‹ Les Feuillardiers du Limousin et leurs syndicatsChapitre 4 sur 26 · OST ETE · texte numérisé non relu

OST ETE

LEO » 10402 » 2499 TOUS RES » 9010 » 2014 LOTS EAN » 9050 » 1995 189. 46e » 8549 » 1842 LR » 9181 » 1993 AO » 9360 » 1800 ASS Ne » 8444 » 2043 1 ne » 8128 » 1900 HO Ne » 8198 » 92984 LODIRETe » 10841 » 2561 1002280022: » 10246 » 2476 1902057 » 14453 » 2119 ODA » 8827 » 13928 LORS » 9926 » 1419

La production du feuillard en Limousin atteint aujourd'hui un chiffre considérable ; elle s’est accrue d’une façon

continue depuis plus de quarante ans, par suite de l’extension des débouchés, de la création des voies ferrées, de la diminution des prix de transport et de la disparition des forges dans la région de Saint-Yrieix, qui absorbaient beaucoup de bois pour faire du charbon.

La presque totalité des feuillards expédiés par le port de Bordeaux viennent du Limousin, et Nantes en reçoit aussi un certain nombre; il est donc intéressant pour nous de connaître les quantités de bois feuillard exportées respectivement par ces deux ports ; voici quels en sont les chiffres

depuis 1893 jusqu'en 1906 (1) :

Années Bordeaux Nantes 100 6. 1.957.214 kg. 3.184.689 kg.

IRON ES 2.102.946 3.343.063 TOMBA nr. 4:9175152 2.947.040 LOUO Peer € 3.210.000 9.450.000 LOI TE 1.978.000 3.870.000 I ÉNRSRRRE 2.410.013 3.008.709 TÉDO 2.138.945 3.510.840 O0 Eure 2.693.672 9.845.163 AOOI TE re 2.763.807 4.688.538 100727 3.143.351 4.148.840 TOUS 5.678.888 4.184.171 AO 2,354.000 2.843.000 TOO 3.643.000 5.203.000 19007 5.461.139 3.525.000

(1) Ces chiffres m'ont été communiqués par la Direction générale des

Douanes.

Les voies ferrées ont beaucoup contribué au développement du commerce du feuillard en Limousin ; avant 1862 il n’y avait aucune ligne de chemin de fer depuis cette époque il existe les deux lignes de Limoges à Brive, par Saint-Yrieix, et de Limoges à Périgueux, par Bussière-(ralant qui ont facilité beaucoup les transports qui se faisaient auparavant sur routes. Il s’est créé, en 1891, un chemin de fer à voie étroite, qui va de Saint-Yrieix à Périgueux et qui, passant dans des régions très boisées, a également beaucoup contribué au développement de l’industrie feuillardière. Mais ces lignes sont encore insuffisantes, et comme certains l'avaient réclamé, il faudrait une ligne transversale pour les régions très boisées qui se trouvent au nord et à l'est de Saint-Yrieix, depuis Saint-Germain-les-Belles jusqu’à Jumilhac-le-Grand.

Il y a trente et quarante ans, il existait à Saint-Yrieix des industries céramiques et métallurgiques importantes, il y avait alors plus de cinquante forges, fours et fourneaux, qui employaient une grande quantité de charbon de bois ; ainsi la statistique de la France de 1808 pour le département de la Haute-Vienne nous donne une idée de la consommation considérable de bois de châtaignier par ces forges de l’arrondissement de Saint-Yrieix : « Les forges, dans leur état actuel, consomment 271,150 myriagrammes de charbon, dont les deux tiers sont composés de châtaignier et le surplus de chène et de hètre » (1). À cette époque, les forges absor-

(1) V. Statistique générale de la France pour le département de la Haute- Vienne, 1808. SRE

baient donc plus de 1,800 tonnes de bois de châtaignier ; plus tard, et jusqu'en 1860-1865, le nombre des forges s'étant accru, le chiffre a dù en être beaucoup plus élevé. Ces industries étaient mal outillées, et elles ont disparu presque toutes par suite de la concurrence ; il fallait donc trouver une autre destination à l'énorme quantité de bois qu’elles absorbaient, ce fut le bois de fente. Il en est de même dans la région de Nontron, où il y avait autrefois plus de soixante forges, fourneaux et fours, et qui n'existent plus aujourd'hui. Ajoutez à cela les terrains impropres à la culture, la cherté toujours croissante de la main-d'œuvre agricole, et vous saurez toutes les raisons qui ont favorisé l'exploitation des bois taillis du Limousin en bois de fente.

