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CHAPITRE FIV

Les rapports des syndicats de feuillardiers avec la Bourse du travail de Limoges. — L'esprit des syndiqués. — L'œuvre de solidarité. — La propagande. — L'action des syndicats sur ses membres et sur les non syndiqués. — L'intervention du syndicat dans les procès des ouvriers avec les patrons. — L'amélioration du salaire par les tarifs syndicaux.

L'action des syndicats s’est manifestée dès le début, grâce à l’activité de leurs administrateurs, au dévouement de leurs membres et aux concours qui leur vinrent du dehors, particulièrement de la Bourse du travail de Limoges. Celle-ci existait déjà plusieurs années avant l’organisation des syndicats d'ouvriers feuillardiers. Dès les premiers jours, au commencement de l’année 1900, le Syndicat de Saint-Yrieix donnait son adhésion à la Bourse du travail, puis ce fut le tour des syndicats de Lanouaille en 1901, de Saint-Hilaireles-Places, de Lastour en 1904 ; enfin le Bureau central y adhéra et avec lui les Syndicats de Jumilhac-le-Grand et de la Roche-l’Abeille, seul le Syndicat de Châlus n’a jamais voulu y adhérer, et les délégués de la Bourse du travail y furent mal reçus.

La Bourse du travail à envoyé souvent des délégués dans ces différentes localités pour prendre part aux réunions syndicales des feuillardiers, mais elle n’a pas le plus sou-

vent conservé son caractère strictement corporatif et ouvrier, pour semer des idées de révolte et de haine sociales chez les paysans limousins. Elle n’a jamais rien fait d'utile chez les feuillardiers pour la défense de leurs intérèêts individuels et professionnels ; elle a suggéré aux syndicats quelques idées sans intérêt telles que la journée de 8 heures, la fête du 1° Mai, la grève générale, elle n’a d’ailleurs eu aucun succès de ce côté; elle a fourni au syndicat des conférenciers, c’est le seul avantage qu’elle leur ait procuré, avantage bien modeste, car il s’est réduit en vains discours. C’est ainsi que, le 4 février 1906, le Syndicat de Saint-Yrieix décidait qu'une tournée de propagande, étudiée par le Bureau central avec le concours de la Bourse du travail, serait faite dans la région de Saint-Yrieix. Les syndicats envoient aussi leurs délégués à la Bourse du travail pour participer aux décisions qui s'y prennnent touchant les intérêts généraux de la classe ouvrière. La cotisation à la Bourse du travail, d’abord de 18 fr., est aujourd'hui de 12 fr.

Lorsque le Bureau central s’est constitué en 1905, il avait été décidé, sur la proposition des délégués de la Bourse du travail, d’après l'article 15, que, en cas de dissolution du Bureau central ne pouvant être prononcée que par la moitié plus un des adhérents présents, les fonds en caisse seraient versés en dépôt à la Bourse du travail et serviraient à la constitution d’un nouveau syndicat. Quelque temps après, cette disposition fut changée et il fut arrêté qu’en cas de dissolution les fonds seraient versés à la dernière section existante et non à la Bourse du travail.

À la fin de l’année 1906, la Bourse du travail de Limoges eut des démélés avec le conseil municipal de cette ville. Celui-ci laissait à sa disposition le local de la Bourse avec un concierge choisi et payé par lui, mais supprimait sa subvention annuelle de 9,000 francs, sous prétexte que, en dehors des attributions normales de la Bourse, certaines dépenses avaient. été faites, telles que des achats d’insignes pour le 1% mai, des numéros du Pioupiou de lYonne et de la Vorëx du Peuple, ete. Certains déclaraient que « les deniers des contribuables ne devaient pas être mis à la disposition de recéleurs de fusils, de gréviculteurs et prècheurs de guerre civile ».

