‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 2 sur 23 · A M. LOUIS B · texte numérisé non relu

A M. LOUIS B

Lfrn94»i domus aha, solo Lauréate ttpuferum.

Louis, quand vous irez, dans un de vos voyages. Voir Bordeaux, Pau, Bayonne et ses charmants rivages, Toulouse la Romaine, où dans des Jours meilleurs J*ai cueilli tout enfant la poésie en fleurs , Passez par Blois. — Et là, bien volontierssans doute , Laissez dans le logis vos compagnons de route , Et tandis quUls joûront, riront ou dormiront. Vous, avec vos pensers qui haussent votre front, Montez à travers Blois cet escalier de rues Que n*inonde jamais la Loire au temps des crues; Laissez là le château, quoique sombre et puissant , Quoiqu'il ait à la face une tache de sang; Admirez, en passant, cette tour octogone Qui fait à ses huit pans hurler une gorgone ; Mais passez. — Et sorti de la ville, au midi ,

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Cherchez un tertre vert, circulaire, arrondi , Que surmonte un grand arbre, un noyer, ce me semble Gomme au cimier d*un casque une plume qui tremble. Vous le reconnaîtrez, ami; car tout rêvant.

Vous Uaurez vu de loin sans doute en arrivant.

Sur le tertre monté, que la plaine bleuâtre , Que la ville étagée en long amphithéâtre , Que réglise, ou la Loire et sei voiles aux vents , Et ses mille archipels plus que ses flots mouvants, Et de Chambord là-bas au loin les cent tourelles , Ne fassent pas voler votre pensée entre elles. Ne levez pas vos yeux si haut que Thmizon , Regardez à vos pieds. —

Louis, cette maison Qu'on voit, bâtie en pierre et d*ardoise couverte , Blanche et carrée, au bas de la colline verte. Et qui, fermée à peine aux regards étrangers , S*épanouit charmante entre ses deux vergers; G^est là. — Regardez bien : c'est le toit de mon père , Cest ici qu'il s'en vint dormir après la guerre , Celui que tant de fois mes vers vous ont nommé , Que vous n'avez pas vu, qui vous aurait aiméî

Alors, 6 mon ami, plein d'une extase amère , Pensez pieusement, d'abord à votre mère Et puis à votre sœur, et dites : « Notre ami » Ne reverra jamais son vieux père endormi î

» Hélas ! il a perdu cette sainte défense » Qui protège la vie encore après l'enfonce , » Ce pilote prudent, qui pour dompter le fiot » Prête une expérience au jeune matelot !

30 LB8 rSUlLLBS d'aVTOHNX.

» Plus de père pour lui ! plm rien qu*une mémoire f

•> Plus d*augu8te vieillesse à couronner de gloire !

» Plus de récits guerriers! plus de beaux cheveux blancs

» A faire caresser par les petits enfants !

» Hélas ! il a perdu la moitié de sa vie,

» L^orgueil de faire voir à la foule ravie

» Son père, un vétéran, un général ancien f

» Ce foyer où Ton est plus à Taise qu*au «en ,

» Et le seuil paternel qui tressaille de joie

» Quand du fils qui revient le chien fidèle aboie!

» Le grand arbre est tombé ! resté seul au vallon , » Uarbuste est désormais à nu sous Taquilon.

» Quand Taïeul disparaît du sein de la famille, » Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fillet, » Se rallie inquiet autour du père seul » Que ne dépasse plus le f^ont blanc d^ Taïeul. » G*est son tour maintenant. Du soleil, de la pluie , » On s^abrite à son ombre, à sa tige on s^appuie. » G*est à lui de veiller, d'enseigner, de souffi'ir, n De travailler pour tous, d^agir et de mourir !

» Voilà que va bientôt sur sa tète vieillie » Descendre la sagesse austère et recueillie; » Voilà que ses beaux ans s'envolent tour à tour, » Emportant Tun sa joie et l'autre son amour, » Ses songes de grandeur et de gloire ingénue , » Et que pour travailler son âmq reste nue, » Laissant là Tespérance et les rêves dorés, » Ainsi que la glaneuse, alors que dans les prés » Elle marche, d'épis remplissant sa corbeille , » Quitte son vêtement de fête de la veille !

» Mais le soir, la glaneuse aux branches d'un buisson » Reprendra ses atours, et chantant sa chanson ,

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» S'en reviendra parée, et belle et consolée; » Tandis que cette vie, âpre et morne vallée , » rra point de buisson vert où Ton retrouve un jour » L'espoir, illusion, Tinnocence et Tamour !

« Il continûra donc sa tâche commencée , » Tandis que sa famille autour de lui pressée , « Sur son front, où des ans s'imprimera le cours , » Verra tomber sans cesse et s'amasser toujours, » Comme les feuilles d'arbre au vent de la tempête , » Cette neige des jours qui blanchit notre tête !

» Ainsi du vétéran par la guerre épargné ,

» Rien ne reste à son fils, muet et résigné,

» Qu'un tombeau vide, et toi, la maison orpheline

1» Qu'on voit blanche et carrée au bas de la colline ,

» Gardant, comme un parfum dans le vase resté,

» Ifn air de bienvenue et d'hospitalité I

» Un sépulcre à Paris! de pierre ou de porphyre,

» Qu'importe ! les tombeaux des aigles de l'empire

« Sont auprès. Ils sont là tous ces vieux généraux

» Morts un jour de victoire en antiques héros, .

» Ou, regrettant peut-être et canons et mitraille,

» Tombés à la tribune, autre champ de bataille.

« Ses fils ont déposé sa cendre auprès des leurs,

» Afin qu'en l'autre monde, heureux'^our les meilleurs,

» Il puisse converser avec ses frères d'armes;

» Car sans doute ces chefs, pleures de tant de larmes,

» Ont là-bas une tente. Ils y viennent le soir

» Parler de guerre; au loin, dans l'ombre, ils peuvent

» Flotter de l'ennemi les enseignes rivales; [voir

» Et l'empereur au fond passe par intervalles.

9 Une maison à Blois ! riante, quoique en deuil, » Ëlégante et petite, avec un lierre au seuil,

99 LIS PfiOlLLSS D*A1IT0HNI.

» Et qui fait soupirer le voyageur d*enyie

n Gomme ub charmant asile à reposer sa vie,

» Taiit sa neuve façade a de firalches couleurs !

» Tant son flront est caché dansFherhe et dans les fleurs !

A Maison! sépulcre! hélas! pour retrouver quelque ombre

» De ce père parti sur le navire sombre,

» Où fàut-ilque le fils aillé égarer ses pas?...

» Maison, tu ne Tas plus ! tombeau, tu ne Tas pas ! »

Jain i83o.

^robihne*

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