SUR
LA PREMIÈRE PAGE d'uN PÉTRARQUE.
Quand d'une aabe d'amour mon âme se colore , Quand je sens ma pensée, 6 chaste amant de Laure, Loin du soufQe glacé d'un Tulgaire moqueur, Éclore feuille à feuille au plus profond du cœur , Je prends ton liyre saint qu'un feu céleste embrase , Où si souvent murmure à côté de l'extase La résignation au sourire fatal ; Ton beau livre, où Ton voit, comme un flot de cristal Qui sur un sable d'or coule à sa fantaisie , Tant d'amour ruisseler sur tant de poésie !
Je viens à ta fontaine , 6 maître ! et je relis Tes vers mystérieux par la grâce amollis ;
Doux trésor ! fleur d'amour , qui , dans les bois recluse , Laisse après cinq cents ans son odeur à Vaucluse ! Et tandis que je lis, réyant, presque priant, Celui qui me Terrait me Terrait souriant , Car, loin des bruits du monde et des sombres orgies, Tes pudiques chansons, tes nobles él^es, Vierges au doux profil , sœurs au regard d'aïur. Passent deTant mes yeux , portant sur leur front pur , Dans les sonnets sculptés, comme dans des amphores. Ton beau style, étoile de fraîches métaphores !
ocrobre IS35.
Les autres en tout sens laissent aller leur vie ,
Leur Âme, leur désir, leur instinct, leur envie.
Tout marche en eux , au gré des choses qui viendront ,
L'action sans l'idée et le pied sans le front.
Ils suivent au hasard le projet ou le rêve,
Toute porte qui s'ouvre ou tout vent qui s'élève.
Le présent les absorbe en sa brièveté.
lis ne seront jamais et n'ont jamais été ;
Ils sont, et voilà tout. Leur esprit flotte et doute.
Ils vont, le voyageur ne tient pas à la route,
Et tout s'efface en eux à mesure , l'ennui
Par la joie , oui par non, hier par aujourd'hui.
Ils vivent jour à jour et pensée à pensée. ^
Aucune règle au fond de leurs vœux n'est tracée ;
Nul accord ne les tient dans ses proportions.
Quand ils pensent une heure, au gré des passions.
Rien de lointain ne. vient de derrière leur vie Retentir dans l'idée à cette heure suivie ; Et pour leur cœur terni l'amour est sans douleurs , Le passé sans racine et Tavenir sans fleurs.
Mais vous qui répandez tant de jour sur mon Ame ,
Vous qui ,- depuis douze ans , tour à tour ange et femme ,
Me soutenant là-haut ou m'aidant ici-bas ,
M'avez pris sous votre aile ou calmé dans vos bras ;
Vous qui, mettant toujours le cœur dans la parole,
Rendez visible aux yeux, comme un vivant symbole,
Le calme intérieur par la paix du dehors ,
La douceur de l'esprit par la santé da corps ,
La bonté par la joie , et comme les dieux même
La suprême vertu par la beauté suprême ;
Vous , mon phare , mon but , mon pôle , mon aimant !
Tandis que nous flottons à tout événement.
Vous savez que toute àme a sa règle auprès d'elle ;
Tout en vous est serein, rayonnant et fidèle.
Vous ne dérangez pas le tout harmonieux ,
£t vous êtes ici comme une sphère aux cieux !
Rien ne se heurte en vous ; tout se tient avec grâce ;
Votre âme en souriant à votre esprit s'enlace ;
Votre vie , où les pleurs se mêlent quelquefois ,
Secrète comme un nid qui gémit dans les bois ,
Comme un flot lent et sourd qui coule sur des mousses ,
Est un concert charmant des choses les plus douces.
Bonté , vertu , beauté , frais sourire , œil de feu ,
Toute votre nature est un hymne vers Dieu.
Il semble, en vous voyant si parfaite et si belle,
Qu'une pure musique , égale et solennelle ,
De tous vos mouvements se dégage en marchant.
Les autres sont des bruits , vous , vous êtes un chant !
Oclubri' 18
Toi ! sois bénie à jamais !
Eve qu*aucun fruit ne tente !
Qui de la veiiu contente Habite les purs sommets !
Ame sans tache et sans rides.
Baignant tes ailes candides , A Tombre et bien loin des yeux , Dans un flot mystérieux , Moiré de reflets splendides !
Sais-tu ce qu'en te voyant L'indigent dit quand tu passes ?
— « Voici le front plein de grâces Qui sourit au suppliant !
Notre- infortune la touche.
Elle incline à notre couche
Un visage radieux ;
Et les mots mélodieux
Sortent charmants de sa bouche ! >•
Sais-tu , les yeux vers le ciel , Ce que dit la pauvre veuve?
— « Un ange au fiel qui m'abreuve Est venu mêler son miel.
Gomme à l'herbe la rosée , Sur ma misère épuisée, Ses bienfaits sont descendus.
Nos cœurs se sont entendus , Elle heureuse , et moi brisée !
J'ai senti que rien d'impur Dans sa galté ne se noie, Et que son front a la joie Comme le ciel a Tazur.
Son œil de même a su lire Que le deuil qui me déchire N'a que de saintes douleurs.
Comme elle a compris mes pleurs , Moi , j'ai compris son sourire ! » —
Pour parler des orphelins ,
Quand , près du foyer qai tremble ,
Dans mes genoux je rassemble
Tes enfants de ton cœur pleins ;
Quand je leur dis l'hiver sombre ,
La faim , et les maux sans nombre
Des petits abandonnés ,
Et qu'à peine sont-ils nés
Qu'ils s'en vont pieds nus dans L'ombre ;
Tandis que , silencieux , Le groupe écoute et soupire , Sais-tu ce que semblent dire
Leurs yeux pareils à tes yeax ?
— « Vous qui n'ayez rien sur terre , Venez chez nous ! pour tous plaire Nous nous empresserons tous ;
KX vous aurez comme nous Votre part de notre mère ! » —
Sais-tu ce que dit mou cœur ?
— » Elle est indulgente et douce , Et sa lèyre ne repousse Aucune amère liqueur.
Mère pareille à sa fille ,
Elle luit dans ma famille
Sur mon front que Tombre atteint.
Le front se ride et s'éteint ,
La couronne toujours brille ! »> —
Au-dessus des passions , Au-dessus de la colère , Ton noble esprit ne sait faire Que de nobles actions.
Quand jusqu'à nous tu te penches, C'est ainsi que tu t'épanches Sur nos cœurs que tu soumets.
D'un cygne il ne peut jamais Tomber que des plumes blanches !
Octobre 18.