‹ Les feuilles d'automne: suivis de plusieurs piec̀es nouvellesChapitre 3 sur 23 · RÊVERIE D'UN PASSANT · texte numérisé non relu

RÊVERIE D'UN PASSANT

A PROPOS D*Uir KOI.

PrmbëU amrts 90* qui eomtinttit mudti' titdinê» et place tit vobi* in turhi» matiomum, quoniam non euttodt'stis legem jtutieiœ, neqne seeundiuH voluntatem Dei amiw lastis.

Sa p. 6.

Voitures et chevaux, à grand bruit, Pautre jour,

Meuaient le roi de Naple au gala de la cour.

J'étais au Carrousel, passant avec la foule

Qui par ses trois guichets incessamment s'écoule

Et traverse ce lieu quatre cents fois par an

Pour r^^arder un prince ou voir l'heure au cadran.

Je suivais lentement, comme Tonde suit l'onde, Tout ce peuple, songeant qu'il était dans le monde, Certes, le fils aine du vieux peuple romain,

24 LIS FEUILLES d'aOTOMNE.

Et qu^il avait un jour, d'un revers de sa main, Déraciné du sol les tours de' la Bastille.

Je m'arrêtai : le suisse avait fermé la grille. Et le tambour battait, et parmi les bravos Passait chaque voiture avec ses huit chevaux. La fanfare emplissait la vaste cour, jonchée D'officiers redressant leur tête empanachée ; Et les royaux coursiers marchaient sans s'étonner, Fiers de voir devant eux des drapeaux s'incliner. . Or, attentive au bruit, une femme, une vieille, En haillohs, et portant au bras quelque corbeille, "Branlant son chef ridé, disait à haute voix : — Un roi ! sous l'empereur, j'en ai tant vu des rois !

Alors je ne vis plus des voitures dorées La haute impériale et les rouges livrées, Et tandis que passait et repassait cent fois Tout ce peuple inquiet plein de confuses voix. Je rêvai. Cependant la vieille vers la Grève Poursuivait son chemin en me laissant mon rêve, Comme l'oiseau qui va, dans la forêt lâché, Laisse trembler la feuille où son aile a touché.

Oh ! disais^je, la main sur mon front étendue.

Philosophie, au bas dii peuple descendue !

Des petits sur les grands grave et hautain regard !

Où ce peuple est venu, le peuple arrive tard ;

Mais il est arrivé. Le voilà qui dédaigne !

Il n'est rien qu'il admire, ou qu'il aime, ou qu^il craigne.

Il sait tirer de tout d'austères jugements.

Tant le marteau de fer des grands événements

A, dans ces durs cerveaux qu'il façonnait sans cesse,

Comme un coin dans le chêne enfoncé la sagesse !

Page 1