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La diminution énorme, de plus des 2/3, que l’on cons-
tate dans la production du feuillard en Italie, en Belgique
et en Hollande, ne correspond pas à une égale réduction de
la production du feuillard dans ces pays, mais à un dépla-
cement de sa consommation, car ceux-ci font encore ac-
tuellement une grosse concurrence au feuillard français,
non plus en France, mais à l'étranger. Cette situation est due aux droits de douane établis en France sur le feuillard à partir de 1888, puis la loi du 11 janvier 1892 à taxé les bois feuillards de 2 fr. 50 en tarif général et 1 fr. 25 en tarif
minimum les 100 kilos. Ainsi les droits perçus ont été en 1888 depuis 30,000 francs jusqu’à 42,000 francs en 1902 ; depuis, les droits ont baissé par suite de l'importation moins forte, et aujourd’hui ils se montent à une somme de 25,000 francs environ. Ce système douanier a beaucoup favorisé en France le commerce intérieur du feuillard, mais il est très funeste à l’exportation, car les pays qui importaient autrefois du feuillard en France ont dû se créer des débouchés ailleurs, faisant ainsi concurrence à l’exportation française.
L'Italie particulièrement est pour la France la concurrente la plus redoutable dans le commerce des feuillards, car elle possède beaucoup de bois taillis de châtaigniers ; elle est d'autant plus à craindre que la destruction des bois de châtaigniers qui s’est faite pendant une quinzaine d’années, de 1875 à 1890, est aujourd'hui enrayée par les soins du gouvernement italien ; en effet, celui-ci a créé un service de pépinières de châtaigniers qui délivre gratuitement aux particuliers des plants sur demande faite sur papier timbré, indiquant avec la localité, l'altitude, l'exposition, les qualités du sol.
Voici le mouvement des plants délivrés, dont le nombre s'accroît chaque année :
1890. . . . 288.785 plants. 1895. . . . 311.286 plants. 1891. . . . 189.531 — 1896. . . . 507.093 — 1892: . .. . 252.870. — 1897... 378.185. — AS OS IMHOeO— LONS EN 20 2 1894. 266.584 — 1899... 495.805 —
Au total, pour les dix années, 3,271,181 plants (1).
Dans les pays autres que la France, dont nous avons parlé, l'exploitation du bois de châtaignier en vue du feuillard n'est pas actuellement en voie de décroissance.
En France, les châtaigniers n'existent guère dans le Nord et dans l'Est, à peine en trouverait-on dans quelques départements, comme l'Alsace autrefois, l'Aisne, l'Ain et la Saône-et-Loire; par contre il est très abondant dans le Centre et le Midi. Mais dans beaucoup de régions on laisse vieillir le châtaignier, et les châtaigneraies sont plus nombreuses que les bois taillis de châtaignier, les premières en vue de la récolte des fruits ou des extraits tanniques, et les seconds servant aux différents bois de fente. Ce dernier mode d’exploitation se fait quelque peu dans certains départements du Midi, tels que la Lozère, l'Ardèche, le Gard, les Pyrénées-Orientales, l'Aude, les Hautes-Pyrénées, les Landes, le Gers, la Gironde et la Corse ; dans les autres départements du Midi où il y a des châtaigniers, on récolte uniquement la châtaigne. D'après l'enquête que fit en 1898, dans 42 communes de l'Aude, M. Barbut, professeur départemental d'agriculture (2), il relevait environ 2,200 hectares de bois de châtaigniers, dont 1,197 en taillis et le reste en châtaigne-
raies ; les taillis étaient exploités à 6 et 7 ans, ou à 20:ans:
(1) V. Le Châtaignier el sa crise, par Louis Mangin, opuscule publié par la Revue de Viticulture en 1904.
(2) V. Culture el Maladies du chälaignier dans l'Aude, par -Barbut, Carcassonne, 1898.
18 0/0 étaient débités en bois de futailles, 18 0/0 en cercles, 23 0/0 en tuteurs, 4 0/0 en clôtures. C’est donc environ 500 hectares exploités dans cette contrée en cercles, lattes et échalas, c'est-à-dire 70 à 80 hectares par an, c'est peu de chôse. En Corse, les bois de châtaigniers sont considérables, mais ils sont vieux et servent surtout aux industries tanniques, qui sont très importantes dans ce département.
Dans le centre de la France, il existe aussi beaucoup de bois de châtaigniers, dont un certain nombre en taillis, notamment en Auvergne et en Bourbonnais, en Sologne, en Beauce jusque dans certains environs de Paris, comme à Montmorency. Dans les Cévennes, il y a dans les taillis de châtaignier ce qu’on appelle le « jhourghieiro » ou « ceouclieiro », c’est l'aménagement de la surface boisée en sept parties, de façon à avoir une coupe tous les ans, le taillis se coupant à 7 ans.