Depuis 1870-1875 principalement, cette exploitation s’est développée et a pris une extension très sensible qui a continué jusqu'à aujourd'hui. Mais, tandis qu’au début de cette période et presque jusqu'en 1900, on fabriquait beaucoup d'échalas et de carrassonnes, aujourd’hui et depuis une dizaine d’années il y a tendance à faire davantage le feuillard et la dague. Dans certaines parties de la région de Nontron, où les coupes se font tard, à quatorze et seize ans, on fabrique encore beaucoup l’échalas et la carrassonne, mais, du côté de Châlus et Bussière-Galant, on fait presque exclusivement la dague et le feuillard, et du côté de Saint- Yrieix et Lanouaille, on tend également à en faire plus que de carrassonnes et d’échalas. Cela tient à la création des nouveaux débouchés, tels que l'Angleterre, et à la crise

viticole qui a avili les prix des échalas et en a diminué beaucoup la consommation.

Si l’on se reporte à la statistique de 1808 pour la Haute- Vienne, le chiffre de production des feuillards était alors minime, il était loin d'atteindre celui d'aujourd'hui. « On fait année commune, y lisons-nous, 30,000 meules de cercles, presque tous en bois de châtaignier provenant de la coupe des taillis. L’'arrondissement de Rochechouart est celui qui en donne le plus. Les arrondissements de Limoges et de Bellac en produisent moins. Celui de Saint-Yrieix, qui pourrait en fournir beaucoup par la grande quantité de ses bois taillis, ne s’occupe qu’accidentellement de ce commerce par suite de la difficulté des voies d'exportation, qui ne lui sont ouvertes que lorsque les vins abondent dans le département de la Dordogne.

RE . Il faut environ 6,000 meules de cercles pour l’'entretien des vieilles futailles qu’on emploie dans le département de la Haute-Vienne ; on exporte 24,000 meules dans les pays vignobles ; outre les cercles on tire de la coupe des taillis divers bois fendus pour couvrir les bâtiments, faire les plafonds, contrelatter les torchis à l’extérieur, échalasser les vignes et soutenir les treillages et les espaliers. On convertit annuellement en perches, lattes et piquets environ 16,600 stères » (1).

Si nous prenons les chiffres donnés par un ouvrage de

(1) V. Statistique générale de la France, pour le département de la Haute-Vienne, 1808, p. 475.

1880 (1), nous pouvons déjà constater un développement énorme de l’industrie du feuillard; d’après lui, « les 12,000 hectares plantés exclusivement en châtaignier sont aménagés, savoir : 10,000 hectares à dix-huit ans, en vue de la production du carrasson, à raison de 20 milliers par hectare, et 2,000 hectares à sept ans pour feuillard (bois de cercle), dont le produit est de 30 milliers par hectare. Quant aux 35,000 hectares de mélangé, on peut dire que 45 0/9 environ du peuplement, soit à peu près 16,000 hectares, sont exploités à vingt ans, concurremment avec le chêne et autres essences pour servir spécialement à alimenter les usines à porcelaine à Limoges et à Saint-Yrieix. Le produit de ces 16,000 hectares est à 200 stères à l'hectare pour vingt ans ou 10 stères par an. On peut évaluer de la manière suivante le revenu annuel des bois de châtaignier de la

Haute-Vienne :

Bois de feu : 160.000 stères à 8 fr. 25, 520.000 fr. Carrassonne : 41.100 milliers à 50 fr., 555.000 » Feuillard : 8.600 milliers à 14 fr., 120.000 »

Il faut faire toute réserve sur le prix de 14 fr. le mille de feuillards.

