FÊTE DU
3o JUIN
Ludovic Un
lmp. Mottofo».
travers les fêtes. Toutes les phases de notre littérature, tous les états d’esprits, toutes les préoccupations intellectuelles, se succèdent dans les décors changeants de ces solennités publiques. La Théologie domine au moyen âge et met derrière le Parlement les sept Péchés capitaux à cheval qui suivent Charles VIL La Renaissance s’affirme avec Henri II, et ce sont les héros de YAstrée qui figurent dans le carrousel de 1612. Classique avec Louis XIV, la fête devient galante et libertine sous Louis XV, et apparaît sous la Révolution comme une parodie des mœurs grecques et romaines.
Toutes les vicissitudes de notre société sont représentées également dans ces tableaux qui ne se ressemblent point, mais se complètent l’un par l’autre. Le peuple, à genoux sous Charles VI, devient l’enfant gâté des Bals de bois , l’enfant terrible des premières journées de la Révolution, le maître adulé, despotique et violent des fêtes de la Régénération et de l’Etre suprême. Au moyen âge, il assiste aux fêtes comme à une cérémonie religieuse ; au XVIIIe siècle, il les paye et il en rit; sous la Terreur, il les impose; à notre époque, on serait tenté de dire qu’il les donne lui-même, puisque c’est son travail que l’on célèbre, son approbation que l’on sollicite, son suffrage futur que l’on cherche à s’assurer. Au XVe siècle, l'archer le bat ; au XVIIIe siècle, le garde-française plaisante avec lui; au XIXe siècle, le gardien de la paix lui dit : « Citoyen, ne vous aurais-je pas, par inadvertance, marché sur les pieds dans la foule? »
Observez-le attentivement, vous trouverez toujours ce peuple d’accord avec lui-même, en dépit des changements apparents. Battu, plaisanté ou flatté, le peuple se sauve toujours du ridicule par cette vertu qui lui est propre et dont nous parlions en commençant : la sincérité. Il est sincère dans ses engouements même les moins justifiés et dans ses affections les plus éphémères. Il a aimé ses rois, nous l’avons dit, et ce n’est pas sa faute si ceux-ci ne se sont pas montrés dignes de leur titre de rois très-chrétiens ; il a aimé l’Empire et lui est resté fidèle tant que ce régime a été d’accord avec son origine, c’est-à-dire victorieux; il aime maintenant la République, il ne tient qu’à elle de tenir son programme et d’assurer le bonheur de tous.
Grâce à ces bons vouloirs, il y a eu sous tous les régimes une de ces heures égiées où la masse
était disponible pour tous les dévouements qu’on aurait eu à lui demander, et pour tous les grands desseins qu’on se serait proposé d’accomplir avec elle. Le lendemain, l’électricité qu’avaient jetée en l’air tant d’enthousiasmes ardents devenait de l’orage, et tout finissait dans une tempête...
Souhaitons que nos politiques aient mis à profit, pour méditer, ces mois de repos et de joie, et qu’après tant de jours de deuil, nous ayons encore à ajouter quelques feuillets à ce livre "écrit à la hâte, mais que protégera à travers le monde ce titre où les Vivat du Passé s’unissent aux Vivat du Présent : Les Fêtes nationales de la France.