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ENTRÉE DE CHARLES IX

6 Mars i5y2

oos retrouvons à l’entrée de Charles IX les arcs de triomphe élevés à peu près aux mêmes endroits que pour l’entrée de Henri. Mais si le théâtre des fêtes resta longtemps le même chez nos pères, les préoccupations qui présidaient à l’organisation

des grandes solennités se modifiaient d’un régne à l’autre. Si l'itinéraire était à ( 0- peu près celui adopté au moyen âge, combien différait la pensée qui inspirait les décorations, et quel monde d’idées différent indiquaient les emblèmes semés à

r__ . . profusion sur tout le parcours du cortège royal !

C’est par ces côtés que, quel que soit le petit nombre des années ecoulees, 1 entree de Charles IX diffère sensiblement de l’entrée de Henri IL

La Mythologie, qui déjà joue un rôle si considérable dans les préparatifs exécutés pour Henri II, s’étale ici sans mesure et s’épanouit luxurieusement. Le chapitre que nous consacrons à cette cérémonie

pourrait s’intituler la Renaissance dans la rue. Le grand ordonnateur de cette fête, cest évidemment Jean Dorât, qui a enrichi de tant de vers le volume consacré à cette entrée, Jean Dorât, l’auteur des Anagrammes, poète royal, poëta regius, basilikos poiëtès , ainsi qu’il s’intitule en maint endroit. Jean Dorât mit à contribution tout ce que la Fable antique contient de symbolismes, d’allégories, de doubles sens. Pour ce beau travail il se fit aider par son gendre, Jean Goulu, auquel il céda plus tard sa charge de professeur au Collège de France, et qui signe modestement : Auratou gumnos, le gendre de Dorât.

Analysez l’arc de triomphe qui s’élevait a la porte Saint-Denis pour l’entrée de Charles IX: Au haut l’écu de France surmonté d’une couronne. A droite et à gauche, du côté du faubourg, Francion et Pharamond. Francion, monarque conquérant « qui surpasse tous les autres en grandes et mémorables victoires » avait un aigle au dessus de sa tête et à ses pieds un loup courant pour indiquer qu’il n’avait fait que courir à travers la Gaule. Au dessus de Pharamond un corbeau agitait ses ailes, parce que le corbeau étant dédié à Apollon, le protecteur des Colonies, est un augure prospère pour conduire un peuple. A droite et à gauche, du côté de Paris, étaient deux figures de neuf pieds de haut, une Majesté vêtue de velours parsemé de fleurs de lis, et de l’autre une Victoire antique. Entre la frise et ces figures étaient placés des tableaux avec des vers dessous. L’un de ces tableaux représentait la France ouvrant ses larges mamelles et tenant un corne d’abondance : Au bas on lisait :

France, heureuse en mainte mamelle Ceinte d’espis et de raisins Nourrit des biens qui sont en elle Les siens et ses proches voisins

Dans l’autre tableau on distinguait « quantités de saules et serpes près d’iceux signifiant » :

Malgré la guerre nostre .Gaule Riche de son domayne croist Plus on la coupe comme un saule Et plus fertile elle apparoist.

A la fontaine du Ponceau une Mythologie effrénée reprenait la parole. Une Gallia, tenant au-dessus de sa tête une carte de géographie, avait à ses pieds quatre statues, Lucrèce, Clélie, Arthémise et Camille, et sur

ENTRÉE DE CHARLES IX Arc de triomphe de la porte aux Peintres.

leurs socles quatre sonnets qu’avait bien voulu composer M. de Pybrac, conseiller du roi en son privé conseil et avocat général de Sa Majesté.

A la porte aux Peintres était un arc de triomphe d’ordre corinthien, surmonté d'une urne soutenue par des Amours. A droite, sur le couronnement, une Majesté entre les deux colonnes que le roi portait dans ses armes, avec cette devise : Pietate et Justifia; à gauche, un Hercule terrassant Antée. Dans deux niches placées entre deux colonnes on apercevait une figure représentant la Ville de Paris, avec un chien et un coq à ses pieds; elle pressait des livres sous son bras, et d'une main tenait un faisceau, de l’autre, un navire. Dans l’autre

niche une femme, ayant dans sa main droite des épis et des grappes de raisin, dans la main gauche une lancé, personnifiait la France.

Près de la fontaine des Innocents se dressait un colosse du dieu Hyménée, couronné de marjolaines et de myrtes « embelli d’une petite barbe follette crespelée et longs cheveux »; il élevait dans sa main droite un flambeau, tandis que quatre autres flambeaux brûlaient autour de lui, « pour ce que le nombre cinq est dédié à ce dieu. ?

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