SOLEILS COUCHANTS
Merreilleiix ubleanx que U tuc déoooTn à la ftnUe
Ch. NoBtBft.
J*aime les soirs sereins et heiliix,fatme fes soirs. Soit qu'ils dorent le front des antiques manoirs
Enseyelis daiules Isuftllâget $ Soit que la brume att loin 6*aDon9e mi bancs de feu ; Soit que mille rayons brtsent daM m ^el Mett
A des arcblpels de nv^gies.
Oh ! regardez le ciel ! cent nuages mouvants» Amoncelés là-liaut sous le souffle des yents.
Groupent leurs formes inconnues ; Sous leurs flots par moments flamboie un pAle éclair, Gomme si tout à coup quelque géant de Tair
Tirait son glaive dans les nues.
Le soleil, è tfaveM le«rt Mibrei, Mlle eileor ; .TantM, lUti « l^éval des laiyo* démet d'or.
Luire le toit d^liiie cbaumière ; Ou dispute aux brouillards les vagues horii ons; Ou déooni^, ea tombanl sur les sombres gâtons,
Gomme de grands laesde lumière.
Puis voilà qu^n croit voir, dans le ciel balayé, Pendre un grand crocodile au dos large et rayé,
Aux trois rangs de dents acérées ; Sous son ventre plombé glisse un rayon du soir ; OÉntomiget ardents hlisent som ton Aaae noir
Gomme det éeaillet doréet%
Puis se dresse un palais ; puis VsAr tremble, et tout fuit. L*édifice eflVayant des nuages détruit
S^écroule en ruines pressées ; 11 Joncbe au loin le ciel, et ses c6nes vermeils Pendent, Ja pointe en bas, sur nos tètes, pareils
A des montagnes renversées.
Ces nuages de pkmA, d*or, de cuivre, de fer.
Où Touragân, la trombe, et la fendre, et Penfer
Dorment avec de sourds murmures, (Test Dieu qui les suspend en foule aux deux profonds, Gomme un guerrier qui pend aux poutres des plafonds
Ses retentissantes armures !
Tout s*en va t le soleil, d*en baut précipité, Goane un globe d*airain qui, rouge, est rejeté ^
Dans les foomalses remuéedf En tombant sur leurs flots que son cboc désunit, Fait en flocons de feu Jaillir Jusqu^u aénllh
L*ardente écune det nuéet f
%%% LI8 nuiLLis d'avtokni.
Oh ! contemplei le ciel ! et dès qi^a ftti le Jour, En tout temps, en tout lieu, <run ineffinble amour,
Regardez à travers ses voiles ; Un mystère est au ft>nd de leur grave beauté : L*hiver, quand ils sont noirs comme un linceol; Tèté^
Quand la nuit les. brode d*étoiles.
ir
Le Jour ^enfuit des cieux; sous leurtran^Mnrent voile, De moments en moments se hasarde une étoile ; La nuit, pas à pas, monte au trône obscur des soûps; Un coin du ciel est brun, Tautre lutte avec Tombre, Et déjà, succédant au couchant rouge et sombre, Le crépuscule gris meurt sur les coteaux noirs.
Et là-bas, allumant ses vitres étoilées.
Avec sa cathédrale aux flèches dentelées.
Les tours de son palais, les tours de sa prison. Avec ses hauis elocbers, sa bastille obscurcie, Posée au bord du ciel comme une longue scie, La ville aux mille. I^its découpe Vhorizon.
Oh 1 qui m*emporteca sur quelque tour subUme D*où la cité sous moi s*ouvre comme ua abîme ! Que j*entende, écoutant la ville où nous rampons, Mourir sa vaste voix, qui semble unTcri de veuve, Et qui, le jour, gênait |^us haut que le»gra«id fleuve,. Le grand fleuve irrKé bUtant contre vingt ponis*!
Que Je voie, à mes yeuxien fuyant apparues.
Les étoiles des chars se croiser dans les rues.
THIlfTI^CIRQOltHI. 1'25
Et serpenter le peuple en Tétroit carrefour, Et tarir la fumée au bout des cheminées, Et, glissant sur le firont des maisons blasonnées, Cent clartés naître, luire et passer tour à tour !