Plusieurs départements de la Bretagne sont assez riches en châtaigneraics, mais il y à peu de taillis ; ceux-ci se trouvent plus bas dans la Loire-Inférieure, la Vendée, le Maineet-Loire. La Vendée surtout débite une certaine quantité de feuillards et d'échalas.
Dans plusieurs départements de l'Est, on fait beaucoup de cercles avec du feuillard de noisetier et de cornouiller, mais ceux-ci sont loin de valoir ceux de châtaignier, car ils sont moins forts et moins résistants : on exploite cet arbre à 7, 10 ou 15 ans, les perches ont de 0" 08 à 0" 20 de circonférence et 1" 65 de longueur, c’est-à-dire qu'on ne peut guère employer les cercles de noisetier que pour les petits
Poz DE CORBIER 2
füts et les barils. Les départements qui fournissent le plus de coudrier sont la Haute-Marne, la Côte-d'Or, la Meuse, le Jura, les Ardennes, la Marne et la Haute-Saône.
La région de la France qui fournit incontestablement le plus de bois de fente de châtaignier et des feuillards principalement est le Limousin et le Périgord. Gette région comprend une partie de la Haute-Vienne, de la Dordogne et de la Corrèze, ce sont les arrondissements de Saint-Yrieix et de Nontron en entier, les cantons de Saint-Mathieu et d'Oradour-sur-Vayres dans l'arrondissement de Rochechouart, et les cantons d’Uzerche et Lubersac dans la Corrèze. Dans toute cette région, les bois taillis de châtaignier sont nombreux, mais très disséminés et formant généralement des massifs de peu d'étendue. Il y en à cependant quelques-uns d'assez considérables, tels que les forêts de Lastours, de Vieillecour et la Forèt-Vieille qui peuvent avoir ensemble 500 à 600 hectares, et la forêt des Cars qui en a 140 environ. Le centre le plus important de cette exploitation est Saint-Yrieix; ses quatre cantons, Saint-Yrieix, Chàlus, Nexon et Saint-Germain-les-Belles, sont peuplés de châtaigneraies, de châtaigniers isolés et surtout de taillis de chàtaignier, ces derniers sont généralement très vigoureux, très fournis, les souches y sont serrées et les perches très nombreuses. 11 en est de mème dans tout l'arrondissement de Nontron, dans les cantons de Bussière-Badil, Saint-Pardoux, Jumilhac-le-Grand et Lanouaille. Mais au nord de Saint- Yrieix, du côté de Rochechouart, dans les cantons d'Oradour-sur-Vayres et de Saint-Mathieu, les taillis sont moins
vigoureux et moins fournis ; au sud de Saint-Yrieix, dans la Corrèze, il y a encore beaucoup de taillis de châtaignier, principalement dans les cantons de Lubersac, Uzerche et Vigeois, mais ils sont souvent mélangés au chène et bien moins productifs. En définitive, la région d'ensemble du Limousin et du Périgord, où se fait l'exploitation des taillis de châtaignier en bois de fente, aurait pour points extrèmes Excideuil, Nontron, Bussière-Badil dans la Dordogne, Oradour-sur-Vayres, Nexon, Saint-Germain-les-Belles dans la Haute-Vienne, et Uzerche et Vigeois dans la Corrèze.
Les limites que nous venons ainsi d'établir n’ont rien d’absolu, et en dehors d'elles il existe encore, dans les régions avoisinantes, des taillis de châtaigniers, où l’on fabrique des feuillards et des échalas, mais leur production en est assez peu importante, car ces taillis sont peu denses et très disséminés. Nous citerons par exemple : dans l'arrondissement de Limoges, le canton d’Aixe-sur-Vienne, où l’on fait quelque peu d'échalas et de feuillards, le canton de Saint-Léonard, où les taillis sont mélangés de chênes, de bouleaux et de châtaigniers ; on les exploite à l’âge de seize ou dix-huit ans et on fait, des perches de châtaignier qui s’y trouvent, principalement des carrassonnes et des échalas. La région du Sarladais, c’est-à-dire l’arrondissement de Sarlat, dans la Dordogne, est assez riche en taillis de châtaigniers, mais leur production est bien inférieure à ceux des arrondissements de Saint-Yrieix et de Nontron.
