NOCES ET FESTINS
La salle est magnifique et la table est immense.
Toujours par quelque bout le banquet recommence
Un magique banquet, sans cesse amoncelé
Dans l'or et le cristal et l'argent ciselé.
A cette table auguste où siègent peu de sages,
Tous les sexes ont place ainsi que tous les âges.
Guerrier de quarante ans au profil sérieux.
Jeune homme au blond duvet, jeune fille aux doux yeux,
Enfant qui balbutie et vieillard qui bégaie,
Tous mangent, tous ont faim et leur faim les égaie,
Et les plus acharnés sont, autour des plats d'or,
Ceux qui n'ont plus de dents ou n'en ont pas encor?
Casques, cimiers, fleurons, bannières triomphales, Les lions couronnés, les vautours bicéphales, Les étoiles d'argent sur le sinople obscur. L'abeille dans la pourpre et le lys dans l'azur. Les chaînes, les chevrons, les lambels, les losanges, Tout ce que le blason a de formes étranges,
m LES CHANTS DU CRÉPUSCULE.
De léopards ailés, d'aigles et de griSons,
Tourbillonne autour d'eux, se cramponne aux plafonds,
Se tord dans l'arabesque entre leurs pieds jetée,
Plonge un bec familier dans leur coupe sculptée.
Et suspend aux lambris maint drapeau rayonnant.
Qui, des poutres du toit jusqu'à leurs fronts traînant.
Les effleure du bout de sa frange superbe,
Comme un oiseau dont l'aile en passant touche l'herbe.
Et, comme à ce banquet tout résonne ou reluit. On y croit voir jouter la lumière et le bruit.
La salle envoie au ciel une rumeur de fête. Les convives ont tous une couronne en tête, Tous un trône sous eux où leur orgueil s'assied, Tous un sceptre à la main, tous une chaîne au pied ; Car il en est plus d'un qui voudrait fuir peut-être, Et l'esclave le mieux attaché, c'est le maître !
Le pouvoir enivrant qui change l'homme en dieu ; L'amour, miel et poison, l'amour, philtre de feu, Fait du souffle mêlé de l'homme et de la femme, Des frissons de la chair et des rêves de l'âme; Le plaisir, fils des nuits, dont l'œil brûlant d'espoir Languit vers le matin et se rallume au soir; Les meutes, les piqueurs, les chasses eâ"rénées Tout le jour parles champs au son du cor menées; La soie et l'or; les lits de cèdre et de vermeil, Faits pour la volupté plus que pour le sommeil. Où, quand votre maîtresse en vos bras est venue, Sur une peau de tigre on peut la coucher nue ; Les palais effrontés, les palais imprudents Qui, du pauvre enviés, le font grincer des dents ; Les parcs majestueux, pleins d'horizons bleuâtres, Où l'œil sous le feuillage entrevoit des albâtres. Où le grand peuplier tremble auprès du bouleau,