La Bourse du travail de Limoges n'accepta pas cette situation, particulièrement de rester dans un local où elle aurait un concierge choisi par le Conseil municipal, qui remplirait dans son poste « le rôle que l’on devine ». Elle adressa un appel à tous les travailleurs syndiqués, et aux syndicats adhérents pour leur demander de faire « l'effort pour instaurer pour leurs besoins une Bourse du travail, d'où ils ne pourront être chassés et qui leur permettrait non seulement d’abriter leurs syndicats, mais où ils trouveront pour euxmêmes un asile sùr et un lieu où ils pourront se réunir en toute liberté pour la défense de leurs intérêts et travailler à leur émancipation ». L'ancienne Bourse du travail se constitua dès lors en Bourse du travail libre, à côté de la Bourse du travail municipale. Les syndicats de feuillardiers répondirent à l'appel de la Bourse du travail de Limoges, et notamment le Syndicat de Saint-Yrieix vota dans la séance du 1° no-

vembre 1906 l’ordre du jour suivant : « Les ouvriers feuillardiers adhérant à la Bourse du travail de Limoges, réunis en assemblée générale le 1% novembre 1906, vote à l'unaninimité que vu la décision du Conseil municipal de Limoges pour le vote du 5 novembre 1906, où le prolétariat tout entier se trouve atteint, autorise les camarades de Limoges à rechercher un immeuble où une bourse du travail sera formée et alimentée par les ouvriers eux-mêmes, vote un bläme au Conseil municipal patronal et capitaliste de Limoges ».

Nous voyons ainsi les rapports très fréquents et très cordiaux qui existent entre les syndicats de feuillardiers et la Bourse du travail, et nous pouvons constater que ceux-ci ne restent pas en dehors du grand mouvement syndicaliste si vigoureusement poussé par les organisations ouvrières actuelles, et particulièrement par la Confédération générale du travail. Nous en trouvons encore la preuve dans l'affiche suivante qui fut placardée dans les différentes localités où il

existe des syndicats de feuillardiers :

DES OUVRIERS FEUILLARDIERS DU CENTRE Bureau central à SAINT-YRIEIX

Par décision de toutes les sections adhérant au Bureau central : SAINT-YRIEIX, LANOUAILLE, CHaALus, Lasrours, SAINT- HiLAIRE-LASTOURS, JUMILHAC-LE-GRAND,

Le Bureau central ne considère comme syndiqués que les Ouvriers Feuillardiers qui sont inscrits dans les Sections cidessus.

Les autres Syndicats de Feuillardiers sont JAUNES. De par ce fait, ils deviennent nuisibles à toute la Corporation.

Les Bourses du Travail, la Confédération générale du Travail siégeant à Paris REFUSERONT TOUT SECOURS AUXDITES SECTIONS JAUNES.

TRAVAILLEURS ! Venez à nous, ne restez pas en dehors de notre organisation ; nous avons pour nous les TRAVAILLEURS DU MONDE ORGANISÉ.

MÉFIEZ-VOUS DES HOMMES A GRANDES POCHES dont la vanité et l’orgueil ont fait de véritables Desorganisateurs de notre Corporation.

Pour le Bureau central et par ordre, Le Secrétaire général.

(Vu et approuvé par le Comité général de la Bourse du Travail de Limoges.)

Il serait sans doute exagéré de dire, quoique nous nous trouvions en face de syndicats rouges de feuillardiers, que l'idée révolutionnaire ait pénétré chez ceux-ci. Les ouvriers feuillardiers ont simplement pris conscience de leurs droits, mais ce ne sont pas des révoltés et des haineux, car le paysan limousin est doux, timide même, et les exaltés n'auront pas raison de leur caractère. Ils ne sont pas, de parti pris et quand même, entrés en lutte contre le patronat, comme cela existe dans certains milieux ouvriers, ou peut-être même chez un des secrétaires d’un des syndicats de feuillardiers qui, dans une de ses lettres, parlait « de culbuter la masse

capitaliste ». Ils demandent simplement au patron de les traiter avec bienveillance et justice : « Nous avons des patrons, nous disait l’un d'eux, très convenables, qui nous peyent même plus que le tarif syndical; s'ils étaient tous ainsi, nous ne nous plaindrions pas ». Comme l'idée de justice, l’idée de solidarité a fait bien des progrès depuis l'apparition du mouvement syndical, et ce sera un des bienfaits du syndicat d'avoir arraché au paysan limousin son égoïsme naturel.

