fête de l’an VI ? N’indique-t-elle point le bizarre mélange d’idées contraires qui rend perplexe tout homme qui étudie la Révolution avec sang-froid ? Partout gisent sur le sol les débris d’innombrables monuments brisés par des Français qui se sont montrés plus impitoyables que des Vandales pour les souvenirs de leurs aïeux, et voici que la République victorieuse accueille solennellement les chefs-d’œuvre conquis par ses armées; elle rend au génie humain un hommage digne de lui, elle organise pour lui un de ces triomphes comme en vit l’ancienne Rome. Regardez-la de près, elle tient d’une entrée de cirque forain, cette promenade où figurent pêle-mêle le dromadaire et le bronze antique, l’ours de Berne et les manuscrits précieux. Ces inscriptions semées à profusion semblent parfois bien naïves, et cependant il est impossible de ne point démêler là un effort pour instruire la foule, une aspiration' vers les choses élevées, un désir très-louable pour reconstituer sur des bases nouvelles cette France qui avait été grande par les lettres et les arts, et qui avait failli s'écrouler dans la barbarie et dans le sang. La Révolution, encore une fois, n’a rien inventé dans cet ordre d’idées; mais on est tenté parfois de lui savoir gré de ne pas avoir tout oublié. Au sortir d’aussi épouvantables effondrements, certaines réminiscences paraissent des trouvailles.

Le 9 thermidor, à neuf heures du matin, les citoyens qui devaient composer le cortège se réunirent au Muséum d’histoire naturelle. Les chars qui portaient ces monuments étaient ornés de trophées, de guirlandes et d’inscriptions. La marche du cortège était ouverte par un détachement de cavalerie et par un corps de musique militaire. Le cortège et les chars formaient trois grandes divisions.

Page 1