Que la Yieille cité, devant moi, sur sa couche.
S'étende; qu'un soupir s'échappe de sa bouche,
Comme si de fatigue on l'entendait gémir !
Que, yeillant seul, debout sur son fh)nt que je feule,
Avec mille bruits sourds d'océan et de foule.
Je regarde à mes pieds la géante dormir !
Juillet iSsé.
lU
Plus loin! allons plus loin !— Aux feux du couchant sombre, J'aime à voir dans les champs croître et marcher mon Et puis, la Tille est là ! Je l'entends, je la vol. [ombre. Pour que j'écoute en paix ce que dit ma pensée.
Ce Paris, à la voix cassée.
Bourdonne encor trop près de moi.
Je yeux fuir assez loin pour qu'un buisson me cache Ce brouillard, que son front porte comme un panache. Ce nuage étemel sur ses tours arrêté; Pour que dn moucheron, qui bruit et ({'ur passe.
L'humble et grêle murmure efface
La grande voix de la cité !
Aoiït 1828.
Oh I sur des ailes! dans les nues.
Laissez-moi fuir! laissez-moi fuir!
194 LBS nOUtliBS A'àOTOINfl.
Loin de* 7^098 inoMmim C'est asseï vèy^r «t laimuir l UîiMi'^iiMM 9w Terf d*«iKfef «HHidef .
Ct»\ aaseï^ dan» le# nuiU lurQ^MMlM^ Suivre un phare, chercher un mot.
C'est astes de songe el de dont».
Cette voix que d*en Ims J^oute, Peut-être on Fentend mieux Ift^hant.
Allons ! des afles eu de» voiles I Allons ! un vaisseau tout armé?
Jt veux voir les autres étoiles Et la croix du sud enflammé.
Peut-être dans cette autre terre Trouve-t-on la clef du mystère Caché soua Tordre universel ; Et peut-être aux fiU do U lyie Est-il plus facile de Ure Dam çelite autre pago dn iM !
Quelquefois, sous les plis des nuages trompeur^ Loin dans Pair, à travers les bréche« dea va^içim
Par le vent du soir remuées, Derrière les derniers brouillards, plus k>ia anCQr, Apparaissent soudain les mille étages d^or
D*un édifice de nuées ;
Et Tœil épouvanté, par delà tous nos cieux.
Sur une île de Tair au v#l audacieux.
Dans réther libfe aventurée.
TBIIfTE-CIKQDIÊXB. 125
L*iBil croit voir jusqu'au ciel monter, monter toujours, Avec ses escaliers, ses ponts, ses grandes tours, Quelque Babel démesurée !
Septembre i8a8.
Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées ; Demain Tiendra Torage, et le soir, et la nuit ; Puis Faube, et tes clartés de vapeurs obstruées; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfUit!
Tous ces jours passeront; ils passeront en feule Sur la face des mers, sur la foce des monts.
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule Conune un hymne confus des morts que nous aimons.
Et la face des eaux, et le front des montagnes, Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts S'iront rajeunissant; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.
Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tète,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête.
Sans que rien manque au monde, inunense et radieux!
LES VBDILLBS d'aUTOMNB. Il
Oh ! udk itût tome 9/ a nmmt grtat in ttory ; n« imj» ofouTfoutk ar» tke dafs ofottr^orjr ; Amà tkê mjrrtU and hj oftwtt tmo-and4tMntjr Ar* wortk M jour lanr$Ut thoÊigh êvtr $0 fUnt^.
B»oir.
Un jour Tient où soudain Tartisle généreux A leur poids sur son front sent te» ans plus nombreux. Un matin il s'éveille avec cette pensée :
—Jeunesse aux jours dorés, je Tai donc dépensée ! Oh ! qu'il m'en reste peu ! Je vois le fond du sort. Gomme un prodigue en pleurs le bois du coffre-f6rt !— Il sent, sous le soleil qui plus ardent s'épanche, Comme à midi les fleurs, sa tète qui se penche; Si d'aventure il trouve, en suivant son destin, Le gazon sous ses pas mouillé comme au matin, Il dit, car il sait bien que son aube est passée : — C'est de la pluie, hélas ! et non de la rosée ! —
C7en est fait. Son génie est plus mûr désormais : Son aile atteint peut-être à de plus fiers sommets ;
TEEIITE-SIXIÈMB. 1^7
La fumée est plus rare au foyer qu*il allume : Son astre haut monté soulève moins de brume; Son coursier applaudi parcourt mieux le champ clos ; Blaisil n'a plus en lui, pour répandre à grands flots Sur des œuyres, de grâce et d'amour couronnées, Le frais enchantement de ses Jeunes années !
