PAN
Enivrez-vous de tout! enivrez vous, poëtes,
Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes, Du voyageur de nuit dont on entend la voix,
De ces premières fleurs dont février s'étonne, . Des eaux, de l'air, des prés, et du bruit monotone Que font les chariots qui passent dans les bois.
Frères de l'aigle ! aimez la montagne sauvage!
Surtout à ces moments où vient un vent d'orage,
Un vent sonore et lourd qui grossit par degrés,
Emplit l’espace au loin de nuages et d’ombres,
Et penche sur le bord des précipices sombres Les arbres effarés!
Contemplez du matin la pureté divine, Quand la brume en flocons inonde la ravine, Quand le soleil, que cache à demi la forêt, Montrant sur l'horizon sa rondeur échancrée, Grandit comme ferait la coupole dorée
D'un palais d'Orient dont on approcherait!
Emvrez-vous du soir! à cette heure où, dans l’ombre,
Le paysage obscur, plein de formes sans nombre,
S’efface, des chemins et des fleuves rayé;
Quand le mont, dont la tête à l'horizon s'élève,
Semble un géant couché qui regarde et qui rêve, Sur son coude appuyé!
Si vous avez en vous, vivantes et pressées,
Un monde intérieur d'images, de pensées,
De sentiments, d'amour, d’ardente passion, Pour féconder ce monde, échangez-le sans cesse Avec l’autre univers visible qui vous presse! Mêlez toute votre âme à la création!
Car, Ô poëtes saints! l’art est le son sublime,
Simple, divers, profond, mystérieux, intime,
Fugitif comme l’eau qu'un rien fait dévier,
Redit par un écho dans toute créature,
Que sous vos doigts puissants exhale la nature Cet immense clavier!
8 novembre 1881,
Amor de mi pecho, Pecho de mi amor!
- Arbe*, que has hecho, Que has hecho del flor ?
Romance.
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Avant que mes chansons aimées,
Si jeunes et si parfumées,
Du monde eussent subi l’affront, Loin du peuple ingrat qui les foule, Comme elles fleurissaient en foule, Vertes et fraîches sur mon front!
De l'arbre à présent détachées, Fleurs par l’aquilon desséchées, Vains débris qu’on traîne en rêvant, Elles errent éparpillées,
De fange ou de poudre souillées, Au gré du flot, au gré du vent.
Moi, comme des feuilles flétries, Je les vois, toutes défleuries, Courir sur le sol dépouillé;
Et la foule qui m’environne,
En broyant du pied ma couronne Passe et rit de l'arbre effeuillé!
6 septembre 1828,
HPEEÈE | Toi, vertu, pleure si je meurst | 1 | ANDRÉ CHÉNIER,
Amis, un dernier mot! — et je ferme à jamais
Ce livre, à ma pensée étranger désormais.
Je n’écouterai pas ce qu’en dira la foule.
Car, qu'importe à la source où son onde s'écoule? Et que m'importe, à moi, sur l'avenir penché,
Où va ce vent d'automne au soufle desséché
Qui passe, en emportant sur son aile inquiète
Et les feuilles de l’arbre et les vers du poëte?
Oui, je suls jeune encore, et, quoique sur mon front, Où tant de passions et d'œuvres germeront,
Une ride de plus chaque jour soit tracée,
Comme un sillon qu'y fait le soc de ma pensée,
Dans le cours incertain du temps qui m'est donné, L'été n’a pas encor trente fois rayonné.
Je suis fils de ce siècle. Une erreur, chaque année, S'en va de mon esprit, d'elle-même étonnée,
Et, détrompé de tout, mon culte n’est resté
Qu'à vous, sainte patrie et sainte liberté!
Je hais l'oppression d’une haine profonde.
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde, Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier;
Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée, La Grèce, notre mère, agonise éventrée;
Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix;
Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois; Quand Lisbonne, jadis belle e, toujours en fête,
Pend au gibet, les pieds de Miguel sur sa tête; Lorsque Albani gouverne au pays de Caton;
Que Naples mange et dort; lorsque avec son bâtou, Sceptre honteux et lourd que la peur divinise, L'Autriche casse l'aile au lion de Venise;
Quand Modène étranglé râle sous l’archiduc;
Quand Dresde lutte et pleure au lit d’un roi caduc; Quand Madrid se rendort d’un sommeil léthargique; Quand Vienne tient Milan, quand le lion belgique, Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon,
N'a plus même de dents pour mordre son bâillon, Quand un Cosaque affreux, que la rage transporte, Viole Varsovie échevelée et morte,
Et, souillant son linceul, chaste et sacré lambeau,
Se vautre sur la vierge étendue au tombeau;
Alors, oh! je maudis, dans leur cour, dans leur antre, Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu’au ventre Je sens que le poëte est leur juge! je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants, Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône,
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
lt renvoyer ces rois, qu’on aurait pu bénir,