‹ Les feuilees d'automneChapitre 7 sur 60 · A UN VOYAGEUR · texte numérisé non relu

A UN VOYAGEUR

L'une partie du monde ne sait point comme l'autre vit et se gouverae.

PBILIPPB DS COMMIKBS.

Ami, vous revenez d'un de ces longs voyages

Qui nous font vieillir vite et nous changent en sages

Au sortir du berceau.

De tous les océans votre course a vu Tonde, Hélas! et vous feriez une ceinture au monde

Du sillon du vaisseau.

Le soleil de vingt cieux a mûri votre vie. Partout où vous mena votre inconstante envie,

Jetant et ramassant, Pareil»au laboureur qui récolte et qui sème. Vous avez pris des lieux et laissé de vous-même

Quelque chose en passant;

Tandis que votre ami, moins heureux et moins sage, Attendait des saisons l'uniforme passage Dans le même horizon.

Et comme Tarbre vert qui de loin la dessine, A sa porte effeuillant ses jours, prenait racine Au seuil de sa maison.

Vous êtes fatigué tant vous avez vu d'hommes ! Enfin vous revenez, las de ce que nous sommes,

Vous reposer en Dieu.

Triste, vous me contez vos courses infécondes, Et vos pieds ont mêlé la poudre de trois mondes

Aux cendres de mon feu.

Or, maintenant, le cœur plein de choses profondes, Des enfants dans vos mains tenant les têtes blondes,

Vous me parlez ici, Et vous me demandez, sollicitude amère ! — Où donc ton père? où donc ton fils? où donc ta mère?

— Ils voyagent aussi 1

Le voyage qu'ils font n'a ni soleil ni lune ; Nul homme n'y peut rien porter de sa fortune,

Tant le maître est jaloux!

Le voyage qu'ils font est profond et sans bornes. On le fait à pas lents, parmi des faces mornes,

Et nous le ferons tous !

J'étais à leur départ comme j'étais au vôtre.

En diverses saisons, tous trois, l'un après l'autre,

Ils ont pris leur essor.

Hélas 1 j'ai mis en terre, à cette heure suprême, Ces tètes que j'aimais. Avare, j'ai moi-même Enfoui mon trésor.

Je les ai vus partir. J'ai, faible et plein d'alarmes, Vu trois fois un drap noir semé de blanches larmes Tendre ce corridor ;

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