Oh ! rien ne rend cela ! — Quand il s'en va cherchant Ces pensers de hasard que Ton trouve en marchant , Et qui fbnt que le soir l'artiste chez son hôte Rentre le cœur plus fier et la tète plus haute ; Quand il sort pour rêver, et qu'il erre incertain , Soit dans les prés lustrés au gazon de satin , Soit dans un bois qu'emplit cette chanson sonore Que le petit oiseau chante à la jeune aurore , Soit dans le carrefour bruyant et fréquenté , — Car Paris et la f6ule ont aussi leur beauté , Et les passants ne sont, le soir, sur les quais sombres , Qu'un flux et qu'un reflux de lumières et d'ombres : — Toiigours au fond de tout, toujours dans son esprit , Même quand l'art le tient, l'enivre et lui sourit , Même dans ses chansons, même dans ses pensées Les plus joyeusement écloses et bercées , II retrouve, attristé, le regret morne et ^roid Du passé disparu, du passé, quel qu'il soit !
NoTembre 18 Sx.
lïretite-Beptîème.
LA nuèRE I\OIIR TOUS.
QfmptomMsi
Ha filte, ya prierf — Vois, la miit e$i venue.
Une ptanète d*or là-bas perce la nue ;
La brume des coteaux fait trembler le contour;
A peine un char lointain glisse dans Tombre.». Ecoute!
Tout rentre et se repose : et Tarbre de la route
Secoue au vent du soir la poussière du jour!
Le crépuscule, ouvrant la nuit qui les recèle. Fait jaillir chaque étoile en ardente étincelle; L*occident amincit sa frange de carmin ; La nuit de Peau dans Fombre argenté la surface : Sillons, sentiers, buissons, tout se mêle et 8*efiface ; Le passant inquiet doute de son chemin.
TRERTS-SBPTIËHK. 1^9
Le jour est pour le mal, la fatigue et la haine , Prions : Yoici la nuit ! la nuit grave et sereine ! Le vieux pâtre, le vent aux brèches de la tour, Les étangs, les troupeaux, avec leur voix cassée , Tout souffre et tout se plaint. La nature lassée A besoin de sommeil, de prière et d'amour !
C'est rheure où les enfants parlent avec les anges. Tandis que nous courons à nos plaisirs étranges , Tous les petits enfants, les yeux levés au ciel, Bfains jointes et pieds nus, à genoux sur la pierre , Disant à la même heure une même prière , Demandent pour nous grâce au père universel !
Et puis ils dormiront. --Alors, épars dans Tombre , Les rêves d'or, essaim tumultueux, sans nombre , Qui nait aux derniers bruits du jour à sofi déclin. Voyant de loin leur souffle et leurs bouches vermeilles Gomme volent aux fleurs de joyeuses abeilles, Tiendront s'abattre en foule à leurs rideaux de lin !
sommeil du berceau ! prière de l'enfance !
Voix qui toujours caresse et qui jamais n'oflSenset Douce religion, qui s'égaye et qui rit !
Prélude du concert de la nuit solennelle !
Ainsi que l'oiseau met sa tète sous son aile, L'enfant dans la prière endort son jeune esprit !
Ma fille, va prier ! -- D'abord, surtout, pour celle Qui berça tant de nuits ta couche qui chancelle , Pour celle qui te prit jeune âme dans le ciel,
150 LB8 YEIIItLES dVdTOMIVB.
Et qui te mit au monde, et depuis, tendre mère , Faisant pour toi deux parts dans cette vie amère , Toigours a bu l'absintlie et Ta laissé le miel !
Puis ensuite pour moi ! J*en ai plus besoin qu*elle ! Elle est ainsi que toi, bonne, simple et fidèle ! Elle a le cœur limpide et le front satisfit.