Dans les syndicats de feuillardiers, nous ne trouvons pas de caisse de secours pour leurs membres; par contre, dans bien des circonstances, ils ont alloué des secours à des camarades victimes d'accidents, soit à des camarades grévistes d'autres corporations. Dans la réunion du 20 avril 1902 du Syndicat de Saint-Yrieix, 1l fut décidé qu'on allouerait 10 francs aux camarades dont la cabane viendrait à brüler, plus 3 francs par tète d'enfant, à condition d’en faire la demande et d’être à jour pour les cotisations. La demande serait soumise à l'assemblée générale qui en déciderait, après avoir pris tous ses renseignements à ce sujet. Gette indemnité fut portée à 15 francs un an plus tard. De fait, le chiffre de l’indemnité a beaucoup varié et nous en voyons depuis 18 francs jusqu'à 50 francs. Toutes les fois que des demandes de secours parviennent, ceux-ci ne manquent jamais d'envoyer à leurs camarades grévistes des secours de », 10 et 20 francs. Actuellement, toutes les listes de souscription passent par le Bureau central qui les fait parvenir aux sections. Lors de la constitution du Bureau

central en 1905, on proposa d'établir le « sou du soldat », c'est-à-dire de donner une allocation au jeune soldat dans le but de « maintenir en lui des relations de camaraderie et de lui rappeler qu’en toutes circonstances, il ne doit pas oublier qu'il est un travailleur », la proposition ne fut pas adoptée uniquement à cause du manque de ressources. Des collectes furent faites dans tous les syndicats lors de la catastrophe de Gourrières pour être envoyées aux veuves et orphelins des victimes. Lors des fameuses grèves de Limoges en 1905, les feuillardiers se solidarisèrent avec les grévistes, et le Syndicat de Saint-Yrieix vota l'ordre du jour suivant : « Les feuillardiers de Saint-Yrieix réunis en Assemblée générale le dimanche 30 avril 1905 envoient à leurs camarades de Limoges, pour témoigner de leur énergique solidarité avec eux, leur plus profond sentiment d’admiration pour leur triomphe remporté, et leur plus profond mépris pour M. Haviland, le promoteur du désordre ». Ge sentiment d'union et de solidarité s’est d’ailleurs manifesté par l'organisation même que les feuillardiers se sont donnée, leurs différents syndicats sont aujourd’hui groupés et ont compris la nécessité de concentrer leurs efforts vers un but d'intérèt commun.

Le contact entre ces divers groupes et les membres qui les composent est difficile, il ne peut se produire d'une façon continue, puisque les feuillardiers travaillent dans des localités éloignées souvent les unes des autres. Pour favoriser les rapports qui devraient exister entre ces divers syn-

dicats, le Bureau central envoie assez régulièrement des POL DE CORBIER: 10

délégués dans les différentes réunions des sections pour maintenir et développer l'union corporative, il fait souvent des tournées de propagande syndicale, et le manque de ressources seul empêche de les faire plus nombreuses. Aujourd’hui l’action des syndicats n'est plus divisée, mais au contraire elle est une, comme nous l'avons vu en parlant de l’organisation syndicale actuelle des feuillardiers, malgré les dissentiments du moment que nous avons signalés mais qui se dissiperont certainement bien vite.

L'union entre les divers syndicats de feuillardiers ne serait pas suflisante, si elle n'existait d'abord chez les syndiqués eux-mêmes, aussi les syndicats veillent-ils à ce que chacun de ses membres ne manquent à leurs devoirs syndicaux. C’est pourquoi ils ont établi dans leurs statuts que « tout membre qui aura commis des actes portant atteinte au bon fonctionnement du syndicat et qui empècherait par ce motif les délibérations de l'assemblée pourra être exclu par un vote de cette même assemblée, après qu'il aura été admis à se défendre ». Bien des exclusions ont eu lieu pour différentes raisons, non paiement des cotisations, ou acceptation d'un tarif inférieur au tarif syndical, par exemple. Ainsi à Saint-Yrieix, en 1905, le secrétaire général du Syndicat fut accusé d’avoir fait des marchandises pour le compte d’un marchand de bois à un prix inférieur au tarif syndical ; une commission d'enquête fut nommée pour examiner les faits, et reconnut le non-fondé des reproches adressés au secrétaire du Syndicat. Il en fut tout autrement à Lanouaiïlle en 1903, où le secrétaire fut accusé, comme

