QUATORZIÈME
Vouloir tout de la vie, amour, puissance et gloire! Être pur , être fier , être sublime , et croire A toute pureté !
A présent j'ai senti , j'ai vu , je sais. — Qu'importe ? Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte
Qui gémit en tournant!
Oh ! que, cet âge ardent , qui me semblait si sombre , A côté du bonheur qui m'abrite à son ombre,
Rayonne maintenant !
Que vous ai-je donc fait, 6 mes jeunes années! Pour m'avoir fUi si vite et vous être éloignées ,
Me croyant satisfait ?
Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles , Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
Que vous ai-je donc fait ?
Oh! quand ce doux passé, quand cet âge sans tache Avec sa robe blanche où notre amour s'attache ,
Revient dans nos chemins , On s'y suspend , et puis que de larmes amères , Sur les lambeaux flétris de vos jeunes chimères
Qui vous restent aux mains !
Oublions ! oublions ! Quand la jeunesse est morte , Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte
A rhorizon obscur.
Rien ne reste de nous; notre œuvre est un problème. L'homme, fantôme errant, passe sans laisser même
Son ombre sur le mur !
Mai i83o.
<tllliuin£thne.
Siititê parvulot fttmr* md me.
Laissez. — Tous ces enfants sont bien là. — Qui vous dit Que la bulle d*anir que mon souflRe agrandit
A leur souffle indiscret s^écroule ?
Qui vous dit que leurs voix, leurs pas, leurs jeux, leurs EiSaroucbent la muse et chassent les péris ?. . . — [ cris,
Venez, enfants,» venez en ft>ule !
Venez autour de moi ; riez, chantez , courez ! Votre œil me jettera quelques rayons dorés ,
Votre voix charmera mes heures.
G^est la seule en ce monde, où rien ne nous sourit, Qui vienne du dehors sans troubler dans Fesprit
Le chœur des voix intérieures !
Fâcheux, qui les vouliez écarter ! — croyez-vous Que notre cœur n^est pas plus serein et ^lus doux Au sortir de leurs jeunes rondes ?
QUllfZItlK. 65
Croyez->vou8 que j*ai peur , quand je vois , au milieu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu , Passer toutes ces télés blondes?
La vie est-elle donc si charmante à vos yeux , Qu'il faille préférer à tout ce bruit joyeux
Une maison vide et muette?
N'ôtez pas , la pitié même vous le défend , Un rayon de soleil, un sourire d'enfant
Au ciel sombre, au cœur du poète.
— « Mais ils s'efiEnceront à leurs bruyants ébats, « Ces mots sacrés que dit une muse tout bas ,
i> Ces chants purs où Tâme se noie !...» — Et que m'importe à moi , muse , chants, vanité, Votre gloire perdue et rimmortalité.
Si j'y gagne une heure de joie!
La beUe ambition et le rare destin!
Chanter! toujours chanter pour un écho lointain!
Pour un vain bruit qui passe et tombe !
Vivre abreuvé de ftel, d'amertume et d'ennuis ! ^xpier dans ses jours les rêves de ses nuits !
Faire un avenir à sa tombe *
Oh ! que j^aime bien mieux ma joie et mon plaisir , Et toute ma famille avec tout mon loisir, -
Dût la gloire ingrate et fk'ivole, Dussent mes vers, troublés de ces ris familiers , S'enfuir, ooimne devant un essaim d'écoliers
Une troupe d'oiseaux s'envole!
Mais non. Âu milieu d'eux risn ne s*^anouit.
L'orientale d'or plus riche épanouit Ses fleurs peintes et ciselées ;
60 LES FBtlLLBS d'aUTOHHB.
La ballade est plus ftralche, et dans le ciel grondant Vode ne pousse pas d*un souflBle' moins ardent Le groupe des strophes ailées !
Je les vois reverdir 'dans leurs jeux éclatants,
Mes hymnes paràimés comme un champ de printemps.
vous, dont rame est épuisée, mes amis! Tenfance aux riantes couleurs Donne la poésie à nos vers, comme aux fleurs
L*aurore donne la rosée !
Venez, enfants !-~Â vous jardins, cours, escaliers ! Ébranlez et planchers, et plafonds, et piliers !
Que le jour s*achèye ou renaisse, Courez et bourdonnez comme Tabeille aux champs! Ma joie, et mon bonheur, et mon âme, et mes chants ' Iront où vous irez, jeunesse !
Il est pour les cœurs sourds aux vulgaires clameurs D'harmonieuses voix, des accords, des rumeurs,
Qu'on n'entend que dans les retraites, Notes d'un grand concert interrompu souvent, Vents, flots, feuilles des bois, bruits dont l'âme en rêvant^
Se fait des musiques secrètes !