Beaucoup ont sa pitié ; nul ne lui fait envie ; Sage et douce, elle prend patiemment la vie; Elle souffre le mal sans savoir qui le fait.
Tout en cueillant des fleurs, jamais sa main novice
N*a touché seulement à Técorce du vice ;
Nul piège ne Tattire à son riant tableau ;
Elle est pleine d*oubli pour les choses passées;
Elle ne connaît pas les mauvaises pensées
Qui passent dans Fesprit comme uneombre sur Teau.
Elle ignore, — à jamais ignore-les comme elle ! Ces misères du monde où notre âme se mêle, Faux plaisirs, vanités, remords, soucis rongeurs. Passions sur le cœur flottant comme une écume, Intimes souvenirs de honte et d'amertume Qui font monter au front de subites rougeurs!
Moi je sais mieux la vie; et je pourrai te dire. Quand tu seras plus grande et qu'il faudra Tinstruire, Que poursuivre Tempire, et la fortune et Part, G^est fblie et néant ; que Purne aléatoire Nous jette bien souvent la honte pour la gloire, Kt que Pon perd son âme à ce jeu de hasard !
L*âme en vivant s*altère; et quoiqu*en toute chose La fin soit transparente et laisse voir la cause, On vieillit sous le vice et Perreur abattu ; A (6rce de marcher, Phomme erre, Pesprit doute.
TURTB-SBPTftaB. 151
Tous laissent quelque c6ose aux buissons de la route, Les troupeaux leur toison, et rhomme sa vertu!
Va donc prier pour moi ! — Dis pour toute prière : — Seigneur, Seigneur, mon Dieu, vous 6tes notre père; Grâce, vous êtes bon ! grâce, vous êtes grand ! — Laisse aller ta parole où ton âme l'envoie ^ Ne Tinquiète pas, toute chose a sa voie, Ne rinquiète pa« du chemin qu'elle prend !
Il n*est rien ici-bas qui ne trouve sa pente.
Le fleuve Jusqu'aux mers dans les plaines serpente :
L'abeille sait la fleur qui recèle Te miel.
Toute aile vers son but incessamment retombe :
L'aigle vole au soleil, le vautour à la tombe,
L'hirondelle au printemps et la prière au ciel!
Lorsque pour moi vers Dieu ta voix s'est envolée, Je suis comme l'esclave, assis dans la vallée, Qui dépose sa charge aux bornes du chemin; Je me sens plus léger; car ce fardeau de peine, De fautes et d'erreurs qu'en gémissant Je traîne,. Ta prière en chantant l'emporte dans sa main !
Va prier pour ton père ! -— Afin que je sois digne De voir passer en rêve un ange au vol de cygne, Pour que mon âme brûle avec les encensoirs !
Effisice mes péchés sous ton souffle candide, Afin que mon cœur s6it innocent et splendide Gomme un pavé d'autel qu'on lave tous les soirs !
Prie encor pour tous ceux qui passent Sur cette terre de vivants !
139 118 rsviLtn ^'aotokiti.
Pour ceux ckmt les tenUerg tPeflteeal A tous les flots I à tons les vents !
Pour rinsensé qui met sa Joie « Dans réclat dSin manteau de soie.
Dans la yitesse (fan cheval!
Pour quiconque souffre et travaille, QuMl s'en revienne ou qu*il 8*en aille, Qu*il fasse le bien ou le mal !
Pour celui que le plaisir soniUe D'embrassements jusqu'au matin.
Qui prend Pheure où Ton s'agenouille Pour sa danse et pour son festin, Qui foit hurler rorgie infâme Au même instant du soir oH Tâme Répète son hymne assidu, Et, quand la prière est éteinte, Poursuit, comme s'il avait crainte Que Dieu ne Tait pas entendu!
Enfant ! pour les vierges voilées !
Pour le prisonnier dans sa tour!
Pour les femmes écheveïées Qui vendent le doux nom d'amour!
Pour l'esprit qui rêve et médite!
Pour rimpie à la voix maudite Qui blasphème la sainte loi l — Car la prière est infinie !
Car tu crois pour celui qui nie !
Car l'enfance tient lieu de foi !