Une autre source de renseignements nous est donnée par la statistique de la Compagnie des chemins de fer d'Orléans : voici quel est le relevé global des tonnages des bois de cons-

(4) V. L'agricullure, les prairies et les irrigalions de la Haute-Vienne, par J.-A. Barral, 1880.

truction expédiés par les gares ci-dessous pendant Îles années suivantes (1) :

Saint-Yrieix . ... . . .. DO03T G324T 45197 4888T 63567 La Couile rs C 0095 4471 4716. 3243 2212 Bussière-Galant, . . .. 3417 4352 3698 3802 3649 LAISSES PER ENS 1163 1392 1594 2672 2641 Coussac-Bonneval. . . . 9311 3706 1797 1459 2465 NOMME TD 107 17020287 CHAUSSEE 2942 1903 942 932 1951 Oradour-sur-Vayre . . . 2208 1714 1864 1623 1189 Pompadour rer 1006 2022 1197 1483 1166 St-Pardoux-la-Rivière. . 973 676 619 NOXON I BEMCRRR EEE 904 4TA 168 390 273 Champsac nn 31% 268 141 426 266

Parmi les bois de construction expédiés par ces gares, il n'y a guère que des feuillards, dagues, échalas, carrassonnes et lattes, car ce sont les gares des localités où l'on fait exclusivement des bois de fente. Il en manque un certain nombre à cette nomenclature, notamment celles de Lanouaille et de Payzac, dont les chiffres sont certainement très importants, et il est bon de faire remarquer que la diminution du tonnage dans les gares de Saint-Yrieix et de la Coquille, depuis 1895 (sauf en 1906 à Saint-Yrieix), vient de la construc-

(1) Ce relevé staiistique m'a été communiqué par la Direction de la Compagnie d'Orléans.

tion de la gare de Lanouaille. Aussi, le chiffre de 24,174 tonnes, constituant le total des bois de fente expédiés par les gares de la région du Limousin et du Périgord, qui nous intéresse, peut être facilement, sans crainte d'exagération, porté à plus de 30,000 tonnes, dont plus de 10,000 pour les dagues et feuillards. Ces chiffres sont pour nous une précieuse Indication, car on peut établir approximativement la part des échalas, feuillards et lattes, quand on sait à peu près la proportion de chacune de ces marchandises expédiées par chaque gare.

D'autre part nous connaissons le chiffre des feuillards exportés par le port de Bordeaux qui se fournit principalement en Limousin, et où la plus importante des maisons de gros pour la vente des cercles débite annuellement 30 millions de cercles, et nous savons qu’à Nantes, à Paris et dans bien d'autres localités il s’'expédie beaucoup de feuillards du Limousin.

Nous savons aussi la productivité en feuillards des taillis de châtaignier du Limousin, et sur quelle surface on les exploite annuellement. Enfin nous avons vu que depuis vingt-cinq ans cette exploitation à augmenté énormément, et que le chiffre de 8,600,000 feuillards donné en 1880 par M. Barral, pour la Haute-Vienne, a au moins doublé aujourd'hui, et il faut y ajouter les feuillards de la Dordogne et de la Corrèze.

M. Lavialle, dans son récent et très intéressant ouvrage sur le châtaignier, dit que «le Limousin fournit actuellement 20,000 meuies. Il en donnait autrefois plus du double,

POL DE CORBIER o

quand le cerclage du feuillard de fer était peu pratiqué » (4). Ces chiffres ont pu avoir de la valeur il y a un siècle, aujourd'hui ils n’en ont plus aucune, et ils constituent une très grosse erreur qu'il est nécessaire de relever. En effet en nous servant de toutes les données que nous avons indiquées plus haut sur la production du feuillard en Limousin, nous pouvons estimer, sans craindre d'exagérer, à plus de 39 millions le chiffre global des feuillards et dagues, roulés ou en lattes, fabriqués en Limousin et en Périgord.

(4) Le Chälaignier, par J.-B. Lavialle, 4906.

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