Dans certaines parties des arrondissements de Limoges et de Rochechouart, on donne au bois de châtaignier une autre
destination : on fait, des jeunes rejets, des lames de bois excessivement minces, avec lesquelles on confectionne des paniers, des claies, des berceaux d'enfants, des fauteuils, etc. Ainsi, près de Limoges, dans le canton de Feytiat, dans un petit village, au Mas-Gautier, il y a plus de cent familles qui se livrent à cette industrie très simple et assez lucrative.
Le total des bois taillis de châtaignier, dans toute la région d'ensemble dont nous avons parlé, peut ètre évalué à 30,000 hectares, ce qui fait des coupes annuelles sur une étendue d'environ 3,000 hectares : c’est une surface énorme qui peut donner une quantité considérable de bois de fente (1).
L'âge des coupes y est très variable, elles se font depuis 5 ans jusqu'à 16 ans et plus. Cependant, d’une façon générale, dans les cantons de l'arrondissement de Saint-Yrieix, elles ont lieu entre 8 et 10 ans ; dans le canton de Châlus on coupe le bois très jeune, à 7 et 8 ans, et on y fait principalement aujourd'hui, et depuis longtemps déjà, du feuillard et de la dague; il v a actuellement, à Saint-Yrieix, une tendance à faire les coupes de plus en plus rapprochées ; il ya plusieurs années, on les faisait le plus souvent entre 12 et 16 ans, aujourd'hui, celles de 14 et 16 ans pour
l’échalas et la carrassonne sont rares, parce qu’on trouve un
(1) V. les rapports adressés en 1902 au Ministère de l’Agriculture par les préfectures de la Haute-Vienne, de la Dordogne et de la Corrèze, au sujet de l'enquête faite sur le châtaignier dans ces départements. On y relève les chiffres de 13,000 hectares pour les bois taillis de châtaignier dans la Haute-Vienne, et 25,000 hectares pour la Dordogne.
débouché plus facile pour le feuillard et la dague. L'échalas et la carrassonne de châtaignier du Limousin se vendent difficilement par suite de la crise viticole d’une part, et de la concurrence d'autre part, faite par les autres bois avec lesquels on fabrique ces marchandises, qui atteignent des prix moins élevés. On en fait plus spécialement dans certaines parties de l'arrondissement de Nontron, où les coupes se font à 14 et 16 ans. Dans la Corrèze également, où les taillis sont exploités aux mêmes âges qu'à Nontron, on leur donne la même destination. On fait aussi un peu dans toute la région des lattes de couverture ou de treillage. Nous verrons d’ailleurs plus loin les différentes marchandises fabriquées avec le bois taillis de châtaignier.
Il est très difficile de donner une idée de la productivité de ces taillis, car elle varie beaucoup suivant la nature du sol, lexposition du bois, son âge, ses qualités, les soins qu'ils reçoivent cependant, un bon hectare de taillis, dont la coupe se fait tout les 8 ou 10 ans, peut avoir facilement 5 à 6,000 perches, à raison de 7 à 8 par cépée en moyenne, celles-ci étant de 700 à 800 par hectare. Certains peuvent donner jusqu’à 8,000 perches, comme on en rencontre quelques-uns dans le canton de Saint-Yrieix ; par contre, d’autres n’en fournissent guère que 1,000 en Corrèze notamment, où leurs dimensions sont très variables, leur circonférence peut être au moment de la coupe de 0"12 à 036 à 1 mètre au-dessus du sol, et leur hauteur de 5 mètres à 12 mètres, car on les exploite à 44 et 15 ans, et leur croissance est
très irrégulière, Lorsque les coupes se font entre 8 et 10 ans,
les perches mesurent généralement 8 à 9 mètres de haut et 020 à 0"30 à la base, et elles sont assez homogènes. Les meilleurs taillis pourraient fournir jusqu'à 50,000 feuillards de cercles à lhectare, mais en moyenne il ne faut guère compter que sur 30,000. Ce sont là des données générales sur la productivité des taillis auxquelles nous nous bornerons, car il serait trop long d'entrer dans les détails.
Il n’est pas moins difficile d'établir, et pour les mêmes raisons que précédemment, les prix des coupes de bois ; ainsi, depuis 6 ans jusqu’à 12 ans, ils vont de 150 à 650 fr. La coupe de 4 hectare vaut en moyenne, à 6 ans, 150 à 200 francs ; à 8 ans, 250 francs ; à 10 ans, 300 à 350 fr. ; à 12 ans, 400 à 450 francs ; à 14 ans, 500 francs. L’hectare de bois taillis rapporte donc au propriétaire environ 35 à A0 francs par an. Nous verrons plus loin comment se vendent ces coupes, et quels bénéfices peut réaliser le marchand de bois qui les achète.
