LE TOURNOI DE
A l’occasion du mariage de la princesse Élisabeth de France avec Philippe II, et de la princesse Marguerite avec le duc de Savoie, des fêtes brillantes furent célébrées. On avait dressé une lice qui commençait au palais des Tournelles, barrait la rue Saint-Antoine, et allait jusqu’aux écuries royales. Le roi voulut jouter une dernière fois avec Montgommery, celui-ci s’excusa, le roi insista en dépit des supplications des dames ; le gentilhomme dut obéir à un commandement formel. Les deux adversaires prirent du champ, puis fondirent l’un sur l’autre, et un éclat de la lance de Montgommery entra par la visière du casque que le roi avait oublié de baisser.
Il paraît prouvé, comme l’atteste Claude Hatton, que le roi pardonna à son meurtrier involontaire, mais Catherine de Médicis, en dépit des recommandations d’un mourant, poursuivit toute sa vie Montgommery d’une haine implacable.
Gérome de la Rovère, évêque de Toulon, qui prononça une oraison funèbre de Henri II qui lut imprimée chez Robert Estienne, semble affirmer qu’il conserva sa connaissance presque jusqu’au dernier moment, dans une agonie qui dura dix jours.
« Depuis que le bon prince fut blessé de ce coup de lance en l’œil droict, qui fut le dernier jour de juing, il se trouva véritablement si estourdi pour ceste heure là qu’il ne feist autre chose que de se laisser médeciner et accoustrer sa playe. Le lendemain il demanda son confesseur, auquel il se confessa fort dévotement et en grande contrition de cœur, et encores n’avoit-on point découvert qu’il avoit fiebvre ; laquelle luy estant survenue le quatrième jour d’après, et gaignant peu à peu l’apostume qui s’engendroit en sa cervelle, l’on congneut qu’il n’avoit l’entendement si clair et si net qu’il souloit, fors qu’en une chose seule c’étoit d’écouter ententivement et respondre à propos quand
on luy parloit de Dieu ou qu’on luy remémorait la passion de Jésus-Christ et 1 espérance qu il debvoit avoir en icelle de la rémission de ses péchés et du salut de son âme. Et après avoir demandé le Roy son fils, lui dict : « Mon fils, je vous recommande l’Église et mon peuple ». Et comme il vouloit dire davantage, il ne luy fut possible. Toutes fois, bientost après luy estant demandé s il ne vouloit pas laisser quelque autre commandement au Roy son fils : ce Qu il persiste, » respondit-il, ce et demeure ferme en la foy en laquelle je meurs. » Et dict qu’il lui donnoit sa bénédiction du meilleur cœur que jamais père donna à son fils, et l’embrassa fort amiablement. L’on pensoit qu’il deust passer à cest heure là, mais il se reprint un peu et luy survint après une grosse sueur, qui luy dura presque jusques au lendemain lundi, qu’il demanda et print fort révérement la sainte onction. Et ainsi garny de toutes les marques de bon et vray chrétien, rendit l’esprit à Dieu. »