Prie aussi pour ceux que recouvre La pierre du tombeau dormant, Noir précipice qui s'entr'ouvre
TEBMTE-SBmftXI. 133
Sous notre foule à tout moment !
Toutes ces âmes en dis^^râce Ont besoin qu*OQ les débarrasse De la vieUI^ rouille du corps.
Souffrent-elles moins pour se taire ?
Enfent ! regardons sous la terre!
Il faut avoir pitié des morts !
A genoux, à genoux, à genoux sur la terre Où too père a son père, où ta mère a sa mère, Où tout ce qui vécut dort d*un sommeil profond f Abîme où la poussière est mêlée aux poussières, Où sous son père encore on retrouve des pères, Gomme Tonde sous Tonde en une mer sans fond !
Enfant ! quand tu t'endors, tu ris ! L*essaim des songes Tourbillonne, joyeux, dans Tombre où tu te plonges, S'efforoucbe à ton souffle, et puis revient encor ; Et tu rouvres enfin tes yeux divins que j'aime, En même temps que Taube, œil céleste elle-même, Entr*ouvre à Thorizon sa paupière aux cils d*or !
Hais eux, si tu savais de quel sommeil ils dorment !
Leurs lits sont froids et lourds à leurs os qu'ils déforment .
Les anges autour d'eux ne chantent pas en chœur. iDe tout ce qu'ils ont fait le rêve les accable. pas d'aube pour leur nuit; le remords implacable ! S'est fait ver du sépulcre et leur ronge le cœur.
Tu peux avec un mot, tu peux d\me parole.
Faire que le remords prenne une aile et s*envole !
134 LIS riVlLLIS d'auto H 1VB.
Qu'une douce chaleur réjouisse leurs os !
Qu'un rayon touche encor leur paupière ravie, Et qu'il leur vienne un bruit de lumière et de vie, Quelque chose des vents, des ft>réts et des eaux!
Oh ! dis-moi, quand tu vas, jeune et déjà pensive. Errer au bord d'un flot qui se plaint sur sa rive. Sous des arbres dont l'ombre emplit Tâme d'effiroi. Parfois, dans les soupirs de l'onde et de la brise. N'entends-tu pas de souffle et de voix qui te dise : [moi? — — Enfant ! quand vous prirez , prirez-vous pas pour
C'est la plainte des morts l — Les morts pour qui l'on prie
Ont sur leur lit de terre une herbe plus fleurie.
Ils entendent du ciel le cantic|ue lointain.
Ceux qu'on oublie, hélas! — leur nuit est plus épaisse,
Un ver dans leur cercueil les dévore sans cesse.
Et l'orfraie à côté fait l'hymne du festin !
Prie ! afin que le père, et l'oncle et les aïeules. Qui ne demandent plus que nos. prières seules; Tressaillent dans leur tombe en s'entendant nommer, Sachent que sur la terre on se souvient encore, Et comme le sillon qui sent la fleur éclore.
Sentent dans leur œil vide une larme germer !
Ce n'est pas à moi, ma colombe/ De prier pour tous les mortels.
Pour les vivants dont la foi tombe, Pour tous ceux qu'enferme la tombe,^ Cette racine des autels !
TURTE-SEPTlftHE. 155
Ce n'est pas moi dont l*Ame est vaine, Pleine'd*erreurs, vide de foi, Qui prirais pour la race humaine, Puisque ma voix sujSit à peine.
Seigneur, à vous prier pour moi !
Non, si pour la terre méchante Quelqu^un peut prier aujourd'hui, Cest toi, dont la parole chante, G*esttoi! ta prière innocente, Enfant, peut se charger d'autrui.
Ah ! demande à ce père auguste Qui sourit à ton oraison Pourquoi Tarbre étoufife Tarbuste, Et qui fait du juste à Tinjuste Chanceler rhumaine raison.
Demande-lui si la sagesse N'appartient qu'à réternité; Pourquoi son souffle nous abaisse, Pourquoi dans la tombe sans cesse 11 e£Peuille l'humanité.
Pour ceux que les vices consument, Les enfants veillent au saint lieu; Ce sont des iBeurs qui le parfument.
Ce sont des encensoirs qui fument.
Ce sont des voix qui vont à Dieu l
Laissons faire ces voix sublimes.
Laissons les enfants à genoux.
