FÊTES A L’OCCASION DE LA PAIX D’AMIENS
9 Novembre 1 80 1
e siècle, qui devait assister à de si terribles guerres, s’ouvrit par une paix qui promettait d’être durable et qui excita en France et en Angleterre d’incroyables transports d’enthousiasme. Quand le colonel Lauriston, représentant la France, et M. Otto, représentant l’Angleterre, porteurs des préliminaires de la paix d’Amiens, parurent dans les rues de Londres , le peuple détela leurs chevaux et des hommes de bonne volonté s’attelèrent eux-mêmes à la voiture qui les portait chez lord Hawkesbury. La joie fut aussi expansive à Paris, et, en dépit de quelques accidents (i), les fêtes données à cette occasion furent exceptionnellement brillantes.
Après tant d’années d’une lutte acharnée, l’union entre tous les peuples était souhaitée avidement. Les temples construits devant les Tuileries et sur la place de la Concorde attestaient cette préoccupation. Temple du Commerce , Temple des Arts , Temple de la Paix , Temple de l'Industrie , lisait-on sur le fronton de ces édifices.
Une pompe nautique, fédérative et triomphale , pour employer l’expression du Journal de Paris, avait été organisée sur la Seine. Une flottille des quatre nations de la Grenouillère, de la Râpée, du Gros-Caillou et du port Saint-Paul, composée de bateaux où figuraient des personnes portant les costumes de tous les pays du monde, s’achemina au bruit des instruments vers le temple du Commerce.
Qu’elle était significative encore la pantomime jouée sur la place de la Concorde, et dont nos lecteurs pourront se rendre compte en regardant avec attention la gravure au simple trait que nous mettons sous leurs yeux (2) ! La scène représente toutes les horreurs de la guerre : les régiments chargent, les cavaliers s’élancent sabre au poing. Les malheureux habitants d’une ville assiégée s’efforcent d’échapper à un bombardement furieux; ils se réfugient dans le temple de la Paix qui, s’ouvrant tout à coup, montre les ennemis d’hier réconciliés, qui, redevenus frères, s’embrassent et se rendent solennellement aux temples de l’Industrie et des Arts, qui se trouvent à droite et à gauche.
Quelle préface pour le règne de Napoléon Ier que cette pantomime !
« Quand verra-t-on la guerre toujours en toile peinte, les beaux monuments toujours en marbre, la paix toujours en bronze, et jamais autrement? Puisse celle-ci avoir toujours autant de durée qu’elle a eu d’éclat ! »
Ainsi parle l’écrivain du Journal de Paris. Ainsi pensaient unanimement tous les Parisiens en acclamant, le soir, le nom de Bonaparte qui se détachait en lettres de feu sur un arc de triomphe ; en entrant dans ces bals publics construits sur la place de la Concorde, et qui étaient comme une réminiscence des bals de bois du XVIIIe siècle.
Examinez maintenant cette gravure qui représente la Parade dans la cour du Carrousel, regardez manœuvrer sous les yeux de Bonaparte ces bataillons qui ont déjà vu le Rhin, les Alpes, les Pyramides, et vous vous expliquerez que l’envie ait pris à un tel général de se servir de l’incomparable armée que les guerres de la Révolution semblaient avoir formée pour son génie; vous comprendrez qu’il ait été tenté de donner la terre à conquérir à ces légionnaires endurcis à toutes les fatigues, accoutumés à tous les dangers, que la Destinée paraissait avoir placés sous sa main pour être les instruments de son ambition.
(1) Une estrade élevée devant le pavillon de Flore s’écroula, et trois cents spectateurs furent précipités sur le sol.
(2) Les deux gravures, très-rares, des Fêtes de la paix d’Amiens, nous ont été obligeamment communiquées par M. Jacquinot.
Ludovic Baschet, Éditeur.
VUE DE LA GRANDE PARADE P A Dans la Cour du P.