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LA FÊTE DE LA FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE

22 Septembre 1796

u cinquième anniversaire de la fondation de la République, nous voyons la Révolution, qui déjà a perdu sa force première, fort embarrassée d’organiser des solennités qui aient un accent et une signification quelconque, fort empêchée de savoir de quoi s’inspirer. Les organisateurs subissaient l’influence de l’opinion, qui ne voyait plus que des grotesques dans ces directeurs affublés de ces oripeaux fabuleux sous lesquels Châtaignier les a dessinés tant de fois ; ils n’imaginèrent rien de mieux qu’une fête moitié mythologique et moitié astronomique, sur laquelle un avis de la direction de l’instruction publique avait d’avance attiré l'attention de la foule.

Au milieu du cirque, qui n’avait pas été détruit depuis la Fédération, et qui, après avoir représenté la Sainte Montagne , avait servi à tant d’autres cérémonies auxquelles la Montagne ne présidait plus, on avait élevé un segment du zodiaque au haut duquel était le signe de la Balance, correspondant au mois de septembre. A trois heures de l’après-midi, une salve d’artillerie annonça le commencement de la fête. Le Soleil, sous la figure d’Apollon, assis sur un char attelé de douze chevaux, entouré des Heures et suivi de chars qui portaient les Saisons, s’avança dans l’arène, en fit le tour, et revint au tertre par le milieu du cirque ; les chars étaient entourés précédés et suivis de divers groupes de musique et de détachements de la force armée. L’arrivée du Soleil au signe de la Balance fut annoncée par Une seconde salve d’artillerie; au même instant les emblèmes de la royauté, placés entre le char et la terre, s’écroulèrent et laissèrent voir sur un fût de colonne la statue de la République française, appuyée d’une main sur le faisceau départemental, et montrant de l’autre la statue de la Liberté. Des soldats, en nombre égal à celui des départements, formèrent une triple enceinte autour du faisceau départemental puis l’on exécuta un hymne à grand chœur analogue à l’objet de la fête.

Le Directoire, qui sentait le ridicule de ces parades que n’animait plus la passion des anciens jours, se hâta de rentrer à l’École militaire.

Après son départ eurent lieu ces courses de chars, ces courses à cheval, ces courses à pied, qui étaient encore la partie la plus intéressante du programme. Le soir, un feu d’artifice fut tiré dans l’île des Cygnes.

Le Moniteur , chose singulière, resta muet sur cette fête. Le Journal de Paris , en revanche, constata le sentiment qui était général chez tous devant ces spectacles burlesques.

« Beaucoup de détails bizarres, lisons-nous dans le numéro du 3 vendémiaire, et surtout ridicules se sont montrés aux spectacles officiels. Ce Soleil de bois jaune qu’on a promené sous l’escorte de deux compagnies de hussards, ce Zodiaque et cette Justice de toile peinte étalés sur un vieux cintre dupont de Neuilly, ces emblèmes ces cérémonies, propres aux cultes religieux des peuples anciens, confondus avec des indications astronomiques, tout cela a eu peine à fixer un moment les regards, malgré l’annonce de la direction générale de l’instruction publique.

« Les courses de chars ont paru faire une vive impression, mais de peine et non de plaisir. Quel être humain a pu voir, sans souffrir, un des concurrents occupé sans relâche à frapper à tour de bras et de toute sa force, avec de longues gaules, les chevaux qu’il conduisait? Ces pauvres animaux ont reçu autant de coups qu’ils ont

fait de pas. On se demandait : « Est-ce le prix de la course, ou le prix de la plus impitoyable bastonnade ? » Nous osons dire que le spectacle de cette bourreauderie est peu moral.

« L illumination a été magnifique. L’École militaire était décorée de feu ; deux cordons de lumière garnissaient les deux rangées d’arbres qui conduisent de l’édifice à la rivière, et se joignaient dans la perspective à une ligne de feux très-vifs qui régnait au haut de Passy. Dans toute la largeur du Champ de Mars, un rang d’étoiles était planté de distance en distance dans l’enceinte même, et parallèlement aux amphithéâtres, de sorte qu’on voyait du feu à une longue distance partout où la vue pouvait se porter.

« Le feu d’artifice paraît avoir souffert de la pluie de la matinée, il n’a pas répondu à l’attente générale ; mais l’illumination en a tenu lieu : c’est elle qui a tout réparé et tout agrandi dans la fête, ce qui a fait dire à un mauvais plaisant que la direction générale des lumières était sans doute autre chose que la direction générale de l'instruction publique. »

A l’heure où les Directeurs, qui traitaient de superstition la religion de saint Louis, de Bossuet et de Fénelon, montraient triomphalement à tous, escorté par des hussards, un soleil de bois digne de la vénération des tribus’ sauvages, on se préparait dans deux camps, hier ennemis, aujourd’hui réunis dans une douleur commune, à saluer dans la mort un des plus purs enfants de la Révolution : Marceau, frappé d’une balle le 19 septembre au matin, expirait le 23.

Les jours complémentaires (on ne disait plus les jours sans-culotides) ne portaient pas bonheur à la République. Au mois de septembre 96, Marceau était tombé à Altenkirchen; au mois de septembre 97, Hoche était emporté, au camp de Wetzlar, par une maladie inconnue. Le Moniteur , à la date du 3 vendémiaire 1797, 'constatait, dii reste, cette funeste coïncidence :

« La joie que ce jour de fête inspirait aux amis de la République a été troublée d’une manière bien affligeante par la nouvelle qu’on a reçue de la mort du général Hoche. On ne peut que regretter un homme qui, à peine âgé de trente ans, avait déjà donné tant de preuves d’un talent militaire de premier ordre et des témoignages si certains de son amour pour la République. Les derniers jours des deux dernières années républicaines doivent être mis au nombre des jours de deuil. Les jours complémentaires de l’an IV ont été marqués par la mort de Marceau, et ceux de l’an V par celle de Hoche. »

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