Pécheurs ! nous avons tous nos crimes, Nous penchons tous sur les abîmes, L'enfance doit prier pour tous !
136 LKS PIOULBS b'aUTOMRB.
Comme une aumAne, enfant^ donne donc ta prière  ton père, à ta mère, aux pères de ton père ; Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur, Donne au pauvre, à la veuve, au crime, au vice immonde. Fais, en priant, le tour des misères du monde; [gneur! Donne à tous! donne aux morts!— Enfin donne au Sei-
« — Quoi! murmure ta voix qui veut parler et n*ose, » Âu Seigneur, au Très-Haut, manqne4-il quelque chose? » Il est le saint des saints, il est le roi des rois ! » Il se fait des soleils un cortège suprême ! » Il fait baisser la toix à l'océan lui-même ! » Il est seul ! il est tout! à jamais! à la lois! • —
Enfant, quand tout le jour vous avez en famille, Tes deux frères et toi, joué sous la charmille. Le soir vous êtes las, vos membres sont plies, Il vous taut un lait pur et quelques noix frugales, Et, baisant tour à tour vos tètes inégales.
Votre mère à genoux lave vos faibles pieds.
Hé bien ! il est quelqu'un dans ce monde où nous sommes Qui tout le jour aussi marche parmi les hommes. Servant et consolant, à toute heure, en tout lieu ; Cn bon pasteur qui suit sa brebis égarée; Un pèlerin qui va de contrée en contrée ; Ce passant, ce pasteur, ce pèlerin, c'est Dieu!
Le soir il estlnen las! il faut, peur quHl sourie. Une ftme qui le serve, un enfant qui le prie,
Un peu d*amour ! toi, ^li ne sait pas tromper, Porte-lui ton cœur plein d'inflooeoee et d'extase, Tremblante et Pœil baissé, comme un précieux vase Dont on craint de laisser une goutte échapper!
Porte-lui ta prière ! et quand, à quelque flamme Qui d*une chaleur douce emplira ta jeune âme, Tu verras qu'il est proche, alors, d mon bonheur, O mon enfant! sans craindre affiront ni raillerie, Verse, comme autrefois Marthe, sœur de Marie, Verse tout ton parfum sur les pieds du Seigneur !
O myrrhe I 6 cinname !
Nard cher aux époux !
Baume ! éther ! dietamet De Teau, de la flainme.
Parfums les plus doux!
Prés que Tonde arrose !
Vapeurs de Tautel !
Lèvres de la rose Où Tabeille posé Sa bouche de miel!
Jasmin ! asphodèle !
Encensoirs flottants !
Branche verte et frêle Où fait rbirondeile Son nid au printomps !
Lis que fait Mme Le frais arrosoir !
138 LB8 PBOILLIS ll*A1TT0VIfB.
Ambre que Dieu dore!
Souffle de Tanrore, Haleine du soir !
Parfum de la sève Daus les bois mouvants!
Odeur de la grève Qui la nuit s'élève Sur Paile des vents!
Fleurs dont la chapelle Se fait un trésor !
Flamme solennelle, Fumée éternelle Des sept lampes d*or!
Tiges qu*a brisées Le tranchant du fer!
Urnes embrasées !
Esprit des rosées Qui flottez dansTair !
Fêtes réjouies D^encens et de bruits !
Senteurs inouïes !
Fleurs épanouies Au souffle des nuits !
Odeurs immortelles Que les Ariel, Archanges fidèles.
Prennent sur leurs ailes En venant |lu ciel !
TBIHTB-SIPTIÈXI. 1 59
couche première Du premier époux!
De la terre entière.
Des champs de lumière Parfums les plus doux !
Dans Tauguste sphère Parfums, qu*êtes-Tous, Près de la prière Qui dans la poussière S'épanche à genoux! .
Près du cri d*une âme Qui fond en sanglots.
Implore et>réclame, Et s'exhale en flamme, £t se verse à flots!
Près de Thumble offrande D*un enfant de lin Dont Textase est grande Et qui recommande Son père orphelin!
Bouche qui soupire, Mais sans murmurer!
Ineffable lyre !
Voix qui fait sourire Et qui fait pleurer !
