‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 18 sur 23 · PAN · texte numérisé non relu

PAN

'OAoi véôi, tX^i fAç, $X9i 8f$aXfkOç.

Cmii. Alix.

Si Ton vous dit que Tart et que la poésie C'est un flux éternel de banale ambroisie, Que c*est le bruit, la foule, attachés à vos pa«, ' Ou d*un salon doré Toisive fantaisie.

Ou la rime en fuyant par la rime saisie, Oh ! ne le croyez pas !

O poètes sacrés, échevelés, sublimes,

Allez, et répandez vos âmes sur les cimes,

Sur les sommets de neige en butte aux aquilons.

Sur les déserts pieux où Tesprit se recueille.

Sur les bois que Tautomne emporte feuille à feuille,

Sur les lacs endormis dans Tombre des vallons!

TKIHTE-HOITIkHB. 145

Partout où la nature est gracieii&e et belle, Où rherbe l'épaissit pour le troupeau qui bêle, Où le chevreau lascif mord le cytise en fleurs, Où chante un pâtre assis sous une antique arcade, Où la brise du soir fouette avec la cascade ht rociier tout en pt^rs;

Partout où Ta la phime et le flocon de laine; Que ce soit une mer, que ce soit une plaine, Une vieille forêt auK branchages mouvants, Iles au sol désert, lacs à Peau solitaire, Montagnes, océans, neige ou sable, onde on terre. Flots ou sillons; partout où vont les quatre vents;

Partout où le couchant grandit Pombre des chênes. Partout où les coteaux eroisent leurs molles chaînes, Partout où sont des champs, des moissons, des cités. Partout où pand un fruit à la branche épuisée. Partout où Poiseau boit des gouttes de rosée. Allez, voyez, chantez !

Allez .dans les forêU, allez dans les vallées. Faites-vous un concert des notes isolées!

Cherchez dans la nature, étalée à vos yeux.

Soit que Phiver Pattriste ou que VÂé Pégaye, Le mot niystérieux que chaque voix bégaye.

Ecoutez ce que dit la foudre dans les cieux !

G*est Dieu qui renplK tout. Le monde, c*esC son temple. Œuvre vivante^ où tout Pécoute et le contemple ! Tout lui parle et le ehante. Il est seul, il est un. Dans sa création tout est Joie et sourire ; L*étoile qui regarde et la fleur qui respire. Tout est flamme ou parfum î

146 LES rBOULKS 'D AUTOVIIK.

Enivrez-vous de tout ! enivrez-vous, poètes, Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes. Du voyageur de nuit dont on entend la voix.

De ces premières fleurs dont février s*étonne. Des eaux, de Tair, des prés, et du bruit monotone Que font les chariots qui passent dans les bois!

Frères de Taigle! aimez la montagne sauvage:

Surtout à ces moments où vient un vent d*orage, Un vent sonore et lourd qui grossit par degrés. Emplit Tespace au loin de nuages et d'ombres. Et penche sur le bord des précipiœs sombres Les arbres effarés!

Contemplez du matia la pureté divine, Quand la brume en flocons inimde la ravine, Quand le soleil, que cache à demi la ft>rét.

Montrant sur Thorizon sa rondeur échancrée.

Grandit comme ferait la coupole dorée D*un palais d*Orient dont on approcherait!

Enivrez-vous du soir! A cette heure où, dans Tombre, Le paysage obscur, plein de formes sans nombre, S*efiPace, de chemins et de fleuves rayé ; Quand le mont dont la tète à rhorizon s*élève. Semble un géant couché qui regarde et qui rêve, Sur son coude appuyé !

Si vous avez en vous, vivantes et pressées, Un monde intérieur d'images, de pensées.

De sentiments, d'amour, d'ardente passion.

Pour féconder ce monde, échangez-le sans cesse Avec l'autre univers visible qui vous presse! Mêlez toute votre âme à la création!

TRBIfTI-HVITifcHB. 147

Car, 6 poètes saints ! Tart est le son sublime, Simple, divers, profond, mystérieux, intime, Fugitif comme Teau qu*un rien fiait dévier.