nous l'avons vu, des mêmes griefs et d'une façon justifiée, et fut l'objet d’un vote de blâme de l'assemblée générale du Syndicat, qui l’obligea à quitter le Syndicat. L'ancien secrétaire général du Syndicat de Saint-Yrieix fut accusé d’avoir trahi les intérêts de la cause ouvrière, le 2 décembre 1906 l'assemblée générale du Syndicat de Saint-Yrieix le raya de son registre d'adhésions pour « atteinte portée au mouvement de la grève », parce qu’ « ayant donné sa démission de secrétaire général, et depuis n'ayant voulu faire partie d'aucune commission et n'ayant jamais voulu accepter la présidence dans aucune réunion, il la prise le jour où MM. les patrons étaient présents, et dans cette réunion au lieu de défendre ses camarades il n’a fait que les combattre, et a défendu les patrons contre les intérêts ouvriers ». Des mesures sont prises contre les syndiqués qui sont en retard pour payer leurs cotisations, entre autres ils n'ont pas droit à l'indemnité de feu en cas d'incendie de leur cabane.

Les rapports entre les syndiqués et les non-syndiqués sont assez tendus, nous avons vu dans les grèves les nonsyndiqués maltraités par les grévistes, qui brülèrent leurs cabanes et brisèrent leurs outils. Ces faits se produisent bien encore quelquefois en dehors des grèves, et des violences sont commises plus d’une fois à l'égard des non-syndiqués, il est même arrivé que les syndiqués se livrèrent à ces excès à l'égard d’autres syndiqués, parce qu'ils ne les croyaient pas tels, le Syndicat leur alloua alors un petit secours à titre d’indemnité. À la réunion du Syndicat de Saint-Yrieix du 6 mai 1906, sur certains propos malveillants tenus par

des feuillardiers, le secrétaire « défendit absolument aux syndiqués de porter atteinte à la liberté du travail, et les engagea de tâcher d'amener leurs camarades non syndiqués à l’union syndicale par une bonne propagande, et non par des voies de fait entravant leur travail, car non seulement ce serait porter tort à leur camarade, mais ce serait porter atteinte à l’union syndicale ». Dans plusieurs syndicats il fut décidé qu’on devrait obliger, au besoin par les moyens violents, les marchands de bois à signer l'engagement de ne donner aucun travail à un ouvrier non syndiqué, à la réunion de la Section de Saint-Yrieix le 21 octobre 1906, nous avons vu qu'un des marchands de bois promit mème en son nom et au nom de certains de ses collègues d'employer de préférence les ouvriers syndiqués.

Les syndicats sont intervenus dans plusieurs procès qui eurent lieu entre feuillardiers syndiqués et les marchands de bois, mais les ouvriers n’ont jamais eu gain de cause. Les conflits sont portés devant la justice de paix, aussi n’y ont-ils que peu de confiance, et les faits leur ont donné raison, nous en avons plus haut cité un exemple, il est probable que s'ils avaient affaire à une juridiction plus compétente et plus indépendante en pareille matière, ils auraient pu triompher plus aisément et ils auraient pu porter plus souvent devant les tribunaux des difficultés que le mauvais vouloir des marchands de bois avait créées. Que de fois le feuillardier à eu et a encore à se plaindre de l’injustice du marchand de bois dans ses règlements de compte! Et que de fois n’ont-ils osé les poursuivre par crainte des

frais à venir et du peu d'efficacité du résultat à atteindre. C'était là l'œuvre principale à laquelle devait s'attacher le syndicat pour défendre les intérêts professionnels de ses membres, et s’il ne l’a pas fait c'est surtout à cause du manque de ressources. Au mois d'avril 1903 le secrétaire général du Syndicat de Saint-Yrieix fut délégué auprès d’un marchand de bois de la commune de Château-Chervix pour traiter à l'amiable avec lui, dans l'intérêt de ses camarades, auxquels le marchand de bois donnait deux francs par mille en moins du tarif syndical. L’entente ne put se faire, et un des ouvriers lésés engagea un procès : la question qui se posait était la suivante, le demandeur réclamait le paiement de son compte fixé d'après les tarifs syndicaux et le défendeur ne voulait payer que les prix qu’il avait donnés à certains de ses ouvriers. Or, il n’y avait eu, d’une part, aucune convention spéciale entre le marchand de bois poursuivi et ses ouvriers, d'autre part, les tarifs syndicaux ne résultaient pas de conventions écrites, enregistrées, qui permettent de les produire de justice, cependant dans le cas actuel la preuve à faire par le demandeur pour établir le montant de sa créance aurait pu se faire par témoins, puisqu'il ne s'agissait que d’une somme de 105 francs. Le juge n’en tint pas compte. Par ailleurs, on ne pouvait invoquer la tacite reconduction, car les prix payés avant 1903 par le défendeur avaient été ceux du syndicat, mais il y avait dans le travail du feuillardier une interruption de plusieurs mois, puisque ce travail se fait par campagne annuelle de huit à neuf mois. Le juge pouvait donc user de son pou-