Quand elle prie, un ange est debout auprès d'elle, Caressant sei cheveux des plumes de son aile,
144^ LIS FlOILLt» It'kVtÛêttl^.
En essuyant les pleurs dont son ftil €st terni, Venu pour Técouter sans que Tenfant rappelle, Esprit qui tient le livre où l*innooeote épèle. Et qui pour remonter attend qu'elle ait fini.
Son beau front incliné semble un vase qu^il penche Pour recevoir les Ilots de ce cœur qui s^épanche; 11 prend tout, pleurs d^amour et soupirs de douleur; Sans changer de nature il s*emplit de cette âme, Gomme le pur cristal que notre soif réclame S*emplit d'eau jusqu'aux bords sans changer de couleur.
▲h! c'est pour le Seigneur sans doute qu'il recueille Ces larmes goutte à goutte et ce lis feuille à feuille ! Et puis il reviendra se ranger^u saint lieu.
Tenant prêts ces soupirs, ces parfums, cette haleine, Pour étancher le soir, comme une coup j; 'pleine. Ce grand besoin d'amour, la seule soif de Dieu !
Enfant ! dans ce concert qui d'en bas le salue, La voix par Dieu lui-môme entre toutes ^ue, C'est la tienne, ô ma fille ! elle a tant de douceur, Sur des ailes de flamme elle monte si pure, ^ Elle expire si bien en amoureux murmure Qlie les vierges du ciel disent : C'est une sœur !
Oh ! bien loin de la voie Où marèhe le pécheur.
Chemin où Dieu t'envoie f Enfant! garde ta joie!
Lis! garde ta blancheur!
TlMTl-SKPTlftHB. 14 1
Sois humble ! que Timporte Le riche et le puissant !
Un souffle les emporte.
La force la plus forte G*est un cœur innocent !
Bien souvent Dieu repousse Du pied les hautes tours; Mais dans le nid de mousse Où chante une voix douce Il regarde toujours !
Reste à la solitude !
Reste à la pauvreté !
Vis sans inquiétude !
Et ne te fais étude Que de Vétemité!
Il est, loin de nos villes,
Et loin de nos donteors,
Des lacs purs et tranquilles
Et dont toutes les lies
Sont des bouquets de fleurs ! *
Flots d'azur où l'on aine A laver ses remords !
D'uB chamie si suprême Que l'incrédule même S'agenouille à leurs bords !
L'ombre qui les inonde Calme et nous rend meilleurs; Leur paix est si profonde Que Jamais à leur onde On n'a mêlé de pleurs !
143 LIS PBII1LI.SS d'aVTOKHI.
Et le jour, que leur plaine Reflète éblouiMant, Trouve Peau n sereine Qu*il y hasarde à peine Un nuage en passant !
Ces lacs que rien n*altère, Entre des monts géants Dieu les met sur la terre, Loin du souffle adultère Des sombres océans.
Pour que nul vent aride.
Nul flot mêlé de fiel N'empoisonne et ne ride Ces gouttes d*eau limpide Où se mire le ciel !
O ma fille. Ame heureuse !
lac de pureté !
Dans la vallée ombreuse, Reste où ton Dieu te creuse Un lit plus abrité !
Lac que le ciel parfume !
Le monde est une mer; Son souflle est plein de brume.
Un peu de son écume Rendrait ton flot amer !
£t toi, céleste ami qui gardes son enfonce»
Qui le jour et la nuit lui fais une défense
TRIlITI-SBPTlftlIB. 14^
De tes ailes d*azur !
Invisible trépied ou s^allume sa flamme ! y
Esprit de sa prière, ange de sa jeune âme, V
Cygne de ce lac pur!
Dieu te Ta confiée et je te la confie !
Soutiens, relève, exhorte, inspire et fortifie
Sa frêle humanité !
Qu*«lle garde à jftnais, réjouie ou souffirante. Cet œil plein de rayons, cette âme transparente,
Cette sérénité
Qui feit que tout le jour, et sans qu*eUe te voie, Écartant de son coeur faux désirs, fausse joie,
Mensonge et passion, Prosternant à ses pieds ta couronne immortelle , Comme elle devant Dieu, tu te tiens devant elle
En adoration !
Juin i83o.
itrente-l^ttttîhKe.