Moi, quel que soit le monde, et l'homme, et l'avenir. Soit qu'il faille oublier ou se ressouvenir.
Que Dieu m'afflige ou me console, Je ne veux habiter la cité des vivants Que dans une maison qu'une rumeur d'enfants
Fasse toujours vivante et folle.
De même, si jamais enfin je vous revois, Beau pays, dont la langue est faite pour ma voix. Dont mes yeux aimaient les campagnes.
QcmziÈHB. 67
Bords où mes pas enfants suivaient Napoléon, Fortes villes du Gid ! d Valence, ô Léon, Gastille, Aragon, mes Espagnes !
Je ne veux traverser vos plaines, vos cités,
Franchir vos ponts d*une arche entre deux monts jetés,
Voir vos palais romains ou maures, Votre Guadalquivir qui serpente et s^enfuit, Que dan3 ces chars dorés qu'emplissent de leur bruit
Les grelots des mules sonores!
Mai x83o.
0et2time*
If^here thôuU J $t4«r> Byftoir.
Quand le livre où s'endort, chaque soir, ma pensée, Quand Tair de la maison, les soucis du foyer, Quand le bourdonnement de la ville insensée, Où toujours on entend quelque chose crier.
Quand tous ces mille soins de misère ou de fête Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné. Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête, Le regard de mon âme à la terre tourné ;
Elles*échappe enfin, va, marche, et dans la plaine Prend le même sentier qu'elle prendra demain. Qui régare au hasard et toujours la ramène, Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.
Elle court aux forêts, où dans Pombre indécise Flottent tant de rayons, de murmures, de voix. Trouve la rêverie au premier arbre assise,.
Et toutes deux s*en vont ensemble dans les bois !
Juin i83o.
jBUtx-Beptième.
Flehile ntscio quid.
Otid-
Oh ! pourquoi te cacher! Tu pleurais seule ici. Devant tes yeux rêveurs qui donc passait ainsi ?
Quelle ombre flottait dans ton âme ?
Était-ce long regret ou noir pressentiment, Ou jeunes souvenirs dans le passé dormant,
Ou vague faiblesse de femme?
Voyais-tu fuir déjà Tamour et ses douceurs, Ou les illusion^, toutes ces jeunes sœurs
Qui le matin, devant nos portes.
Dans Tavenir sans borne ouvrant mille chemins. Dansent, des fleurs au front et les mains dans les mains,
Et bien avant le soir sont mortes ?
Ou bien te venait-il des tombeaux endormis Quelque ombre douloureuse avec des traits amis, Te rappelant le peu d*années.
70 LES FEUILLES D*AUTOHIfE.
Et demandant tout bas quand tu viendrais, le soir, Prier devant ces croix de pierre ou de bois noir Où pendent tant de fleurs fanées ? /
Mais non, ces visions ne te poursuivaient pas. n suffit pour pleurer de son^jer quUci-bas
Tout miel est amer, toiu ciel sombre, Que toute ambition trompe Teffort bumain, Que Tespoir est un leurre, et quUl n'est pas de main
Qui garde Tonde ou prenne Tombre !
Toujours ce qui là-bas vole au gré du zéphir, Avec des ailes d'or, de pourpre et de saphir.
Nous fait courir et nous deya^cs^ Mais adieu Taile d'or, pourpre, émail, vermillon, Quand Tenfant a saisi le frêle papillon,
Quand rhomme a pris sbn espérance !
Pleure. Les pleurs vont bienjnénjie au bonheur; tes chants Sont plus doux dans les pleurs,l£es yeux purs et touchants
Sont plus beaux quand tu les essuies.
L'été, quand il a plu, le champ est plus vermeil, Et le ciel fait briller plus frais au beau soleil
Son azur, lavé par les pluies !
Pleure comme Rachel, pleure comme Sara.
On a toujou^s soufiFèrt ou bien on soufiFrira.
Malheur aux insensés qui rient !
Le Seigneur nous relève alors que nous tombons. Car il préfère encor les malheureux aux bons,
€eux qui pleurent à ceux qui prient !
Pleure afin de savoir ! Les larmes sont un don. Souvent les pleurs, après Terreur et Tabandon,
DIX-8EPTItHE. 71
Raniment nos forces brisées.
Souvent Pâme, sentant, au doute qui s*enfUit, Qu^un jour intérieur se lève dans sa nuit,
Répand de ces douces rosées!
Pleure ; mais tu fois bien, cacbe-toi pour pleurer, Aie un asile en toi. Pour t'en désaltérer,
Pour les savourer avec charmes, Sous le riche dehors de ta prospérité.
