‹ Les feuilles d'automne (volume 2)Chapitre 3 sur 38 · A M. LOUIS B · texte numérisé non relu

A M. LOUIS B

« Le grand arbre est tombé! resté seul au vallon, L’arbuste est désormais à nu sous l’aquilon.

Quand l’aïeul disparaît du sein de la famille,

Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fille, Se rallie inquiet autour du père seul,

Que ne dépasse plus le front blanc de l’aïeul. C’est son tour maintenant. Du soleil, de la pluie, On s’abrite à son ombre, à sa tige on s'appuie. C’est à lui de veiller, d'enseigner, de souffrir,

De travailler pour tous, d'agir, et de mourir! Voilà que va bientôt sur sa tête vieillie Descendre la sagesse austère et recueillie;

Voilà que ses beaux ans s’envolent tour à tour, Emportant l’un sa joie et l’autre son amour,

Ses songes de grandeur et de gloire ingénue,

Et que pour travailler son âme reste nue, Laissant là l’espérance et les rêves dorés,

Ainsi que la glaneuse, alors que dans les prés

Elle marche, d’épis emplissant sa corbeille, Quitte son vêtement de fête de la veille.

Mais, le soir, la glaneuse aux branches d’un buisson Reprendra ses atours, et chantant sa chanson S'en reviendra parée, et belle, et consolée; Tandis que cette vie, âpre et morne vallée,

N'a point de buisson vert où l’on retrouve un jour L'espoir, l'illusion, l'innocence et l'amour!

« Il continuera donc sa tâche conmencée, Tandis que sa famille, autour de lui pressée,

Sur son front, où des ans s’imprimera le cours, Verra tomber sans cesse et s’amasser toujours, Comme les feuilles d'arbre au vent de la tempête, Cette neige des jours qui blanchit notre têtel

« Ainsi du vétéran par la guerre épargné,

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