‹ Les feuilles d'automne (volume 2)Chapitre 18 sur 38 · BYRON · texte numérisé non relu

BYRON

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Quand le livre où s'endort chaque soir ma pensée, Quand l'air de la maison, les soucis du foyer, Quand le bourdonnement de la ville insensée Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête

Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,

Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête, Le regard de mon âme à la terre tourné;

Elle s'échappe enfin, va, marche, et dans la plaine Prend le mème sentier qu’elle prendra demain,

Qui l’égare au hasard et toujours la ramène, Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts, où dans l’ombre indécise Flottent tant de rayons, de murmures, de voix, Trouve la rêverie au premier arbre assise,

Et toutes. deux s’en vont ensemble dans les bois.

27 juin 1830.

Oh! pourquoi te cacher? Tu pleurais seule ici. Devant tes yeux rêveurs qui donc passait ainsi ? Quelle ombre flottait dans ton âme?

Était-ce long regret ou noir pressentiment, Ou jeunes souvenirs dans le passé dormant, Ou vague faiblesse de femme?

Voyais-tu fuir déjà l'amour et ses douceurs, Ou Les illusions, toutes ces jeunes sœurs Qui le matin, devant nos portes, Dans l’avenir sans borne ouvrant mille chemins, Dansent, des fleurs au front et les mains dans les mains, Et bien avant le soir sont mortes ?

Ou bien te venait-il des tombeaux endormis Quelque ombre douloureuse avec des traits amis, Te rappelant le peu d’années,

Et demandant tout bas quand tu viendrais le soir Prier devant ces croix de pierre ou de bois noir Où pendent tant de fleurs fanées?

Mais non, ces visions ne te poursuivaient pas. Il suffit pour pleurer de songer qu’ici-bas Tout miel est amer, tout ciel sombre, Que toute ambition trompe l'effort humain, Que l'espoir est un leurre, et qu’il n’est pas de main Qui garde l'onde ou prenne l'ombre.

Toujours ce qui là-bas vole au gré du zéphyr Avec des ailes d’or, de pourpre et de saphir Nous fait courir et nous devance; Mais adieu l'aile d’or, pourpre, émail, vermillon, Quand l'enfant a saisi le frêle papillon, Quand l’homme a pris son espérance!

Pleure. Les pleurs vont bien, même au bonheur; tes chants Sont plus doux dans les pleurs, tes yeux purs et touchants Sont plus beaux quand tu les essuies.

L'été, quand il a plu, le chant est plus vermeil, Et le ciel fait briller plus frais au beau soleil Son azur lavé par les pluies.

Pleure comme Rachel, pleure comme Sara.

On a toujours souffert ou bien onsouffrira.

Malheur aux insensés qui rient!

Le Seigneur nous relève alors que nous tombons;

Car il préfère encor les malheureux aux bons, Ceux qui pleurent à ceux qui prient.

Pleure afin de savoir! Les larmes sont un don. . Souvent les pleurs, après l'erreur et l'abandon, Raniment nos forces brisées,

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