LAISSEZ, TOUS CES ENFANTS SONT BIEN LA
La ballade est plus fraîche, et dans le ciel grondant L'ode ne pousse pas d’un souffle moins ardent Le groupe des strophes ailées.
Je les vois reverdir dans leurs jeux éclatants,
Mes hymnes, parfumés comme un champ de printemps.
O vous, dont l’âme est épuisée, O mes amis! l'enfance aux riantes couleurs Donne la poésie à nos vers, comme aux fleurs L’aurore donne la rosée.
Venez, enfants! — À vous jardins, cours, escaliers! Ébranlez et planchers, et plafonds, et piliers! Que le jour s'achève ou renaisse, Courez et bourdonnez comme l'abeille aux champs! Ma joie et mon bonheur et mon âme et mes chants Iront où vous irez, jeunesse!
Il est pour les cœurs sourds aux vulgaires clameurys
D’harmonieuses voix, des accords, des rumeurs, Qu'on n'entend que dans les retraites,
Notes d’un grand concert interrompu souvent,
gi
Vents, flots, feuilles des bois, bruits dont l’âme en rêvant
Se fait des musiques secrètes.
Moi, quel que soit le monde, et l’homme, et l’avenir, Soit qu’il faille oublier ou se ressouvenir.
Que Dieu m'afflige ou me console, Je ne veux habiter la cité des vivants Que dans une maison qu’une rumeur d'enfants Fasse toujours vivante et folle.
De même, si jamais enfin je vous revois, Beau pays dont la langue est faite pour ma voix, Dont mes yeux aimaient les campagnes,
Bords où mes pas enfants suivaient Napoléon, Fortes villes du Cid ! à Valence, 6 Léon, Castille, Aragon, mes Espägnes!
Je ne veux traverser vos plaines, vos cités,
Franchir vos ponts d’une arche entre deux monts jetés, Voir vos palais romains ou maures,
Votre Guadalquivir qui serpente et s'enfuit,
Que dans ces chars dorés qu’emplissent de leur bruit Les grelots des mules sonores.
11 mai 1830.
Where should
I steer?