Dans le fond de ton cœur, comme un fhiit pour Tété,
Mets à part ton trésor de larmes !
Car la fleur, qui s^ouvrit avec Taurore en pleurs. Et qui fait à midi de ses belles couleurs
Admirer la splendeur timide, Sous ses corolles d'or, loin des yeux importuns, Au fond de ce calice où sont tous ses parfums.
Souvent cache une perle humide !
Jain x83o.
BU-tlutttme.
Stdsatû ettjam poste mon.
OÙ donc est le bonheur? disais-je.— Infortuné ! Le bonheur, ô mon Dieu ! tous me Tavez donné.
Naître, et ne pas savoir que Tenfance éphémère, Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère, Est rage du bonheur et le plus beau moment Que rhomme, ombre qui passe, ait sous le firmament !
Plus tard, aimer garder dans son cœur déjeune homme Un nom mystérieux que jamais on ne nomme ; Glisser un mot furtif dans une tendre main ; Aspirer aux douceurs d'un inefiPable hymen; Envier Teau qui fuit, le nuage qui vole ; Sentir son cœur se foudre au son d'une parole ; Connaître un pas qu'on aime, et que jaloux on suit; Rêver le jour, brûler et se tordre la nuit.
Pleurer surtout cet âge où sommeillent les âmes ;
DIX-HOITUHE. 75
Toujours Muffiir : papmi tous les regards de femmes, Tous les buissons d^ayril, les feux du ciel vermeil. Ne chercher qu^un regard, <iu*aDe fleur, qu*un soleil!
Puiseflfeuiller en hAte et d*une main jalouse Les boutons d*orangers sur le froqt de Tépouse; Tout sentir; être heureux, et pourtant, insensé! Se tourner presque en pleurs yers le malheur passé; Voir aux feux du midi, sans espoir qu^il renaisse, Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse; Perdre Tillusion, Tespérance, et sentir Qu*on yieillitau fardeau croissant du repentir! Effacer de son front des taches et des rides; S*éprendre d*art, de yers, de yoyages arides, De cieux lointains, de mers où s'égarent nos pas ; Redemander cet âge où Ton ne dormait pas; Se dire qu'on était bien malheureux, bien triste, Bien fou, que maintenant on respire, on existe. Et, plus yieux de dix ans, s'enfermer tout un jour Pour relire ayec pleurs quelques lettres d'amour !
Vieillir enfin, yieillir! comme des fleurs fanées Voir blanchir nos cheyeux et tomber nos années ; Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris; Boire le reste amer de ces parfums aigris; Être sage, et railler l'amant et le poète; Et lorsque nous touchons à la tombe muette, Suiyre en les rappelant d'un œil mouillé de pleurs Nos enfants qui déjà sont tournés yers les leurs ! Ainsi l'homme, ô mon Dieu! marche toujours plus sombre Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d'ombre.
C'est donc ayoir yécu ! c'est donc ayoir été! Dans l'amour, et la joie,'et la félicité
74 l^ FBT1LLK» o'aOTOKHB.
C*e$t avoir eu sa part ! et te plaindre est folie. Voilà de quel nectar la coupe était remplie ! Hélas ! naître pour vivre en désirant la mort ! Grandir en regrettant Tenfance où le cœur dort, Vieillir en regrettant la jeunesse ravie, Mourir en regrettant la vieillesse et la vie !
Où donc est le bonheur ? disais-Je. — Infortuné ! Le bonheur, 6 mon Dieu, vous me Pavez donné !
Mai i83o.
Illti''tietttithne.
Ii« toit t'égâye et rit.
Lorsque Penfànt parait, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes ftonts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir Tenfant paraître,
Innocent et joyeux.
Soit que Juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher.
Quand Tenfont vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on rappelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, I>e patrie et de Dieu, des poètes, de Tâme Qui s'élève en priant;
L'enfant parait, adieu le ciel et la patrie El les poètes saints ! la grave causerie S^arréte en souriant.
La nuit, quand rhommedort,quand Tesprit réve,à Theure Où Ton entend gémir, comme une yoix qui pleure,
L*onde entre les roseaux, Si Taube tout à coup là-bas luit comme un phare. Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux!
Enfant, vous êtes Taube et mon âme est la plaine Qui àes plus douées fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez; Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés!
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies; Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N*ont point mal fait encor; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange; Tête sacrée ! enfant aux cheveux Monds î bel ange
A l'auréole d'or!
Vous êtes parmi nous la colombe de Tarcfae.
