‹ Les fêtes nationales à ParisChapitre 60 sur 61 · EXPOSITION AUX INVALIDES · texte numérisé non relu

EXPOSITION AUX INVALIDES

EXPOSITION DES PRODUITS DE L’iNDUSTRIE FRANÇAISE AU LOUVRE ( EN 1 8 1 9)

Salle Henri IV

Si l’Exposition de 1867, qui fut une féerie sans exemple, marque l’apogée de l’Empire, l’Exposition de 1878 a à nos yeux une importance aussi considérable pour l’honneur de notre Patrie. Elle s’est faite toute seule, serait-on tenté d’affirmer, c’est-à-dire qu’elle s’est faite par tout le monde. Nul régime et nul individu n’en peut revendiquer le mérite. La navrante médiocrité même de la plupart des hommes qui se sont disputé le pouvoir depuis quelques années a eu du moins cet avantage de laisser à cette création de tous son véritable caractère. Le manque de tact, l’arrogance, l’ignorance prétentieuse, la suffisance et l’insuffisance du personnel étonnant dont s’était entouré le commissaire général, ont procuré à la France cette joie de ne devoir rien qu’à elle-même.

L’Exposition, d’ailleurs, n’est point née du jour où elle a été décrétée; elle est née le jour où chacun, le cœur endolori et le cerveau encore hanté par d’affreux fantômes, a regagné sa place à l’atelier. Pour qui connaît le caractère français, il y eut là une heure plus anxieuse qu’on ne croit, une détermination plus rude qu’on ne l'imagine. Cet ouvrier que le service militaire épouvante est soldat d’instinct dès qu’il a été une semaine sous le drapeau ; il aime la sonnerie du clairon, l’éclat des costumes, la cordiale camaraderie des camps. Au sortir de cette existence indépendante, les premières journées durent lui paraître longues. Quelque temps les marteaux retentirent sans ensemble, comme il arrive à la première heure après un dimanche ou un lundi; puis la symphonie du travail reprit son rhythme grandiose et régulier, mettant plus d’apaisement dans les esprits que les crises parlementaires n’y mettaient de troubles, préparant par les efforts accumulés la fête glorieuse du Ier Mai.

Sans doute, il ne faut pas s’exagérer la portée de ces fêtes où nul désordre ne s’est mêlé aux manifestations d’une allégresse très-bruyante. U ne faut point même tirer trop de motifs d’espérance du spectacle de toutes ces nations ne parlant que de luttes pacifiques et de combats industriels. On déclarait aussi, en 1867, que tous les peuples étaient frères et que le règne de la barbarie était fini , et trois ans après les Prussiens fusillaient les femmes de Bazeilles ; des Français osaient ce qui aurait fait reculer de honte nos pires ennemis: ils incendiaient nos monuments et égorgeaient des vieillards et des prêtres à la lueur de Paris en flammes.

Il faut toujours se reporter à quelques lignes très-justes de Sainte-Beuve : « On perd en trois semaines le résultat de plusieurs siècles. La civilisation est une chose apprise et inventée, qu’on le sache bien! Les hommes, après quelques années de paix, oublient trop cette vérité. Ils arrivent à croire que la culture est chose innée, qu’elle est la même chose que la nature. La sauvagerie est toujours à vingt pas; dès qu’on lâche prise, elle recommence. »

Espérons que nous n’en sommes pas là, et qu’ils se trompent ceux qui prévoient pour les jours de liesse qui ont marqué l’année 1878 des lendemains moins folâtres.

Notre mission, à nous, n’est point d’approfondir ces éventualités grosses de problèmes terribles; il ne nous appartient pas de soulever le voile de l’Avenir. En ces pages, incomplètes par bien des points, nous avons voulu simplement évoquer devant nos lecteurs un fragment de l’existence des générations écoulées, indiquer par quels liens la vie des contemporains se rattache à la vie des ancêtres (1).

L’observateur et le philosophe trouveront cependant plus d’un sujet de réflexion dans cette promenade à

(1) C’est pour nous une satisfaction véritable en même temps que l’accomplissement d’un strict devoir de remercier, à la fin de ce travail, tous ceux dont l’aimable et bienveillant concours a facilité notre tâche.

M. Victorien Sardou a mis libéralement à notre disposition ces portefeuilles qui se remplissent sans cesse de pièces curieuses dont il ne connaît pas le chiffre exact. Chaque applaudissement du public contemporain se traduit, en effet, par l’achat de quelque merveille du passé, et, l’auteur ne comptant plus ses succès, l’amateur est fort embarrassé de compter ses richesses artistiques.

Nous n’avons éprouvé qu’un regret auprès de lui : c’est que le lettré plein de verve qui nous a causé notre livre avec tant d’érudition, d’imagination et de feu, sous les grands ombrages de Marly, lorsque nous sommes allé pour la première fois lui parler de notre projet, n’ait point consenti à écrire les Fêtes nationales à notre place. Nos lecteurs, assurément, partageront cet avis.

Notre excellent et savant ami M. Jules Cousin nous a ouvert toute grande cette bibliothèque de Carnavalet qu’il possède mieux que personne, puisqu’il en a été le propriétaire en partie, et que, sur vingt-cinq mille volumes quelle contient, quinze mille au moins ont été donnés par lui à la Ville après les incendies de la Commune.

Nous avons reçu également l’accueil le plus empressé à la Bibliothèque nationale. Malheureusement, si le conservateur du Cabinet des Estampes, M. le vicomte Delaborde, est le plus charmant des hommes, le local destiné aux reproductions photographiques est des plus inhospitaliers.

Nous devons encore à M. Jacquinot et à M. de Liesville le témoignage de toute notre gratitude.

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