‹ Les feuilles d'automne (volume 3)Chapitre 29 sur 48 · LE BAL DE L HOTEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

LE BAL DE L HOTEL-DE-VILLE

Aiosi rUôtel-de-Yille illumine son faite.

Le prince et les flambeaux , tout y brille, et la fête Ce soir ya resplendir sur ce comble éclairé , Ck>nune l'idée au front du poète sacré t Mais cette fête, amis, n*est pas une pensée.

Ce n'est pas d'un banquet que la France est pressée , £t ce n'est pas un bal qu'il faut , en vérité , A ce tas de douleurs qu'on nomme la Cité !

Puissants 1 nous ferions mieux de panser quelque plaie Dont le sage réyeur à cette heure s'effraie , D'étayer l'escalier qui d'en bas monte en haut , D'agrandir l'atelier , d*amoindrir l'échafaud , De songer aux enfants qui sont sans pain dans l'ombre , De rendre un paradis au pauvre impie et sombre , Que d'allumer un lustre et de tenir la nuit Quelques fous éveillés autour d'un peu de bruit !

fft/l LES CHANTS DU CUÊI'tJSCtJLE.

O reines de nos toits , femmes chastes et saintes ,

Fleurs qui de nos maisons parfumez les enceintes ,

Vous à qui le bonheur conseille la vertu ,

Vous qui contre le mal n*avez pas combattu ,

A qui jamais la faim , empoisonneuse infâme ,

N*a dit : Vends-moi ton corps, — c'est-à-dire votre âme!

Vous dont le coeur de joie et d'innocence est plein ,

Dont la pudeur a plus d'enveloppes de lin

Que n'en avait Isis, la déesse voilée,

Cette fête est pour vous comme une aube étoilée !

Vous riez d'y courir tandis qu'on souffre ailleurs !

C'est que votre belle âme ignore les douleurs ;

Le hasard vous posa dans la sphère suprême ;

Vous vivez, vous brillez, vous ne voyez pas même.

Tant vos yeux éblouis de rayons sont noyés,

Ce qu'au-dessous de vous dans l'ombre on foule aux pieds !

Oui , c'est ainsi. — Le prince , et le riche , et le monde

Cherche à vous réjouir, vous pour qui tout abonde.

Vous avez la beauté, vous avez l'ornement;

La fête vous enivre à son bourdonnement ,

Et , comme à la lumière un papillon de soie ,

Vous volez à la porte ouverte qui flamboie !

Vous allez à ce bal , et vous ne songez pas

Que parmi ces passants amassés sur vos pas ,

En foule émerveillés des chars et des livrées ,

D'autres femmes sont là , non moins que vous parées ,

Qu'on farde et qu'on expose à vendre au carrefour ;

Spectres où saigne encor la place de l'amour ;

Comme vous pour le bal , belles et demi-nues ;

Pour vous voir au passage, hélas ! exprès venues,

Voilant leur deuil affreux d'un sourire moqueur.

Les fleurs au front, la bouc aux pieds, la haine au cxBur!

Mai 18:».

O Dieu ! si tous avez la France sous vos ailes ,

Ne souffrez pas, Seigneur, ces luttes éternelles ;

Ces trônes qu*on élève et qu*on brise en courant ;

Ces tristes libertés qii*on donne et qu'on reprend ;

Ce noir torrent de lois, de passions, d'idées,

Qui répand sur les mœïirs ses vagues débordées ;

Ces tribuns opposant, lorsqu'on les réunit.

Une charte de plâtre aux abus de granit ;

Ces flux et ces reflux de Tonde contre Tonde ;

Cette guerre, toujours plus sombre et plus profonde,

Des partis au pouvoir, du pouvoir aux partis;

L'aversion des gi^ands qui ronge les petits ;

Et toutes ces rumeurs, ces chocs, ces cris sans nombre,

Ces systèmes affreux échafaudés dans Tombre ,

Qui font que le tumulte et la haine et le bruit

Emplissent les discours , et qu'on entend la nuit ,

A l'heure où le sommeil veut des moments tranquilles,

Les lourds canons rouler sur le pavé des villes !

Août 1832.

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