Vos pieds tendres et pursn'ontpointrâgeoùFon marche;
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor, vous regardez le monde, Double virginité! corp»où rien n'est immonde,
Ame où rien n'est impur !
Il est si beau, Tmifant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Dix-nECviÈnE. 77
Ses pleurs yite apaisés.
Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offirant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers!
Seigneur! préservez-moi, préservez ceux que j*aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants, De jamais voir. Seigneur ! Tété sans fleurs nouvelles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !
Mai iS3o.
iPhigtihne.
Beau, frais, Mmiiant d*aiM m cette vie amère. SAiiiTt*BBiiTa.
Dans Talcôye sombre.
Près d*un humble autel, Venfant dort à Tombre Du lit materqel.
Tandis qu*il repose, Sa paupière rose, Pour la terre close, S*ouyre pour le ciel.
Il fait bien des rêves.
Il yoit par moments Le sable des grèves Plein de diamants.
Des soleils de flammes, Et de belles dames Qui portent des âmes Dans leurs bras charmants.
YINOTliHE. 79
Songe qui Tenchante !
n voit des ruisseaux.
Une YOix qui chante Sort du fond des eaux.
Ses sœurs sont plus belles.
Son père est près d*elles.
Sa mère a des ailes Gomme les oiseaux.
Il voit mille choses Plus belles encor; Des lis et des roses Plein le corridor; Des lacs de délice Où le poisson glisse, Où Tonde se plisse A des roseaux d*or !
Enfant! rêve encore !
Dors, ô mes amours!
Ta jeune âme ignore Où s*en vont tes jours.
Gomme une algue morte, Tu vas, que t^importe !
Le courant t'emporte, Mais tu dors toi^ours!
Sans soin, sans étude, Tu dors en chemin ; Et rinquiétude A la froide main , De son ongle aride , Sur ton fr«it candide
80 LES FI01LIB8 d'auTOHUB.
Qui n*a point de ride , N^écrit pas : Demain !
Il dort, infaocenee !
Les anges sereins Qui savtBnt devance Le sort des humains , Le voyant sans armes, Sans peur, sans alarmes, Baisent avec lanftes Ses petites mains.
Leurs lèvres effleurent Ses lèvres de miel. , < Venfant voit ^'ils [fleurent Et dit : Gabriel !
Mais range Je touche , Et berçant sa couche , Un doigt sur sa bouche , Lève Tautre au ciel !
Cependant sa m^re , Prompte à le bercer, Croit qu'une chimère Le vient oppresser ; Fière, elle racTmire , , L*entend qui soupire , Et le fait sourire Avec un baiser.
Norembre i83i.
Oj llîttflt rt ttntèate.
!^ in,
i • X^/ \' ' ' nâv fioi axjvap/xôl^îl, o aol èvxpflLoarôv
ivre, & xév/ÂV oû^ev fiot itpàapov^ oùSs t^tfiWf xh vol eûxaipov ir&v xapithi, o fipovatv al volI &peii, & fùdiç' "x coû itavra, iv aol itAvra, el$ ai Trdévra.
',..'.- Makc-Aokei..
^/^ Parfois/iorsque tout dort, je m^assieds plein de joie ^ Sous le dôme étoile qui sur nos fronts flamboie; J*écoute si d'en haut il tombe quelque bruit; Et rheure vainement me frappe de son aile Quand je contemple, ému, cette fête éternelle Que le ciel rayonnant donne au monde la nuit!
Souvent alors j'ai cru que ces soleils de flamme Dan9 ce monde endormi n'échaufi^aient que mon âme; Qu'à les comprendre seul j'étais prédestiné ; Que j'étais,* moi, vaine ombre obscure et tacittûe , Le roi mystérieux de la pompe nocturne ; Que le ciel pour mo^kl s'était illuminé !
Novembre 1829.
84 LES FEUILLES D^UTOHIIE.
Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille , Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;
Si TOUS n*avez jamais senti la frénésie
De voir la main qu*on veut par d'autres mains choisie ,
De voir le cœur aimé battre sur d'autres cœurs ;
Si vous n*avez jamais vu d'un œil de colère
La valse impure, au vol lascif et circulaire ,
Efifeuiller en courant les femmes et les fleurs ;
Si jamais vous n'avez descendu les collines , Le cœur tout débordant d'émotions divines ; Si jamais vous n'avez , le soir, sous les tilleuls , Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre, , Aspiré, couple heureux , la volupté de l'ombre , Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls 7
Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ;
Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre ,
Je t*aime ! n'a rempli votre âme tout un jour ;
Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes
En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes.
Et la gloire, et l'empire, et qu'on avait l'amour !