voir d'appréciation pour rendre sa sentence conforme à l'équité : il se basa, pour cela, sur « les prix offerts par le défendeur aux autres ouvriers, et que ceux-ci ont d’ailleurs acceptés », sauf quelques-uns. Le juge devait s’en rapporter aux usages des lieux et non pas aux prix d’un seul marchand de bois, et dans l'espèce, les usages qui auraient fait loi étaient certainement les prix syndicaux. Le demandeur, qui n’était d’ailleurs que le porte-paroles du syndicat, voulut faire appel, la procédure fut commencée, mais il fut obligé d'y renoncer, pour éviter des frais trop considérables. Au mois de janvier 1907, le secrétaire général du Syndicat de Saint-Yrieix intervint pour appuyer la demande d’un ouvrier syndiqué qui réclamait, en justice de paix, à son patron, le paiement de la somme de 42 francs, montant de reliquat de compte et de la valeur des débris que le marchand de bois avait pris. Le secrétaire du Syndicat ouvrier et le demandeur prétendaient que les débris devaient lui être payés, parce que d'après les conditions syndicales acceptées par le patron « les débris doivent appartenir à l’ouvrier, mais le patron peut les garder après s'être entendu sur le prix avec l'ouvrier ». Le marchand prouva qu'il avait payé plus cher ses ouvriers afin de garder les débris, et par suite, qu'il ne devait aucun prix spécial pour ceux-ci. Le feuillardier fut débouté de sa demande et au lieu de toucher 2 francs qu'il réclamait, ou tout au moins les 21 francs que lui offrait son patron, il dut se contenter, après avoir payé les frais, de toucher 2 fr. 45.

Les inconvénients que présente pour les feuillardiers le

recours devant les tribunaux ordinaires les ont empêchés bien souvent d’y avoir recours, et ils ont considéré la grève comme un moyen plus efficace, d'autant plus que, si la plupart des marchands de bois ont montré bien peu d’empressement à régler les difficultés avec leurs ouvriers devant les juges de paix, certains de ceux-ci n’ont pas fait preuve de meilleure volonté pour arriver à la conciliation. Les différends pourront bientôt se résoudre plus facilement, car un Conseil de prud'hommes doit être créé dans l'arrondissement de Saint-Yrieix : le Syndicat de feuillardiers a mis plus de trois ans à obtenir ce résultat. Malgré l'avis favorable de la Chambre de commerce de Limoges le Ministre de la Justice refusa d'accéder à la demande du Syndicat, vu le peu d’électeurs et le petit nombre de conflits, mais sur la démarche faite par des délégués du Syndicat auprès du Préfet de la Haute-Vienne, celui-ci s’adressa au Ministre du Commerce qui fit enfin droit à cette revendication. Le Conseil de prud’hommes n'a pas encore été constitué, et son fonctionnement permettra vraisemblablement de donner une solution pacifique aux conflits patronaux et ouvriers.

L'œuvre la plus efficace du Syndicat aura été jusqu'ici l'amélioration constante et très sensible du salaire depuis 1900 jusqu’à aujourd’hui. Les prix de la façon, en effet, ont augmenté dans ce laps de temps d’environ 25 à 30 0/0, et actuellement le feuillardier, comme nous l'avons vu, peut se faire des journées normales de 3 francs, alors qu'auparavant il gagnait environ 2 francs. Le tableau suivant permettra d'apprécier l'augmentation des prix de la main-d'œuvre depuis 1900 jusqu’en 1906 :

Marchandises

DÉVANESS oo «

Carrassonnes :

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