Redit par un écho dans toute créature, Que sous nos doigts puissants exhale la nature, Cet immense clavier !

Novembre x83i.

'^rentf-tiettutème*

Amor it mi peeho, Peeho dt mi amor !

jirhol, que has heeha Que ko* heeho delfior ?

ROMAirCB.

Avant que mes chansons aimée;, Si jeunes et si parfumées, Du monde eussent subi Taffront, Loin du peuple ingrat qui les foule, Comme elles fleurissaient en foule, Vertes et fraîches sur mon ftont !

De Tarbre à présent détachées, Fleurs par Paquilon desséchées, Vains débris qu'on traîne en rêvant, Elles errent éparpillées, De fange ou de poudre souillées, Au gré du flot, au gré du vent.

Moi, comme des feuilles flétries^ Je les vois, toutes défleuries

TREIVTE-IfElIVlftKB. 149

Courir sur le sol dépouillé ; Et la foule qui m*enyironne, En broyant du pied ma couronne, Passe et rit de Tarhre effeuillé!

Septembre 1828.

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(BUtiaratittéme*

Totf Tertu, pleure si je meun !

Amis, un dernier mot ! — et je ferme à jamais Ce livre, à ma pensée étranger désormais.

Je n'écouterai pas ce qu*en dira la foule.

Car, qu'importe à la. source où son onde s*écouIe ? Et que m'importe, à moi, sur Tayenir penché.

Où va ce vent d'automne au souffle desséché Qui passe, en emportant sur son aile inquiète Et les feuilles de l'arbre et les vers du poète?

Oui, je suis jeune encore, et quoique sur mon fh>nt, Où tant de passions et d'œuvres germeront.

Une ride de plus chaque jour soit tracée, Gomme un sillon qu'y fait le soc de ma pensée. Dans le cours incertain du temps qui m'est donné, L^été n'a pas encor trente fois rayonné.

Je suis fils de ce siècle ! une erreur, chaque année, S'en va de mon esprit, d'elle-même étonnée,

QUARANTlfcVB. I$t

Et, détroipi^ de tout, mon culte n^est resté

Qu^à vou8^ sainte patrie et sainte liberté ! • '*' '

Je hais l'oppression d'une haine profonde.

Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,

Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,

Un peuple qu'on égorge appeler et crier,

Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs li-

La Grèce, notre mère, agonise éventrée ; [vrée,

Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix;

Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois ;

Quand Lisbonne, jadis belle et toujours en fête.

Pend au gibet, les pieds de Miguel sur sa tète ;

Lorsqu'Albani gouverne au pays de Gaton ;

Que Naples mange et dort : lorsqu'avec son bâton,

Sceptre honteux et lourd que la peur divinise,

L'Autriche casse Taile au lion de Venise;

Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc

Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc;

Quand Madrid se rendort d'un sommeil léthargique;

Quand Vienne tient Milan ; quand le lion belgique,

Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon,

N'a plus même de dents pour mordre son bâillon ;

Quand un Cosaque affreux, que la rage transporte,

Viole Varsovie échevelée et morte,

Et souillant son linceul, chaste et sacré lambeau.

Se vautre sur la vierge étendue au tpmbeau ;

Alors, oh ! je maudis, dans leur cour, dans leur antre.

Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre !

Je sens que le poète est leur juge ! Je sens

Que la muse indignée, avec ses poings puissants.

Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône,

Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,

Et renvoyer ces rois, qu'on aurait pu bénir,

*'-'•'"'**• *»" front d'un vers que lira l'avenir !

159 LBS FEIIULB8 D^VTOMNB.

Oh ! la muse te doit aux peuples sans défense. J^oublie alor» Taniour, la famille, Teaftinoe, Et les molles chansons, et le loisir serein, Et J*sjoate à ma lyre one corde d*airafn!

NoTcmbre i83i.

FIN DBS FBUILLB8 D^AIITOMIIB.

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