La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne. Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne Avec la tour saxonne et l'église des Gothè , Laisse sans les cotnpter passer les heures noires Qui, douze fois, semant les rêves illusoires , S'envolent des clochers par gr<»upes inégaux ;
Si jamais vous n'avez, à PheuE^ù tout sommeille , Tandis qu'elle dormait oubl^^^B vermeille, Pleuré comme un enfent àl^^HftouffHr,
VlNGT-THOlSltMB. 85
Crié cent fois son nom du soir jusqu'à Taurore, Et cru qu'elle viendrait en rappelant encore, Et maudit votre mère, et désiré mourir;
Si jamais vous n*avez senti que d'une femme Le regard dans votre âme allumait une autre âme ; Que vous étiez charmé, qu'un ciels^étalt ouvert, Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue , Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue;... Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert !
NoTembre t83i.
lliti0t''i|ttatrfhite»
Sfems blanda in êorporg ki*nthi
Madame, autour de vous tant de grâce étincelle , Votre chant est si pur, votre danse recèle
Un charme si vainqueur, Un si touchant regard baigne votre prunelle, Toute votre personne a quelque chose en elle
De si doux pour le cœur ,
Que lorsque vous venez, jeune astre qu*on admire. Éclairer notre nuit d'un rayonnant sourire
Qui nous fait palpiter, Gomme Toiseau des bois devant Taube vermeille , Une tendre pensée au fond des co&urs s*éveille
Et se met à chanter !
Vous ne Tentendez pas, vou^ignorez , madame.
Car la chaste pudeur envelq|iM(ptre âme De ses voiles jah
TIHGT-QUATRltHI.
Et range que le ciel commit à votre, garde N^a jamais à rougir quand, rèyeur, il regarde Ce qui se passe en vous.
ÀTril i83z.
lixnqt-cmqaximt.
Amor, eh*a nuW mnmto améurpërdona, Mt'prêM del costuipiacêr ùfarU»
Ckê, tome 9«dt» amcor non m'aibtmioma.
Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents :
Suivre de loin de blanches voiles :
Voir au ciel briller les étoiles Et sous rherbe les verts luisants ;
Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond; D'un bal compter les girandoles La nuit, voir sur Teau les gondoles Fuir avec une étoile au front;
Regarder la lune sereine ;w Dormir sous Tarbre du chemin ; Être le roi lorsque la
VIlfOT-CIlIQVlkaB. 81)
Par son sceptre d*or souveraine, L'est aussi par sa blanche main ;
Ouïr sur les harpes jalouses Se plaindre la romance en pleurs ; Errer, pensif, sur les pelouses.
Le soir, lorsque les Andalouses De leurs balcons jettent des fleurs;
Rêver, tandis que les rosées Pleuvent d^un beau ciel espagnol.
Et que les notes embrasées S*épanoiiissent en ftisées Dans la chanson du rossignol ;
Ne plus se rappeler le nombre De ses jours, songes oubliés; Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans Tombre Deux sillons de flamme à ses pieds ;
Des bmitam d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon ; Voir, après Tabsence fatale, Enfin, de «a ville natale Grandir la flèche à Thorizon ;
Non, tout ce qu'a la destinée
De biens réels ou fabuleux,
N'est rien ^ur mon âme enchaînée,
Quand tu regardes inclinée
Mes yeux noirs avec tes yeux bleus '
Septembre i8«>.
iimg^-smimt.
O le» tenilfcs propos et k» charoMuilM dictes Qne me dbeit Aline en la saison des roses!
Donx s^phyrs qui passies alors dans ces beaax liens, N'en apporties-Tons rien i l'oreille des dienx?
Scoa&TS.
Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la mie Verse la pluie à flots sur son écorce mie ; Mais attends que Thiver s*en aille, et tu vas voir Une feuille percer ces nœuds si durs pour elle, £t ta demanderas comment un bourgeon frêle Peut, si tendre et si yert, jaillir de ce bois noir.
Demande alors pourquoi, ma jeune bieu^aimée, Quand sur mon âme, hélas ! endurcie et fermée. Ton souffle passe, après tant de maux expiés, Pourquoi remonte et court ma sève évanouie.
Pourquoi mon âme en fleur et tout épanouie Jette soudain des vers qu^Mi^le à tes pieds!
VIlfOT-SIXiiHI. 01
C'est que tout a sa loi, le monde et la fortune ; C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune : C'est que tout ici-bas a ses reflux constants ; C'est qu'il faut l'arbre au yent et la feuille au zéphire ; C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ; C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps !
FéTrier 18.. •
Wxnqt-Btftîimc.