LA CANADIENNE
ÉI.tGIE.
Sur ce palmier qui te balance^ Dors, tendre fruit de mon amour; Mes bras, quelques instants, ont porté ton enfance, Ce firagile palmier te soutient à son tour ; Ainsi me berçait Tespérance.
Dors en paix sur ce frêle appui.
Si le vent vient gémir sur ta tonÂe légère.
Le vent te dira que ta mère
Gémit sans cesse comme lui.
Aussi longtemps que les pleurs de Taurore Mouilleront ton front pâle, en arrosant les fleurs. Aussi longtemps, mon Als, ta mère qui t'adore,
Te viendra baigner de ses pleurs.
Tout sur Tarbre de mort te peindra ma souffrance. Si pourtant le ramier de ses accords touchants
Te fait entendre la cadence, Ne crois pas de ta mère entendre les doux chants. Car ta mère avec toi veut garder le silence.
183 POisiM iiftoiT.is.
Tu 0*68 donc plus! mes yeux ne le verront jpni»
Rire et folâtrer dans nos plaines, V Poursuivre le chevreuil de sommets en sommet,
Et gravir le vieux tronc des chênes. \ Je ne te verrai point dans Fâge des amours, y-- Quand un duvet léger t'embellirait à peine, v A ta craintive amante apportant. tous les Jours
Le fruit d'une chasse lointaine.
Lui demander, pour prix des dépouilles des ours,
L'une de ses tresses d'ébène.
Nos guerriers ne me diront pas :
« Ton fils est digne de son père; » Il porte sans frémir la lance des combats,
» Et le calumet de la guerre. »
Je vivrai comme une étrangère,
Et l'on dira : « Soh fils est le Jouet du vent, » Il n'est point mort en brave, étendu sur la terre ;
» C'est lui dont le cercueil mouvant
» Courbe le palmier solitaire. »
Tu n'es plus, quel est mon malheur ! Tes yeux, à peine ouverts, sont fermés à l'aurore; Je fus un instant mère : hélas ! à ma douleur.
Cher enfont. Je crois Fètre encore !
Au sommet du triste palmier.
Ce berceau qui te sert de tombe
Servira de nid au ramier, - Ou de demeure à la colombe ;
Et quand demain l'astre des Jours Teindra ton froid cercueil de sa couleur riante,
Au fond de sa couche odorante L'oiseau s'éveillera : tu dormiras toujours ! Quand, pour bénir l'enfant, dont sa fille est la nièr«t.
Tiendra mon père aux cheveux blancs,
LA CANADIENlfE. 183
Je guiderai ses pas tremblants
Au pied de Tarbre funéraire.
Que lui dirai-je? Hélas! son regard attristé Se remplira des pleurs dont ici Je Tarrose.
-* Le fils que j*ai porté repose
Sur le palmier qu*il a planté !