LA PENTE DE LA RÊVERIE
Amlt, De creuMi pai vos chères rËveriet; Me fouillez pas le «ol de vos plalaes fleuries; Et quand s'offre i vos feux un océan qui dorl, Nagei âla surface ou jouei sur le bord ; Car la pensée est sombre ! Dne pente insensible Va du monde réel à la sphSre invisible ; La spirale est profonde, et, quand on ; descend. Sans cesse se prolonge et va s'élargissant.
Et pour avoir touché quelque énigme fatale, De ce voyage obscur souvent on revient pâle '.
UL'autre jour, il venait de pleuvoir, car l'été, Cette année, est de brise et denli^uttriité, Etie beau mois de mai, dg^^^^^k nous leurre.
Ame, cbaiuai«ra , lumière Dc cet ailre de mai dont ie rayon cbannant Ail bout de lout brin d'hertfe allume un diamant! Je me lalaiaii aller i ces trois harmonies, Printemps, matin, enfance, en ma retraite unies; La Seine ainsi que moi laissait ton flot venneil Suivre nonchalamment sa pente, et le soleil Faisait évaporer I la bis sur les grevés L'eau du Beuve en brouillards et ma pensée en rives !
Alors, dans mon esprit, je vis autour de moi " '"^ Ses amis, non confua^Mfts tels que je les voi ~
Quand ils viennent le soir, troupe grave et Sdéle, Voua avec vos pinceaux dont la pointe étincelle. Vous, laissant échapper vos vers au vol ardent. Et nous tou^, écoutant en cercle, ou regardant. Ils étaient bien là tous, je voyais leurs visages, Tous, même le* absents qui font de longs voyages. Puis tous ceux qui sont morts vinrent après cem-cl, Avec l'air qu'ils avaient quand ils vivaient aussi. Quand j'eus, quelques instants, des yeux de ma pensée Contemplé leur famille a mOn ftiyer pressée, Je vis trembler leurs traits confus, et par degré* P91ir en s'eff^çint leurs frpnts décolorés, ^^
Et tous, comme un ruisseau qui dans ud lac s'écoul^H Se perdre autour d^wiLjlans une immens^oriC
ItO LH ruiLi
Foule uinaoml c>um!( Ceux qu'on n'a JamsU ym TouB le» vivants ! — citii PluB qu'un boU il'Anérii{ii Caravarik campant sur le HaUIoU disperié) aur l*oi Et, comme un pont hardi, Jetant d'un monde à l'autr Ainsi quel'araignéjentre < Jette un fil ai^nté qai flotte dau les ain !
Leideux pAlea! le miHide entier! la mer, la (em, . Alpes aux fronts de neige, Etnat au noir cratère, Tout a la fois, automne, été, printemps, hiver, Les vallons, descendant de la terre i la mer Et l'y changeant ea golfe, et dea raen aui ci Les caps épanouis en chaînes de montagnes, Et les grands continents, brumeux, verts ou doré*, Sn^ètgrands océans sans cesse dévoré*, ' WduL, camme un paysage en ita^bambre noire Se réfléchit avec se* rivières de ni6ire.
Ses passants, ses brouillards Bottant coanie ai duvet. Tout dans mon esprit sombre allait, marcinit,iffini{! Alors, en attachant, toujours plus attentive*, Ha pensée et ma vue aux mille perspective* Que le SDUfile du vent ou te pas de* salaons RToomit II tous momenU dan* tous les horiioM, • Je vit soudain surgir, parfoi* du >ein de* onde*, Acdté de* cités vivantes les deux monde*.
D'autres ville* aux fronl^èlranges, inouïs.
Sépulcre* miDés des temps évanouis, ^^leines d'entassements, de ^urs, de pyramides , ^^^^ant leurs pieds aux toers, leur tétc aux cieui huml- ~ «sortaient dej^y^ des cité* [des.
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» ' (jfirles vivant? encor bruissent agités , '."ilt des siècles passé» jusqu'à Tàge où nous sommes ^e pus compter ainsi trois étages de Rome».
Et tandis qu'élevant leurs inquiètes voix , lies cités des vivants résonnaient à la fois Des muwiures du peuple ou du pas des armées , €es villes du passée muettes et fermées , Sans fumée à leurs toits, sans rumeurs dans leurs seins, SeUaisaient et semblaient des ruches sans essaims. J'attendais. Un grand bruit se fit. Les races mortes De ces villes en deuil vinrent ouvrir les portes , Et je les vis marcher ainsi que les vivants , Et jeter seulement plus de poussière aux vents. Alors, tours, aqueducs, pyramides, colonnes , Je vis l'intérieur des vieilles Babylones , Les Carthages, les Tyrs, les Thèbes, les Sions , D'où sans cesse sortaient des générations.
Ainsi j'embrassais tout : et la terre, et Gybèle ;
La face antique auprès de la face nouvelle;
Le passé, le présent ; les vivants et les morts :
Le genre humain complet comme au jour du remords.
Tout parlait à la fois, tout se faisait comprendre/
Le pelage d'Orphée et l'étrusque d'Ëvandre ,
Les runes d'Irmensul, le sphinx 'égyptien ,
La voix du Rouveaù monde aussi vieux que Galicien.
Or, ce que je voyais^ je doute que je puisse Tous le peindre : c^étaît comme un grand édifice Forméd'entassenieiitb^efSiècleset deMevx; , .
On n'en pouvait trotn^ Nfakb oHs nriés milieux ; A toutes les hauteui^s, âfl^^|peupletf,' races , , Mille ouvriersli&malns^^^K partout leurs traces , Travaillaient nuit eymuf^^Btnt, croisant leurs pas ,
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Parlant chacun leur langue et ne s'entendant pas ; Et moi Je parcourais, chercliant qui me réponde , De degrés en degrés cette Babel du monde.
La nuit avec la foule, en ce rêve hideux , Venait, s^épaississant ensemble toutes deux , ^ Et, dans ces régions que nul regard ne sonde , Plus rhomme était nombreux, plus Tombre était pro- Tout devenait douteux et vague, seulement [foiAe. Un souffle qui passait de moment en moment , Gomme pour me montrer Timmense fourmilière , Ouvrait dans Tombre au loin des vallons de lumière , Ainsi qu^un coup de vent fait so^r les flots troublés Blanchir Técume, ou creuse une onde dans les blés.'
Bientôt autour de moi les ténèbres s^accrurent, L*horizon se perdit, les formes disparurent.
Et rhomme avec la chose, et Tétre avec Tesprît Flottèrent à mon souffle, et le frisson me prit. J'étais seul. Tout fuyait. L'étendue était sombre. Je voyais seulement au loin, à travers Tombre , Gomme d'un pcéan les flots noirs et pressés.
Dans l'espace et le temps les nombres entassés !
Oh ! cette double mer du temps et de Tespace Où le navire humain toujours passe et repasse , Je voulus la sonder, je voulus en toucher Le sable, y regarder, y fouiller, y chercher. Pour vous en rapporter quelque richesse étrange , Et dire si son lit est de roc^pu de fange.
Mon esprit plongea donc^Bfce flot Inconnu ; Au profond de rabime^^Hft seul et nu , Toujours de Finefflibl^^^K rinvisible...
VIIIAT-IIIUYIÊXI. 105
Soudain il s'en revint avec un cri terrible, Ébloui, haletant, stupide, épouvanté , Car il avait au fond trouvé Téternité.
Mai i83o.
"^tcntimt.