Le Limousin ne consomme pas beaucoup de feuillards dans son commerce local, et encore moins d’échalas. On se sert des feuillards surtout pour réparer les vieux fûts, sauf à Limoges, où il se fabrique quelques füts neufs. Dans certaines régions de la Corrèze, où il existe des vignes, ou dans certaines villes où l’on fait des barriques avec du merrain de châtaignier, on utilise une certaine quantité de cercles.
La plupart des feuillards en lattes ou roulés s’en vont à Bordeaux et dans la région bordelaise, qui en consomment la plus grande partie. D’autres sont expédiés dans les
contrées les plus diverses, à Paris, dans le Loiret, en Auvergne, dans l'Est, en Savoie, etc... Il s’en fait aussi une grande exportation, principalement en Angleterre, en Belgique, en Espagne et en Norvège; si l'Angleterre absorbe à peu près les 2/3 des feuillards exportés par la France, cela tient à l'extension de l’industrie de la tonnellerie anglaise, par suite de l'augmentation continue de son commerce, qui nécessite un grand nombre de futailles. Il en est ainsi depuis une vingtaine d'années, et pour se rendre compte de l’importance de l’industrie de la tonnellerie en Angleterre, il suffit de savoir que celle-ci a importé de 1886 à 1891 en moyenne chaque année pour 15,280,000 francs de douves, et ce chiffre n’a pas diminué aujourd'hui. C’est donc là un débouché des plus sérieux, et qui se maintiendra vraisemblablement encore longtemps. Nous donnons à la page suivante les résultats statistiques concernant l'exportation des feuillards français en Angleterre, Espagne, Belgique et Norvège, et dans les Colonies françaises, publiés depuis 1857 jusqu’en 1905 par le Ministère des Finances. Les colonies francaises où se fait cette exportation sont l'Algérie, la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Pierre (1).
(4) V. Tableau général du commerce et de la navigation, de 1827 à 1905, publié par le Ministère des Finances.
tÙ Se
Tableau des exportations du bois feuillard en Angleterre, Belgique, Espagne, Norvège, et aux Colonies françaises, de 1857 à 1905
Années. Pays d'importation.
3° ‘Angleterre. Belgique. Espagne. Norvège. Colonits fs. par 1000 pièces.
ROIS EME 117 280 470 » 2596 1SDO ER 131 894 1278 » 2710 SION 4908 124 3413 » 1967 1S97 500 10719 276 2492 480 3899 18947002 25557 2053 2994 » 1959 par 1000 kilogrammes.
16 FERA 4148 1376 399 603 762 RETOUR T 4719 1500 239 1499 1080 19060 9167 993 146 AT 993 1899000: 5300 819 200 780 1015 1900/%5e 5021 495 239 590 805 190122 7186 1007 269 200 1056 1900 9799 407 388 1450 810 190200 1344 440 1333 29920 11433 HAUTS D4TD 606 447 800 684 LAURE 0199 680 310 1700 450
La moyenne des tonnes de feuillards exportés a été dans ces dix dernières années de 5,649 pour l'Angleterre, 1,007 en Suède et Norvège, 878 dans les Colonies françaises, 825 en Belgique et 395 en Espagne.
La moyenne générale des feuillards exportés de 1827 à 1905, par période de dix ans, est la suivante :
Années.
Quantité des marchandises.
A par 1000 pièces. par tonne.
Valeur.
en francs.
L’exportation du feuillard en France a donc progressé
d'une facon constante ; en comparant, comme nous le fai-
sons ci-dessous,
les chiffres d'exportation
à ceux de l’impor-
tation, nous verrons qu'à partir de 1885 celle-ci est devenue
moins importante que l'exportation, et qu'aujourd'hui elle
n’en atteint que le cinquième :
Années.
te leo ASTOES SR Le 15802 +.
(1) Voici le détail
feuillard de 2 mètres. . . .
ne — 1000 pièces.
( \ feuillard de 2 mètres. . . .
LR
Exportation.
ST 1000 kilos. 1000 pièces.
des feuillards exportés de 1827 à 1846 :
de 2 à 4 mètres. . 3391 — de 4 mètres et plus. 10 — 274 mille pièces.
de 2 à 4 mètres. . 3552 — de 4 mètres et plus. 142 —
172 mille pièces.
Importation.
1000 kilos.
12000 fr.
16000 fr.
Années. Exportation. Importation.
a 74000 pièces, 1000 kilos. 1000 ièces. 1000 kilos. | (ES PRES 11437 » 22496 »
AR ee 43970 » 924393 »
SSSR AE 15615 » 24716 »
ISSN 15529 » QUAFF »
1880 Fe 19551 » 17059 »